Malum : Maudit par le Dieu inférieur

Il y a des réalisateurs qui sont tellement attachés à leur travail qu’ils ne peuvent s’empêcher de chérir leur bébé jusqu’à plus soif. Michael Haneke qui signe son propre remake de Funny Games, Alfred Hitchcock qui offre deux versions de L’homme Qui En Savait Trop… Les exemples ne manquent pas. C’est exactement à ce genre d’exercice auquel nous avons affaire aujourd’hui. Anthony DiBlasi, jeune réalisateur qui a débuté sa carrière par une adaptation de Clive Barker, Terreur, revisite son film de 2014, Last Shift, avec plus de budget et une envie de pousser son héroïne encore plus loin dans ses retranchements. Malum se veut être une combinaison entre le pagan movie et le film de fantôme tout en n’omettant pas de ponctuer sa graduation vers l’horreur d’une manière de plus en plus intense. Pari réussi ou excès de zèle de la part d’un réalisateur qui n’aurait pas dû dénaturer son bébé ?

Une jeune policière tente de percer le lien mystérieux entre la mort de son père et l’arrestation d’une secte. Pour ce faire, elle accepte de prendre poste dans le commissariat où son père s’est donné la mort. Bientôt, elle est victime d’événements surnaturels terrifiants.

Ce qui frappe, dès l’ouverture du film, est la capacité qu’a Anthony DiBlasi à savoir poser une ambiance malsaine. Malum entame son récit avec des images vidéos amateurs qui semblent tout droit sorties des archives de la secte de Manson tant le réalisme et l’intensité de violence qui y est déployée bousculent fortement notre confort de spectateur. Nous sommes prévenus, Malum entend jouer avec nos nerfs. Malheureusement, la promesse du début du film s’estompera au fil des séquences. S’il est indéniable que DiBlasi ne manque pas d’idées, Malum se révèle rapidement être une expérience à laquelle il faut s’abandonner corps et âme. Si vous ne le regardez pas avec l’état d’esprit qu’il exige, vous passerez à côté. Dire que Malum est un mauvais film serait mentir, il a de très belles idées de mise en scène et de jolies séquences de pure trouille. Il en va uniquement de notre point de vue subjectif, nous n’y avons pas été réceptif. Nous lui reconnaissons toutes ses qualités, à commencer par sa caractérisation de personnages. Malum est un huis-clos avec très peu d’intervenants. Voilà pourquoi DiBlasi a la bonne idée d’étoffer ses protagonistes au maximum, il tient à ce que le phénomène d’identification à l’héroïne se produise. Sans mentir, toute la première moitié du film est fascinante. Nous souhaitons prendre part à l’enquête de Jessica, nous voulons comprendre pourquoi son père est devenu fou après avoir arrêté le gourou d’une secte satanique. Nous vivons chacun de ses moments de solitude comme s’ils étaient nôtres. Le film instaure une ambiance glauque et poisseuse qui n’est pas sans rappeler Le Veilleur de Nuit (tient, encore un film qui a été remaké par son réalisateur originel).

Nous nous attendions probablement à autre chose lorsque le fantastique s’immisce et c’est pour cela que nous avons abandonné notre enthousiasme pour le film en cours de route. En effet, Malum n’a pas vocation à révolutionner le genre. En ce sens, Anthony DiBlasi peut se vanter d’avoir le mérite de connaître son sujet et de bien travailler la matière qu’il convoite. Le problème réside en l’évidence vers laquelle l’histoire se dirige. S’il ne nie pas s’inspirer du pagan movie, nous aurions aimé être secoué par un vrai twist, un final qui remet tout le parcours de l’héroïne en question. Nous nous attendions probablement à un final dans la veine de Hérédité, ce moment parfait où le frisson rassemble les pièces d’un puzzle que nous n’avions pas vu se dessiner. Il manque, toujours de notre point de vue, une finition mature dans la quête de réponses de l’héroïne. On ne saurait pas dire quoi, et nous serions mal avisés de prétendre que nous aurions pu faire mieux, mais cet élément manquant ne sublime malheureusement pas toute la substantifique moelle du récit. Pourtant, nous saluons les effets pratiques qui sont de très bonnes factures. DiBlasi réussit à mettre en scène toute une série de tableaux aux visions cauchemardesques qui impriment les rétines efficacement. Malum n’est donc pas un mauvais film en soit, nous n’avons pas réussi à lui accorder toute notre attention, tout simplement.

Malum fonctionnera probablement sur plein de spectateurs. Son esthétisme léché, ses acteurs impliqués, le soin dans la mise en scène, le choix des cadres et éclairages, tout concorde parfaitement pour en tirer le meilleur des films de genre possible. Anthony DiBlasi a clairement de la suite dans les idées et nous ne pouvons que vous conseiller de vous intéresser à son travail qui, à n’en point douter, créera certainement quelques émules.

Abonnez-vous sans crainte à
SHADOWZ – L’unique plateforme de SCREAMING !

Article réalisé dans le cadre d’un partenariat avec la plateforme Shadowz.

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*