The Batman : Good Cop Bat Cop

Et revoilà Batou… Again… Pas de repos pour le brave (et audacieux) surtout quand sa mythologie rapporte des gros sous au studio. À savoir la Warner qui ne lâche pas son filon d’enfer après la retraite de Ben Affleck. L’univers de Zack Snyder est à peine enterré qu’un nouveau se dessine opportunément sous la férule de Matt Reeves. Le réalisateur des deux derniers opus de La Planète des Singes a pris à bras le corps la possibilité d’établir sa propre vision du Dark Knight dans la lignée de Tim Burton ou Christopher Nolan. Une énième itération en parallèle des bribes du Snyder Universe qui perdure grâce à Aquaman, Wonder Woman et Flash. Ce dernier va chambouler la temporalité en remettant les pendules à zéro dans Flashpoint avec un autre Batman incarné de nouveau par Michael Keaton. C’est à ne plus rien y comprendre. Personne n’assume la moindre chose dans cette transposition de l’univers DC Comics au cinéma sous l’égide de la Warner. Les cartes sont rebattues à chaque remaniement du board tout en haut de la grande tour dorée. Pendant ce temps-là, les fans ont le droit au même film depuis 20 ans à quelques détails près.

Une année à peine après la Snyder’s Cut de la Justice League réparant les affres d’un Joss Whedon aujourd’hui aux oubliettes, nous avons eu notre dose de Batman depuis une vingtaine d’années. Il y a toujours une excuse pour ranimer le personnage. On pensait Ben Affleck canonique pour le personnage pour quelques années encore, mais il en a été décidé autrement. Le DC Universe a du plomb dans l’aile au contraire d’un MCU qui se porte à merveille surtout après le carton de Spider-Man No Way Home. Pendant ce temps-là, DC tâtonne donnant les clés à des réalisateurs pour développer leurs visions propres des personnages importants du catalogue. En soi Batman… Suite au Joker de Todd Philips avec Joaquin Phoenix dans le rôle, c’est de nouveau au tour du Chevalier Noir d’être réadapté sous la houlette de Matt Reeves. Les univers ne sont liés en aucune mesure, les films restent des regards personnels et originaux autour des personnages en soi. N’espérez donc pas voir Superman ou Green Lantern débarquer ou le Batman de Robert Pattinson affronter le Joker de Joaquin Phoenix, rien n’est relié. La résultante à tout cela est brouillonne. Le MCU nous a habitué à tout raccorder, de faire exister un univers propre, assumer ses erreurs pour mieux les corriger deux films plus tard. Chez DC on efface tout et on recommence tous les deux ans.
Il est fatigant de constater être pris pour des vaches à lait à subir éternellement le même film. D’excellents films ou pas, telle n’est pas la question. Tout cela tourne en rond pour un éternel Batman Begins.

Matt Reeves a au moins le mérite de ne pas nous refaire le coup de la petite ruelle avec la mort des parents Wayne. The Batman rentre dans le vif du sujet sans le moindre chichi. La voix off de Bruce Wayne nous explique ses sentiments nauséeux, ses intentions et ses actes. La séquence violente sur le quai du métro prend la suite d’une ouverture frissonnante avec le maire pris pour cible par le Riddler. Vous aviez peur du noir ? Vous allez avoir peur du noir ! À l’image des ennemis du Batman qui scrutent les angles morts, les espaces sombres, après leurs méfaits. En cela le logo déchire le ciel de Gotham pour semer le doute et instiller la peur depuis l’apparition du justicier deux ans auparavant.
À l’image du Batman signé par Tim Burton en 1989, Batman est opérationnel depuis peu dans les rues de Gotham City dans cette nouvelle histoire. Les deux films partagent ce décor putride d’une ville à l’abandon, gangrénée par la violence et la pauvreté. Il pleut sans cesse, l’air dissipe une odeur morbide au cœur de cette métropole polluée par la lumière factice des publicités. La violence et le crime sont partout pendant qu’un vigilante s’agite pour se venger. Il est la vengeance d’un sort qui le broie de l’intérieur. Chez Matt Reeves le Batman est Bruce Wayne. Un vigilante qui expie sa colère en tabassant des loubards. Il n’est pas un héros. 

