Génération Vidéoclub : Rembobinons !

Rembobinons l’histoire du cinéma : avant le streaming, Netflix et les DVD, existaient les cassettes ou plus communément appelées VHS. Plus que de simples objets, les VHS ont offert la possibilité à nombre de foyers des années 60-70 d’avoir accès à la télévision et aux films en tous genres ; sans devoir se rendre dans une salle de cinéma. Nostalgie, rétro, rituel et marchandage, la VHS a marqué son temps par ses conséquences positives sur la société, et notamment pour le monde du cinéma.

Génération Vidéoclub, documentaire réalisé par Vincent Lebrun retrace l’histoire et les conséquences bénéfiques de la VHS et des vidéoclubs à travers des témoignages éclectiques. Pour donner le ton,  débute avec quelques plans vintages d’une femme qui insère une VHS dans un magnétoscope. L’ambiance rétro est de mise, et ce dès le début du documentaire : le premier intervenant apparait dans un encadrement de vieille télévision. Ceux qui témoignent et narrent sont divers : journalistes, producteurs, anciens dirigeants de vidéoclubs. Ils ont en commun l’amour de la VHS, qu’ils développent pendant un peu moins d’une heure.

Pour nombre de cinéphiles, le cinéma ne se limite pas à se rendre dans les salles obscures, ou encore visionner des œuvres cinématographiques sur les plateformes de streaming. Le cinéma, c’est aussi le plaisir d’avoir sa bibliothèque de films, comme un lecteur invétéré. Le cinéma est – et a été -bel et bien physique. Avant les DVD, les VHS étaient reines du marché. Celles-ci étaient vendues dans vidéoclubs, lieux recelant de perles rares comme de nanars. Les témoignages sont nourris par de rares passages de films cultes : de Jackie Chan à Massacre à la tronçonneuse, la culture de la VHS est totalement mise en avant de A à Z, et ce en moins d’une heure. Si pour certains, la VHS peut sembler être une « antiquité », les personnes qui témoignent de leurs enfances bercées par ces cassettes ne sont pas si âgées. Elles ont entre 30 et 70 et quelques années, et racontent une époque si peu lointaine. C’est peut-être le monde du cinéma qui évolue rapidement, en témoigne ce que la VHS a amené.

La force de ce court documentaire réside dans sa capacité à aborder les raisons pour lesquelles elle a été si aimée, sans pour autant perdre le spectateur dans des élucubrations techniques.  Le début de l’œuvre de Vincent Lebrun se focalise principalement sur l’histoire de la VHS, et sur son succès dans les Vidéoclubs, véritables temples de la cassette. Les intervenants témoignent de leur vécu tout en nous donnant une part d’histoire, que certains d’entre nous n’avons tout simplement pas connu. La VHS est en soi une révolution : vendue dans les vidéoclubs, les intervenants nous expliquent qu’elle a permis de faire émerger les films d’auteurs, mais aussi le cinéma niche de Hong-Kong. Les films d’horreurs, peu commercialisés car jugés trop choquants, sont devenus très populaires grâce aux cassettes. Comme le documentaire de Vincent Lebrun le souligne, la VHS est tout aussi révolutionnaire pour la technicité qu’elle apporte : on peut « rembobiner », enregistrer une émission. Vient dès lors la possibilité de revoir un film qui, à l’époque, n’était vu qu’une seule fois. C’est d’ailleurs grâce à cette révolution que nous pouvons vous dévoiler nos avis sur les œuvres audiovisuelles, regardées une ou plusieurs fois avec grande attention.

Si Vincent Lebrun propose à travers ce court documentaire nombre de réflexions et de pistes concernant l’importance de la VHS, il y en a une qui a retenu notre attention. A l’époque ou le cinéma était le seul lieu offrant la possibilité de visionner des films, la VHS apparaît comme l’objet qui se regarde chez soi. Parfois, les fenêtres sont closes, et le film emprunté ou acheté se regarde seul ou avec quelques amis, tandis qu’un bruit de fond parasite la séance. Ce qui s’apparente à une désacralisation du visionnage, voire une marchandisation du film a finalement ouvert les portes à une extension, une accessibilité et un sauvetage du cinéma. Si l’un des intervenants indique le coût onéreux d’achats dans les vidéoclubs, d’autres indiquent que la VHS pouvait se reproduire à l’infini une fois achetée, comme un CD qui se grave. De ce fait, nombre de films parfois inconnus ont été sauvegardés, du moins physiquement. Pourtant, si l’idée que la VHS ou bien maintenant le streaming nuisent à ce visionnage collectif qu’induit la salle de cinéma, les intervenants soulignent non sans force que la VHS avait certes cet effet, mais que ce mode de visionnage a permis à certains genres de films de prendre leur essor, et ce grâce à l’objet qu’est la VHS. C’est précisément le cas des films pornographiques, qui auraient cessé d’exister sans la possibilité de les voir chez soi. Il en est de même avec les film d’horreur, qui sont plus horrifiques encore grâce au rendu dit « sale » de la VHS.

Somme toute, la VHS a développé, par son essence matérielle, une véritable culture propre à elle. C’est donc tout logiquement que le documentaire de Vincent Lebrun et d’ores et déjà disponible en DVD, et ce depuis le 8 Octobre. Bien qu’on aurait apprécié plus de passages d’œuvres illustrant les propos, Génération Vidéoclub demeure un petit bijou plein d’informations croustillantes et de souvenirs émouvants.

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