Incroyable mais vrai : Vous n’avez encore rien vu !

ATTENTION : rien ne vous prépare à ce que vous irez peut-être chercher en allant découvrir le dernier film de Quentin Dupieux alias Mr. Oizo en salles depuis ce mercredi 15 juin. Inépuisable machine à concepts saugrenus qu’il explore sous toutes les coutures possibles et imaginables depuis ses débuts cinématographiques à l’aube des années 2000 ledit Dupieux a parfois déplu voire agacé à force de posture grosse comme le poing (faire genre, jouer les hipsters, cultiver l’originalité pour l’originalité, et cetera…), notamment au travers de ses premières réalisations au parfum de prétention proche de l’antipathie rédhibitoire : un Nonfilm auto-réflexif complètement vain et difficilement regardable malgré sa courte durée relative, un Steak dont la réussite ne reposait presque exclusivement que sur le tandem comique formé par Eric et Ramzy et surtout un Rubber aux allures de conte ionescien finalement assez, très, trop excentrique pour nous laisser ressentir autre chose qu’une profonde et déconcertante déception. Si ce dernier film fut néanmoins le long métrage ayant plus ou moins révélé ledit cinéaste au grand public il témoignait indiscutablement d’un ton comique ne cherchant aucunement l’approbation de son audience, privilégiant le délire représenté par cet hénaurme pneu assassin déambulant dans le désert à des fins mystérieuses au détriment du bon sens et de la bienséance…

Il y eu ensuite quelques autres propositions tantôt ratées, tantôt bien davantage drôles et réussies (un Wrong ubuesque, visuellement ampoulé ou encore un Réalité narré sous la forme involutive d’une énigme creuse d’une part ; les trois comédies légèrement plus scénarisées et aimables que sont Au poste !, Le Daim et Mandibules d’autre part, ndlr), et donc désormais le bien-nommé Incroyable mais vrai, nouvelle comédie nonsensique à la promotion astucieuse reposant sur un teasing absolument magistral, ménageant admirablement les effets d’une programmatique logée dans un titre proche de l’accroche tour à tour publicitaire et spectaculaire. Inutile de préciser que notre rédaction se gardera bec et ongles de dévoiler non pas UN coup de théâtre, mais DEUX coups de théâtre, chacun correspondant à une révélation effectuée (ou pas) au détour d’un dîner entre quatre amis eux mêmes divisés en deux couples (rien que ça !), ledit quatuor incluant le facétieux et toujours aussi désopilant Alain Chabat (déjà tête d’affiche du précédent Réalité, ndlr), l’impeccablement sérieuse et animée Léa Drucker, le récemment césarisé Benoît Magimel et enfin l’étonnante Anaïs Demoustier… Tout un programme !

A la manière d’un argument de collégien passablement buissonnier Incroyable mais vrai s’en tire paradoxalement avec les honneurs, partant de la non-idée tout en développant une imperturbable et très pince-sans-rire logique de l’absurde sur un peu moins de 80 minutes. Ramassé sur sa durée, étonnamment inventif dans ses micro-rebondissements eux-mêmes directement liés aux fameux pots-aux-roses sus-cités le dernier film de Quentin Dupieux prolonge le concept se mordant la queue de Réalité tout en mettant joliment en valeur ses quatre comédiens : ainsi Alain Chabat excelle une fois encore en mari désemparé devant les nouvelles lubies de sa conjointe interprétée par Léa Drucker, tandis que Anaïs Demoustier et Benoît Magimel forment un couple détonnant de quadragénaires beaufs et vulgaires bien comme il faut. Le rythme décalé va par ailleurs de concert avec un répertoire de grande musique remixée à la sauce électro-acoustique un tantinet discordante (nous avons droit à du Jean-Sébastien Bach revisité par le claviériste Jon Santo, ndlr), tout en détournant nos attentes malgré la ténuité dudit concept…

Nous le répétons et le soutiendrons mordicus jusqu’à ce que marrade s’ensuive : rien ne sera dit sur le fin mot de cette double-histoire à dormir debout (avec une poule carnivore lovée au creux du polochon), la rédaction préférant rendre grâce aux petits teasers promotionnels annonçant la mèche sans jamais la vendre vainement et/ou stupidement en amont d’un visionnage promettant des moments de pure rigolade. Si Le Daim et Mandibules nous avaient d’ores et déjà pleinement convaincu dans leur agencement global, Incroyable mais vrai monte encore d’un cran l’estime que nous portons à l’encontre de Quentin Dupieux, qui semble plus que jamais se bonifier d’un métrage au suivant. Épatant.

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