Ambulance : On vous rappelle qu’il ne faut pas tirer dessus

Quelle surprise, mais quelle surprise. Combien de temps cela fait-il que nous n’attendions plus un bon gros projet de la part de Michael Bay ? Que ce soient ses deux films d’action/guerre 13 Hours et Six Underground qui n’avaient pas convaincus outre mesure, ou ses toujours plus risibles Transformers, alors même que Mark Whalberg a tenté de reprendre le flambeaux de Shia Labeouf sans succès. Ne reste alors que son excellent No Pain No Gain qui avait réussi à s’attirer les faveurs d’une presse française plutôt élogieuse malgré un résultat commercial à l’international en demi-teinte. Il faut donc remonter à Bad Boys II pour se souvenir de la grande époque des films d’actions de Michael Bay ayant fait sa renommée. Il faut remonter aussi loin pour comprendre pourquoi Ambulance est un pur produit de la très grande époque des films d’action. Le plus pure héritage de Bad Boys et The Rock réuni dans un seul film dont le public visé sont les vieux enfants de sa première génération de spectateur en tant que cinéaste.

Michael Bay fait malheureusement partie de ces cinéastes que l’on aime railler. Pour ses explosions démentielles et abusives évidemment, pour ses mouvements de caméra et ses plans à donner la gerbe à un aigle royale tristement, et enfin ses scénario et ses dialogues parfois aussi consternants qu’oubliables forcément. Mais au final, s’il y a une chose qu’on ne peut lui enlever, c’est sa soif de spectacle, son désir viscéral d’en faire toujours plus. Et sur ce point, il est passé maître en la matière, il a construit sa carrière précisément sur cette overdose d’action et de rythme. Force est de constater qu’avec un retour aux sources parfaitement orchestré, il sait comment rallier ses anciens aficionados déçus, et plus encore.

Mettant en scène Jake Gyllenhaal en la personne de Danny, Yahya Abdul-Mateen II interprétant Will Sharpe et enfin Eiza González incarnant l’exceptionnelle infirmière Cam Thompson. Alors que Will Sharpe échoue à obtenir des soins pour sa femme qu’il ne peut pas financer, son frère Danny lui propose un sacré deal. Un pactole de pas moins de 32 millions de dollars pour le braquage de la banque fédérale. Entouré d’une équipe de bras cassés et d’un plan foireux à peine étudié, nulle surprise que rien ne se passe comme les protagonistes l’auraient souhaité. Un flic se fait tirer dessus, une ambulance est réquisitionnée et voilà nos braqueurs embarqués dans une folle virée dont ils ne maîtriseront plus rien.

Sur de nombreux aspects, Ambulance rappelle l’histoire de No Pain No Gain, la seule différence étant qu’il ne semble pas inspiré de faits réels. Il s’agit simplement d’un remake d’un film danois réalisé par Laurits Munch-Petersen et Dieu seul sait ce qui lui est passé par la tête pour réussir à pondre une histoire aussi invraisemblable et folle que celle-là. L’histoire est si improbable qu’elle en devient jouissive au plus haut point. Le rythme est effréné, c’est un pur produit des années 90 jusque dans la typo utilisée pour le titre et présenter les personnages durant le générique de fin, ou même l’affiche qui n’est pas sans rappeler les affiches les plus emblématiques du genre. Un véritable film d’action dopé à l’adrénaline, elle-même dopée à l’adrénaline. Cela faisait un bon bout de temps qu’un film de braquage n’eut été un kiff aussi palpitant au cinéma. A chaque scène une nouvelle péripétie, à tel point que le film en devient parfois maladroitement et intentionnellement comique, à l’image de son homologue avec Dwayne Johnson. Le film est tellement ancré dans cette ambiance 90′ que Michael Bay s’autocite impunément en plein milieu d’une scène. L’impunité est clairement ce qui définit cette production outrageusement excitée.

D’ailleurs, ne vous méprenez pas. Malgré l’adresse presque chirurgicale avec laquelle il maîtrise la tension et la montée progressive du rythme et de l’énergie, cela reste une création Michael Bay. C’est donc aussi subtil qu’un sanglier à la recherche de truffes au milieu du jardin des plantes. Les personnages sont aussi clichés que le veut le genre et les dialogues aussi prévisibles que si c’était un enfant de 5 ans qui les avaient écrit. Mais au final, on se fiche pas mal du côté classique, cliché ou prévisible tant l’histoire est un fourre tout complètement déjanté de ce que le genre peut proposer de meilleur. À l’image de John Wick dont le héros est absolument implacable avec des aptitudes et un caractère extrêmement défini qui fait tout le sel de sa saga.

Il y a dans Ambulance à la fois ce que le genre a su nous proposer de meilleur au travers des décennies et tout ce qui fait l’identité la plus authentique de son réalisateur. Un mélange qui fait un bien immense au milieu d’une multitude de productions qui, elles, n’honorent pas toujours le cinéma. Difficile de croire à quel point un cinéaste aussi perdu que Michael Bay a su toucher aussi précisément le coeur de sa cible. Un film qu’il faut impérativement voir au cinéma tant l’ambiance joue favorablement à l’immersion nécessaire pour apprécier le plus justement ce long-métrage. Il va falloir admettre que le réalisateur a encore quelques atouts dans sa manche et sait jouer ses cartes judicieusement.

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  1. Édito – Semaine 13 -

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