Marcel le coquillage : Deux centimètres suffisent au bonheur

Marcel, le charmant coquillage, vit seul avec sa grand-mère Connie, leurs proches s’étant mystérieusement évanouis vers on ne sait quelle destination. Un réalisateur devient son colocataire, ainsi que son chien, et lui propose son aide. Ce film très original de Dean Fleischer-Camp, nommé aux Oscars comme meilleur film d’animation en 2023, s’avère être une expérience enthousiasmante pour tous les publics, qui peuvent en profiter dès aujourd’hui, le mercredi 14 juin.

Le film d’animation revêt d’emblée des aspects documentaires, comme si Marcel n’était qu’une personne assez particulière, comme si les coquillages pouvaient parler, se mouvoir et nous présenter leur environnement. Bienvenue dans cet univers si familier et pourtant si inédit : Marcel s’adresse directement à nous pour nous introduire dans ces quartiers, dans lesquels il développe des trésors d’ingéniosité pour animer son existence. Nous sommes ses invités, voire ses amis. Cela confère une atmosphère rafraîchissante, de partage et d’intimité joyeuse. Il est pratiquement impossible de ne pas éprouver une forte sympathie pour ce personnage iconoclaste si authentique. On en oublie très vite à notre tour sa nature fictionnelle et on l’accueille comme notre prochain, à l’instar de son créateur et compagnon, le réalisateur lui-même, Dean Fleischer-Camp.

On comprend aisément l’engouement rencontré par Marcel le coquillage (Avec Ses Chaussures) depuis sa mise en ligne sur YouTube, en 2010. La voix de l’humoriste, autrice et actrice Jenny Slate a contribué à son succès, mais le doublage français qui a été celui de notre visionnage met aussi très bien en évidence à la fois sa candeur et la vivacité de son esprit, même si cette appréciation est forcément subjective. Après deux courts métrages et une série de livres, Marcel accède donc fort logiquement au Graal du grand écran : lui, l’insignifiante créature de deux centimètres (au budget initial de 6 dollars), se retrouve magnifié dans les grandes largeurs et apte à intriguer, émouvoir et entrer dans les cœurs des petits et de tous ceux qui seront accueillis dans son microcosme miniature où les balles de tennis sont des moyens d’exploration cinétique.

Le film montre d’ailleurs la viralité d’une célébrité inattendue. Marcel se retrouve dans cette fameuse situation où l’on ne contrôle plus les like et les incitations : vouloir dominer la bête Internet est une marque d’hubris : le monstre se venge en déchiquetant tout intimité. Le refuge devient le lieu de pèlerinage de tous les narcisses virtuels, au risque du pillage et de l’effondrement du jardin enchanteur. L’aspect méta est manifeste : l’envahissement de la villégiature du réalisateur évoque forcément les bouleversements dans la vie de ce dernier. Son personnage en est parasité au risque d’anéantir tout élan vers l’autre, habité qu’il est à son tour par sa propre créature.

L’autre créature de cet univers est la grand-mère Connie (doublée en version originale par Isabella Rossellini). Elle contraste assez fortement avec Marcel par sa mobilité plus restreinte, mais c’est pourtant elle qui le fera évoluer, en adoptant une position de mentor jardinier. Elle et Marcel sont ainsi les allégories du dilemme entre la sécurité d’un bonheur figé et la prise de risques d’accession à un épanouissement plus absolu. Leur dialectique leur donne une dimension autrement plus profonde que le duel héroï-comique de deux coquillages et se résume dans l’aphorisme de la vénérable doyenne : « Tout changera. ». Même si on peut considérer que le pathos est un peu trop appuyé dans certaines séquences concernant Connie, on est assez subjugué par tout ce qu’elle incarne en termes de transmission bienveillante et de stoïcisme serein.

Au niveau technique, le choix de l’hybride stop-motion/live-action fonctionne à plein. Chaque scène a dû être tournée deux fois et une grande attention a été accordée à tous les détails afin de faciliter la suspension d’incrédulité du spectateur : objectifs, profondeurs de champ, distances, angles, positionnements des accessoires, sources de lumière… On se retrouve aussi apprivoisé que devant l’illustre Qui veut la peau de Roger Rabbit de Robert Zemeckis (1988). Le réalisme facilite l’émerveillement, notamment dans toutes ces micro-séquences où Marcel nous présente toutes les facettes de son génie, ces trouvailles métamorphosant le moindre objet en providentiel source d’amélioration du quotidien. On peut toutefois les trouver parfois redondantes et préférer quand le rythme se calme un peu.

Marcel le coquillage est un film qui ne laissera personne insensible : le personnage a déjà sa place au Panthéon des icônes animées ; humour et gravité cohabitent aussi harmonieusement que le réel et le stop-motion. C’est avec un sourire ému qu’on ressort de l’expérience.

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