Buzz L’Éclair : Vers l’infini et au-delà de l’échec !

En 2020, le studio Disney-Pixar aborde une composition de sortie de leurs films de sorte à révéler leurs métrages mineurs avant leurs œuvres majeures. Notamment En Avant l’histoire de deux frères en quête d’un dernier instant avec leur père qui n’atteindra pas les hautes sphères de la prestigieuse écurie Pixar. Cependant, En Avant va ouvrir la voie au film majeur du studio avec le nouveau chef-d’œuvre de Pete Docter : Soul. Le cycle va se renouveler par la sortie de deux autres films mineurs qui se succèdent avec Luca (2021) et Alerte Rouge (2022) ouvrant à nouveau la voie à Buzz L’Éclair, le nouveau film majeur de Pixar. Cette production est réalisée par Angus MacLane. Cinéaste habitué du studio, ayant réalisé auparavant Le Monde de Dory (2016) ainsi que des courts métrages autour de la saga culte : Toy Story, série de films qui a donné naissance au Ranger de l’espace, dans Angoisse au Motel (2014), Rex, le roi de la fête (2012), Vacances à Hawaii (2011) ou Mini Buzz (2011).

Disney prouve avec stupeur qu’ils sont capables de ne pas mettre leurs récits au service du fan service. Même si le personnage de Buzz a moins matière à en faire que pour Spider-Man, le fan service ici est subtil, comme l’illustre la première scène de l’apparition de Buzz qui fait écho au premier Toy Story (1995) dans la chambre d’Andy, qui expose le personnage inspiré par l’astronaute Buzz Aldrin de la même manière, en effectuant un rapport protocolaire sur sa situation actuelle.

Buzz atterrit sur une planète inconnue, accompagné par Alisha Hawthorne, sa supérieure et meilleure amie, par le biais de leur vaisseau spatial composé d’un équipage d’un millier de scientifiques et de techniciens. L’urgence de quitter cette planète va mettre à contribution Buzz, qui va devoir sortir tous les membres du vaisseau de cette situation délicate. Mais le Ranger de l’espace échoue et condamne tout l’équipage à rester sur cette planète située à 4,2 millions d’années-lumière de la Terre. Buzz va être rongé par la culpabilité due à son échec. Il n’est plus le jouet que l’on a connu, il est ici la personnification du militaire protocolaire et patriotique se fixant comme unique objectif d’accomplir sa mission, par tous les moyens, contraint à réparer son erreur afin d’assouvir sa culpabilité.

Un an après, la base implantée sur la planète contenant tous les naufragés, va permettre à Buzz d’effectuer un vol permettant d’aboutir au sauvetage de la colonie, après avoir atteint l’hyper vitesse.

L’enjeu du film est déjà de taille, car en restant coincé sur cette planète, l’équipage ne pourra pas rentrer chez lui. Mais, comme si cela ne suffisait pas, un nouvel enjeu va mettre en scène la thématique du temps. Ce qui va rendre la situation davantage alarmante, en raison de l’inconvénient de ces quelques minutes d’excursion spatiale de Buzz qui équivalent à 4 ans sur la base, conséquence du temps qui ne s’écoule pas de manière équitable. L’enjeu ne va donc pas seulement être : « Est-ce que nous rentrerons sur Terre ? » mais : « Est-ce que nous aurons le temps de retourner chez nous ? »… Le Ranger de l’espace échoue à de nombreuses reprises, ce qui équivaut à additionner chacun de ses échecs à du temps passé sur la base. Ce nouvel enjeu sur la thématique du temps, va enrichir le récit en délivrant le dilemme remettant en cause l’objectif de Buzz.

Buzz va devoir, dans un futur lointain, faire équipe avec les héritiers de la colonie, pour pouvoir les ramener sur Terre, eux, et les autres héritiers des membres de l’équipage. Mais, déjà que Buzz n’aime pas travailler en équipe, préférant accomplir ses missions en solo, alors ce ne sont sûrement pas les descendants, sans aucune compétence, qui vont le convaincre à l’aider à réparer son erreur…

Buzz l’Éclair ne manquera pas de rendre hommage à Star Wars par son vaisseau et sa représentation de l’hyper vitesse, mais aussi par bien évidemment son antagoniste. Ainsi que 2001, l’Odyssée de l’Espace pour son passage vers un autre espace-temps abstrait, ou même… À Interstellar qui est l’hommage le plus poignant du film transposant une scène culte du chef-d’œuvre absolue de Christopher Nolan dans le récit d’Angus MacLane.

Cependant, le manque de compétence ne va pas les empêcher de faire progresser Buzz dans sa quête et surtout dans son évolution de s’obstiner à travailler seul sans avoir besoin de quiconque pour atteindre son objectif. Cette aventure sera accompagnée par quelques apartés humoristiques, efficaces, délivrés par le chat robot de Buzz : Sox ou par le Mr. Gaffe du groupe : Mo Morrison.  Le film va mettre en lumière le travail en équipe qui sera plus efficace et nécessaire qu’un acte héroïque en solitaire que s’obstine à accomplir Buzz L’Éclair.

Le petit bémol, qui n’en est pas vraiment un, est l’utilisation de l’intensité de l’émotion à laquelle Pixar nous a habitué Les messages et la morale de l’œuvre vont être plus forts que l’émotion qui devrait en être dégagée. Mais cela reste un parti-pris assumé voulant privilégier une émotion toute en subtilité.

Cette aventure sublimée par les plans larges qui nous ouvrent sur cet environnement, permettant d’iconiser l’espace dans lequel évoluent Buzz et ses coéquipiers, ainsi que par cette animation d’une qualité renversante et par l’habillage de la musique de Michael Giacchino convaincante, vont permettre d’accompagner le propos du film et l’évolution de l’écriture du personnage de Buzz. La puissante morale de Pixar ne va pas décevoir, comme à son habitude, car même si l’échec n’exclut pas les plus déterminés, échouer nécessite d’acquérir suffisamment de recul afin de pouvoir contempler les merveilles qui sont nées grâce à l’erreur. Allant certes vers l’infini, mais surtout allant au-delà de l’échec…

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