La femme sur la Lune : Parée au décollage

Après Les Espions, Potemkine Films a également édité en ce début d’année en blu-ray La femme sur la Lune, le dernier film muet que réalisa Fritz Lang. C’est donc le troisième film muet majeur du cinéaste que la firme édite récemment puisque Metropolis sortait en décembre dernier, à temps pour garnir la pile de cadeaux au pied du sapin de tous les cinéphiles. Et une fois de plus, en le (re)découvrant le film avec du recul, on constate combien Fritz Lang a eu une influence majeure dans l’Histoire du cinéma mais pas seulement…

Après Les Espions, Lang adapte de nouveau un roman de sa femme Thea von Harbou avec une ambition cette fois plus spectaculaire, lorgnant aussi bien du côté du thriller et du serial que du récit de science-fiction. En effet, avec sa durée conséquente de 2h50, La femme sur la Lune apparaît clairement scindé en deux parties. Dans la première, Wolf Helius, qui compte bien partir prochainement sur la Lune, rend visite au professeur Manfeldt, lequel a été moqué par ses confrères des années auparavant pour avoir affirmé que des mines d’or existaient sur la Lune. Il s’avère que sa théorie intéresse un groupe financier contrôlant le marché de l’or et qui compte bien se joindre au voyage, quitte à effectuer du chantage. La seconde partie s’intéresse au voyage en lui-même, au décollage de la fusée (l’occasion pour Lang d’inventer la notion de compte à rebours pour un tel événement et qui sera repris par la suite, aussi bien au cinéma que par les institutions astronautiques) et à l’arrivée sur la Lune, entre problèmes techniques, découvertes et trahisons.

Tout un programme, dont on notera qu’il ne manquera pas d’inspirer Hergé lorsqu’il s’agira de faire son diptyque lunaire pour Tintin, et qui se retrouve ici casé dans un film ambitieux. Contrairement aux Espions dont le rythme ne faiblit jamais, La femme sur la Lune souffre cependant de sa durée conséquente, cassant régulièrement son rythme par sa multitude de détails techniques ou son ajout d’un triangle amoureux ajoutant une couche mélodramatique pas toujours adroite à l’ensemble. Il ne faudrait cependant pas bouder son plaisir puisque Fritz Lang confirme sa grande maîtrise visuelle à travers d’impressionnantes séquences. Si la première partie est clairement influencée par le serial avec ses nombreux rebondissements et que le cinéaste y est parfaitement à l’aise, c’est avec la seconde partie qu’il étonne le plus, parvenant à conjuguer une grande véracité technique avec un sens de l’émerveillement beaucoup plus farfelu et poétique quand il le faut.

Ambitieux, spectaculaire par sa technique parfaitement maîtrisée et visionnaire sur plusieurs aspects (le film devine que la conquête spatiale sera plus une question politique que véritablement scientifique pour les pays), La femme sur la Lune est certes moins réussi que ses prédécesseurs, trop gourmand dans sa narration mais constitue une forme d’apothéose et de mélange des styles que Fritz Lang est capable d’aborder avant de parvenir à faire la transition au parlant avec M le maudit. Mais ceci est une autre histoire…

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