The Crown – saison 5 : La monarchie n’est plus ce qu’elle était

Nouvelle saison impaire pour The Crown et donc nouveau changement de casting pour la série de Peter Morgan diffusée sur Netflix. Après Olivia Colma, Tobias Menzies, Helena Bonham Carter, Josh O’Connor et Emma Corrin, place à Imelda Staunton, Jonathan Pryce, Lesley Manville, Dominic West et Elizabeth Debicki. Cette cinquième et avant-dernière saison, couverte de polémiques avant sa sortie, couvre en effet une période compliquée pour la monarchie anglaise, celle des années 90 et notamment 1992, la fameuse annus horribilis durant laquelle le château de Windsor fut victime d’un incendie et où la plupart des enfants de la reine demandèrent le divorce après des mariages houleux et malheureux. Si l’on ajoute à ça un peu plus tard une conversation téléphonique entre Charles et Camilla révélée où le prince de Galles affirme vouloir être le tampax de sa maîtresse ainsi que l’interview explosive de Diana à la BBC où elle révèle être malheureuse, les années 90 ne sont pas tendres avec la reine Elizabeth, laquelle se voit critiquée comme symbole d’une institution vieillissante et totalement déconnectée de la réalité.

Une matière donc totalement passionnante que la série aborde ici pour la première fois avec un certain manque d’enthousiasme. Si la réalisation, l’écriture globale (avec toujours un excellent épisode un peu à part, ici le troisième de la saison centré sur Mohamed Al-Fayed) et l’interprétation restent irréprochables, la série accuse ici un coup de mou, se montrant répétitive en ayant bien du mal à étoffer ses enjeux. Il faut dire qu’elle s’attaque à des personnages difficiles à décortiquer, notamment une reine et son mari de plus en plus figés dans leurs rôles, figures inamovibles et vieillissantes. C’est quand The Crown s’intéresse à Margaret, l’irrépressible romantique (avec un épisode en forme de retrouvailles avec son grand amour Peter Townsend, incarné par Timothy Dalton) et à Diana, grande figure tragique qu’elle insuffle le plus d’émotions à un scénario au final paralysé par la seule question de la pertinence de la monarchie, s’intéressant évidemment à la séparation houleuse entre Charles et Diana mais semblant déconnectée de la politique du pays, le Premier Ministre John Major faisant ici quasiment office de figurant sans grand-chose à apporter au récit.

Mais c’est la question du point de vue qui pose le plus problème. Tout en nourrissant une fascination notable pour la monarchie, The Crown s’est toujours montrée critique envers une institution figeant les êtres pour en faire des figures déconnectées de la réalité. C’est ainsi que dans la saison 3, Charles luttait contre sa mère et souhaitait faire entendre sa voix ce à quoi on lui avait répliqué que ça n’intéressait personne. La famille royale n’est vouée qu’à être un symbole et doit donc réprimer toute émotion. C’est une violence sourde et insidieuse qui s’élève ainsi et dont Diana est évidemment victime, la quatrième saison insistant bien là-dessus, n’hésitant pas à charger le prince Charles, être humain avec ses fêlures certes mais bien trop égoïste pour voir qu’il fait souffrir sa femme comme sa famille l’a fait souffrir.

Alors que la saison fait polémique, on s’étonnera de constater qu’elle est étonnamment l’une des plus sympathiques envers la monarchie. Rien que le choix de Dominic West pour incarner Charles dépeint une volonté d’être gentil, l’acteur étant clairement bien trop sexy pour le rôle et ayant lui-même émis des doutes quant à sa capacité à incarner le personnage quand bien même il s’en sort merveilleusement bien, allant jusqu’à reprendre des tics et gestes de Josh O’Connor. Mais ce point de vue variant en fonction des épisodes, se montrant étonnamment lisse voire presque hagiographique vient apporter une gêne qu’on ne connaissait pas à la série, l’équilibre entre fascination et portrait à charge étant rompu.

The Crown garde cependant ses immenses qualités et chaque épisode apporte son lot de surprise avec toujours un casting au diapason, que les rôles soient principaux ou secondaires (cela fait toujours plaisir de retrouver Olivia Williams, Jonny Lee Miller ou Natasha McElhone). Mais le fait de se rapprocher de plus en plus du présent semble ici ne pas réussir à la série, comme si elle manquait de recul et refusait de prendre des risques. On concèdera qu’il est difficile de rendre passionnants la reine et son mari le prince Philip (toujours en train de se plaindre celui-là) et il reste heureusement Diana pour insuffler du cœur à l’ensemble. Bien que clairement trop grande pour le rôle, Elizabeth Debicki s’avère l’interprète parfaite pour le personnage, l’actrice ayant effectué un remarquable travail de mimétisme dans son interprétation. Elle apporte à Diana la grâce, la fragilité et la sensibilité nécessaire pour donner au personnage toute son ampleur tragique dont le destin, semble nous dire la série, était tout tracé, la reine Elizabeth elle-même ayant causé la rencontre entre Diana et Mohamed Al-Fayed. C’est de ce personnage dont cette saison tire sa plus grande force et l’on se demande comment la sixième et dernière saison saura se remettre de sa mort et se montrer passionnante dans une période qui, à priori, l’est beaucoup moins sur le papier. Restons confiant et espérons que cette cinquième saison ne sera qu’une légère maladresse dans une série autrement impeccable.

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