Je suis une légende : Mais à quel prix ?

Richard Matheson est un auteur américain malheureusement décédé en 2013. Il est connu pour ses nouvelles mélangeant épouvante, horreur, anticipation et pour le regard qu’il posait sur son époque.  Son travail est un vivier de scénarios et plusieurs réalisateurs ont déjà adapté ses textes avec plus ou moins de réussite : The box, La maison des damnés, Real Steel… Il est aussi l’auteur de deux romans particulièrement brillants : L’homme qui rétrécit, superbement adapté par Jack Arnold en 1957, et Je suis une légende, adapté pour la première fois en 1964.

Dans cette version co-réalisée par Ubaldo Ragona et Sidney Salkow, Vincent Price incarne Robert Morgan, docteur de profession et unique survivant d’une pandémie qui a transformé la population mondiale en vampires. Reclus chez lui, il vit la journée avec l’espoir de trouver un remède et la nuit, il repousse les assauts de ces humains devenus autres.

La première partie du film présente son quotidien solitaire et pas un mot n’est prononcé par le personnage. Seuls sa pensée en voix-off et le montage donnent le rythme au film. Et ça fonctionne très bien, les mouvements de caméra sont dynamiques, les plans s’enchainent rapidement et l’on est pris par le quotidien du docteur Morgan. Les séquences en ville sont étonnantes de modernité et si le film n’avait pas été en Noir et Blanc nous aurions pu être devant n’importe quel film post-apocalyptique des années 2010, la débauche d’effets spéciaux en moins. Malheureusement le jeu d’acteur n’est pas très soigné et l’on ne ressent pas assez la lassitude ni la fatigue morale de cet homme devenu l’unique survivant de son espèce.

S’ensuit un long flash-back, un saut de trois ans dans le passé, avant l’épidémie. Bien que cette partie serve à expliquer l’origine de la pandémie et à présenter plus intimement le personnage de Vincent Price qui travaillait sur les débuts de l’infection, on ne peut s’empêcher de sentir qu’elle n’est là que pour dynamiser le rythme de l’histoire. Il y a plus d’enjeux, plus de personnages et plus de dialogues, mais étonnamment le film perd en intensité et l’on s’ennuie un peu. L’histoire n’est pas moins intéressante mais le jeu des acteurs, assez grossier même pour l’époque, ne convainc pas et une certaine impatience s’installe tant l’incarnation des personnages est décevante.

Enfin revenu au présent, le film retrouve un peu de rythme avec l’apparition de Emma Danieli, une survivante et possiblement la clef pour mettre au point un vaccin. Le dénouement est proche pour le docteur Morgan mais un dernier élément va venir tout chambouler. Et si la normalité avait changé de camp ? Le film de Sidney Salkow respecte à peu près la chute du roman de Matheson mais la fin trop christique nuit tout de même à l’idée d’origine.

Je suis une légende ou The last man on earth, bien qu’inégal dans sa narration, n’a rien à envier à la version de Francis Lawrence avec Will Smith, très justement qualifiée de remake par Artus Films qui réédite cette première adaptation qui pose les bases visuelles d’un genre qui se développera avec les films de zombies dans les années 70. Rien que pour cette initiative, le film de Sidney Salkow mérite d’être découvert ou redécouvert en attendant de voir la version de 1971 avec Charlton Heston.

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