Terrifier : Qu’est-ce que t’as ? T’aimes pas les clowns ?

La coulrophobie est une peur à prendre très au sérieux. On ne compte plus les innombrables personnes atteintes par cette phobie et qui doivent probablement vouer une haine incommensurable à Stephen King. En effet, dans l’histoire de la pop culture moderne, il est difficile de dissocier le célèbre Pennywise (l’entité maléfique du roman de King dans sa forme la plus empruntée) de l’image que le tout venant se fait d’un clown maléfique. Depuis les années 90, on dénote une multitude de projets qui n’ont eu de cesse d’exploiter l’apparence clownesque afin de surfer sur la popularité du succès de Ça. Qu’ils soient d’origine extra-terrestre (Les Clowns Tueurs Venus d’Ailleurs, antérieur au téléfilm Ça mais popularisé bien après sa sortie), des démons revenus des enfers afin de se venger de ceux qu’ils les ont envoyé dans la tombe (Dark Clown) ou encore de simples psychopathes qui se griment en rouge et blanc afin d’assouvir leurs pulsions (The Devil’s Rejects, 31), les clowns n’en finissent plus de hanter les cauchemars des phobiques. Difficile de croire qu’une place est prenable au panthéon des tueurs cultes de slashers avec un déguisement de clown, et pourtant c’est bien le pari fou que s’est lancé Damien Leone depuis 2008. Préparez le pop-corn, la séance Shadowz d’aujourd’hui est particulièrement délicieuse.

A la fois scénariste, maquilleur et réalisateur de ses projets, Damien Leone décide rapidement de créer une figure de boogeyman hybride entre un clown et un mime. Doté d’un humour corrosif, d’une imagination débordante et d’une cruauté sans équivoque, Art le clown est né dès le premier court métrage de Leone, The 9th Circle. Le réalisateur remet le couvert en 2011 avec un second court nettement plus abouti dans la construction de la mythologie de son tueur iconique avec Terrifier. Les bases sont désormais solides et Leone n’entend pas s’arrêter en si bon chemin. Il se lance dans la confection d’un long métrage en 2013. All Hallows’ Eve est un film à sketches dans lequel une babysitter découvre une VHS qui présente divers meurtres sinistres orchestrés par un clown psychotique. Leone recycle ses deux courts métrages précédents et y intègre une troisième nouvelle histoire toute neuve afin de consolider le format long. En dépit du fait qu’il s’impose comme une parfaite série B d’Halloween, All Hallows’ Eve n’accède pas à la postérité recherchée par son auteur. Délaissant la figure de Art le temps d’un film pour aller se confronter à deux monstres sacrés du fantastique pour le toujours inédit chez nous Frankenstein vs. The Mummy, Damien Leone revient à ses premiers amours et entend offrir les ultimes lauriers à Art.

En 2016, il accouche de Terrifier avec un budget ridicule de 35 000 dollars. Très rapidement, le film jouit d’une belle réputation au sein des festivals dans lesquels il est présenté. Le bouche à oreille n’ira toucher qu’une petite niche de cinéphiles et il faudra attendre 2022 afin que Terrifier devienne l’objet de curiosité du moment. Oui car Damien Leone a récidivé avec Terrifier 2 cette année. A moins d’avoir vécu dans une grotte ces derniers mois, il est impossible d’être passé à côté du fameux film qui a « terrifié l’Amérique ». Le film a d’ores et déjà engrangé plus de 10 millions de dollars de recette aux USA pour un budget de 250 000 dollars seulement ! Selon les premiers retours, Terrifier 2 serait plus violent, plus trash et gore que son grand frère. Le projet déchaîne les passions et se présente comme une success story méritée pour son réalisateur qui se bat bec et ongle depuis 2008 afin d’imposer son tueur comme un incontournable des figures emblématiques du genre. Mais avant de découvrir et de vous livrer nos impressions sur Terrifier 2 que nous aurons la chance d’avoir en salles d’ici quelques semaines grâce à Shadowz et ESC, décryptons ce que renferme Terrifier premier du nom.

Sans surprise, Terrifier est un véritable slasher/shocker hyper craspec qui ravira tous les fans du genre. Qu’importe sa mise en scène basique, son scénario anecdotique et son grain d’image à la limite de l’amateurisme (35 000 dollars pour rappel), Terrifier est, avant tout, une vitrine pour son réalisateur. Damien Leone entend exposer son savoir-faire et rendre hommage à ses pères par le biais de mises à mort ultra graphiques. On ne va pas se mentir, Terrifier est le prototype du film à regarder avec ses potes autour d’une bonne pizza. Le film aligne des hectolitres de tripailles avec autant d’aplomb qu’Elisabeth Borne dégaine des 49.3. C’est un festival sanglant totalement jouissif qui démontre un vrai amour pour les effets physiques. Le film transpire l’essence des productions obscures qu’on adorait dénicher au fond du rayon horreur dans nos vidéos clubs.

Terrifier est entièrement dédié à la gloire de son boogeyman. Art est difficile à cerner en ce qui concerne son modus operandi : tant qu’il peut faire mal avec ce qui lui tombe sous la main, c’est l’essentiel. Et de créativité, il n’en manque certainement pas. Nous retiendrons notamment l’un des meurtres centraux du film lorsqu’il découpe une victime à la scie qui démontre le jusqu’au boutisme extrême de ce tueur. Étant donné que le film se montre très peu bavard, on ne peut que spéculer sur ses motivations et origines. Art se compare clairement à un Freddy Krueger : il est inarrêtable et semble immortel.

En revanche, à l’instar de Freddy, Art joue la carte du mime à fond : il n’émet jamais aucun son. Comme pour sa manière de tuer, il exagère absolument tous ses faits et gestes, ce qui confère au film son aspect ludique et divertissant. Il n’y a pas de place pour la bienséance dans Terrifier, Damien Leone veut que votre salon suinte la mort. Et en parlant d’odeurs nauséabondes, on remarquera une propension à dédicacer ses scènes de crimes par un étalage d’excréments sur les murs d’un mauvais goût aussi exquis que provocateur. Visuellement, c’est une totale réussite. On regrettera toutefois un scénario vraiment trop minimaliste et qui tient véritablement en une seule ligne : un clown démoniaque terrorise trois jeunes femmes le soir d’Halloween et tue tout le monde qui décide de se dresser sur son chemin. C’est d’autant plus frustrant qu’il reste tout à faire en fin de métrage. Leone lance des pistes intéressantes avec son introduction virulente sur une victime ayant survécu à Art qui l’a laissé totalement défigurée, pourquoi n’en fait-il rien ? On ne peut pas ne pas crier à la frustration tant il reste tout à écrire quant à la mythologie de ce boogeyman charismatique. Oui, le budget riquiqui y est pour beaucoup, mais sacrifier quelques séquences graphiques au profit de quelques scènes bien écrites aurait été bienvenu malgré tout.

De fait, Terrifier est une plongée sans concession au cœur d’un jeu de massacre pas original pour un sou, mais diablement divertissant. Les amateurs n’y verront rien de bien neuf si ce n’est l’amour de son réalisateur pour le genre et son boogeyman. Il y a une envie de créer qui est indéniable autant qu’une envie de régaler son audience en alignant des scènes toutes plus choquantes les unes que les autres. En ce sens, Terrifier est le défouloir idéal et une sacrée mise en bouche pour sa suite que l’on espère plus généreuse historiquement puisque l’on sait déjà que nous serons gâtés par les mises à mort. Wait & see…

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Article réalisé dans le cadre d’un partenariat avec la plateforme Shadowz.

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