Le Batman vu par Matt Reeves est un Justicier dans la Ville soutenu par le Lieutenant Gordon. Un duo surprenant pris dans les dédales d’une enquête tortueuse. Le Maire vient de se faire tuer avec des indices à destination du justicier. Matt Reeves met en place un polar Noir dans la lignée des Seven et The Game signés par David Fincher. Le travail de ce dernier est une franche inspiration pour le réalisateur de Cloverfield. C’est à raison car l’atmosphère colle parfaitement aux intentions voulues autour du personnage. Batman retrouve ses aptitudes de détective comme soulignée par quelques comics dédiés (Batman Détective). Dans cet énième film, il n’est jamais un héros, mais un profiler masqué qui va se soucier de trouver les réponses aux énigmes de ce dingue. Un tueur aux énigmes tortueuses qui s’évertue à façonner des jeux mortels rappelant la saga Saw de Leigh Whannell et James Wan. Batman et Gordon forme un duo dans l’esprit Somerset/Mills sans la surprise du carton final, malgré un pli explosif touchant un proche du héros. Tout le cinéma de David Fincher – et son héritage horrifique – imprègne ce film Batman à l’ambiance gâté. Et cela lui sied à merveille.

The Batman trouve son ton idoine car Matt Reeves a saisi son personnage. Fan ou pas, le réalisateur tient l’approche adéquate pour développer son univers et mûrir un personnage noirci. Tête basse, regard ombrageux parfois dans le vague, Robert Pattinson incarne une variation grunge de Bruce Wayne. L’homme est son déguisement, le Batman est sa peau, son masque est son véritable visage. Il se nourrit du noir, vit dans le noir, The Batman est une variation death metal d’un héros qui a connu toutes les incarnations possibles au cinéma. Il ne manquait plus que celle proposée par l’ex-vampire translucide (Twilight), déjà esquissé dans le Cosmopolis de David Cronenberg, à savoir le milliardaire nihiliste meurtri. Il est la vengeance d’une tragédie causée par la ville et ses tares nées du pourrissement d’un système. Une politique souterraine qui va exploser via l’antagoniste laissant échapper tous les pourris/corrompus bien calfeutrés au 44e étage. Une enquête au long cours qui épuise un scénario sur-écrit inutilement. Une volonté auteurisante forcée qui n’anémie en rien la force d’un héros à la trajectoire expiatrice. Vigilante paria devenant le guide d’une ville sous l’eau dans une superbe séquence rougeâtre à en donner des frissons. Les poils se hérissent de la peau à plusieurs reprises au cœur d’un film monumental, épique et épuisant. La séquence d’ouverture chez le maire pour rappel tout comme la première apparition dans l’obscurité du Batman sur le quai du métro. Il y a surtout la séquence centrale de course-poursuite – introduction parfaite de la Batmobile démarrant sur les chapeaux de roues – avant un plan faramineux du Batman approchant tel le diable de la carcasse automobile broyée du Pingouin. Matt Reeves s’éclate tel un gamin avec son personnage pour mieux flatter les aficionados du héros créé par Bob Kane et Bill Finger. Ne parlons pas des quelques détails jubilatoires, tel ce placement de caméra affolant au plus près du héros qui s’échappe du commissariat par le toit nous procurant la sensation d’être le Batman. 

Sous son masque reprenant étrangement les traits du costume porté par Adam West en 1966 pour la série Tv kitsch, mais culte, The Batman est une réussite massive et complète. Étirant son intrigue à n’en plus finir pour une raison obscure, Matt Reeves réussit à faire passer la pilule d’une sempiternelle relecture du héros. Indépendante, cette révision du Batman est un long Halloween sombre et une Amère Victoire violente. Une proposition putride qui trouve grâce à cette vision urbaine incorporant un vigilante semant la vengeance pour expier son chagrin et sa haine misanthropique. Les rues sont un défouloir pour un justicier devenant au fil des jours d’enquête un guide pour une population touchée/coulée d’une Gotham bientôt héroïne de son propre show, dérivée du film pour HBO Max, adaptation potentielle de Gotham Central avec comme héros James Gordon. Pardon, cela n’a pas déjà été fait ?

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