X : The Texas Porn Massacre

Ti West est un cinéaste à part dans le paysage de l’horreur américaine. Véritable amoureux du genre ne cédant jamais à la facilité, se refusant de faire de l’horreur industrielle à base de jump-scares foireux et de catho-porn. Son horreur est plus insidieuse, avec un vrai sens du détail même si jusqu’à présent son cinéma, intéressant par sa façon de prendre son temps et de construire ses personnages, peinait à s’incarner réellement au-delà de la simple déférence cinéphile et à offrir un réel intérêt sur ses troisièmes actes souvent décevants (The Innkeepers et The house of the devil en témoignent). Avec X, marquant son retour au cinéma depuis le western In a valley of violence (il a, entre temps, réalisé des épisodes de plusieurs séries dont L’Exorciste, Wayward Pines et Tales from the loop) et en attendant son préquel Pearl déjà sorti aux Etats-Unis, Ti West signe son meilleur film, parvenant enfin à conjuguer ses références avec une réelle personnalité pour cette fois-ci offrir un film tenant ses promesses jusqu’au bout.

X se déroule au Texas en 1979 et suit une petite équipe de tournage venue réaliser un porno dans une ferme isolée tenue par un couple de petits vieux assez inquiétant. Bien évidemment, la liberté sexuelle de l’équipe ne va pas être du goût de tout le monde et va carrément éveiller des pulsions qui vont faire virer cette équipée jouissive en un jeu de massacre en règle… Jusque-là rien de bien nouveau sous le soleil du Texas, Ti West déroulant à travers ce pitch tout un programme de slasher auquel il se tiendra jusqu’au bout, tenant toute ses promesses : comme dans tout bon film des années 70, X sera violent, gore, malsain, craspec et allègrement transgressif.

La réussite du film tient sur le fait que Ti West ne renie jamais le fait que l’on soit en terrain connu tout en sachant systématiquement apporter, aussi bien dans le développement des personnages que dans les mises à mort, une petite touche supplémentaire se permettant de jouer avec les codes (ce qu’il fait dès son plan d’ouverture) et de dévier légèrement de trajectoire à chaque attente pour frapper là où ça fait mal. Le soin apporté à ses personnages est ainsi particulièrement rare dans le genre et à rebours des conventions du genre : le réalisateur du film porno n’est pas un obsédé sexuel et affiche des prétentions artistiques, la bimbo est pleine de sollicitude, la fille réservée ne l’est pas tant que ça et la final girl est loin d’être virginale, bénéficiant même d’un portrait finement brossé et plein de surprises. Et si nous tairons ici les motivations de l’antagoniste du film, nous nous contenterons de dire qu’elles ne manquent pas de piquant et qu’elles permettent d’offrir de la complexité au personnage pour lequel on ne peut s’empêcher de ressentir une certaine empathie tout en condamnant vivement ses actes.

Plaçant d’ailleurs l’empathie des deux côtés qui s’opposent (l’équipe de tournage est plus que de la simple chair à canon, on s’attache réellement à eux et à leurs aspirations quand Pearl, l’antagoniste est clairement regardée avec une certaine tendresse par Ti West, au point de lui avoir consacré son film suivant), X joue en permanence avec le spectateur et ses désirs (c’est même au final deux sexualités qui s’opposent dans le métrage) pour le malmener au point qu’on ne sait plus vraiment où donner de la tête à mesure que le récit s’achemine vers son climax. C’est d’ailleurs dans son sens du grotesque (tout autant que dans son décor et son pitch) que X paie son tribut à Tobe Hooper, aussi bien aux deux premiers Massacre à la tronçonneuse qu’au Crocodile de la mort. West n’a pas seulement retenu l’atmosphère poisseuse du chef-d’œuvre séminal de Hooper, son climax étonnamment drôle et jouissif ne craignant pas de transformer des jaillissements gores en éclats de rire rappelant les grandes heures de Massacre à la tronçonneuse 2, ce film dingue dont on se demande encore comment il a pu être réalisé.

Bénéficiant également d’un joli casting (Mia Goth, Jenna Ortega, Martin Henderson), X voit son couple de vieux inquiétants être interprétés par des acteurs plus jeunes maquillés. Un artifice dont nous ne sommes jamais totalement dupes mais qui renforce cette impression de malaise face aux personnages tant le maquillage est soigné et appliqué pour être le plus dérangeant possible. Rappelant les grandes heures du slasher avec lequel il renoue du point de vue de l’ambiance pour notre plus grande joie, X est donc une vive réussite, aussi maline que transgressive, réalisée à la fois avec une déférence d’amoureux du genre et un esprit de sale gosse salvateur pour transformer tous ces codes en surprises joliment tordues, bref que du bonheur !

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