Supersonic Man : De paillettes et d’Os

Pour sa collection « Cine Fumetti », Artus Films ne recule devant rien. En parallèle de Devilman, l’ourson cinéphile nous permet la découverte de Supersonic Man, un super-héros extraterrestre dans la lignée de Superman, mais sauce Paella. Si l’éditeur inclut Supersonic Man dans sa collection Cine Fumetti, le film doit beaucoup plus aux comics américains dont le réalisateur Juan Piquer Simon est un admirateur.
Après le succès de son premier long-métrage, Le Continent Fantastique, Juan Piquer Simon discute justement avec la Marvel pour adapter Captain America. Malheureusement (ou pas) le deal ne se fait pas et Simon se rabat sur une création propre, Supersonic Man.

Au départ, il devait s’appeler Flashman, Electric Man… Mais la consonance ménagère déplaît aux producteurs. Ce sera donc Supersonic Man, nom rappelant la puissance du Concorde français, avion le plus rapide jamais produit dans l’histoire aéronautique. Le super-héros extraterrestre est un croisement entre un Eternel de chez Marvel et le Superman de DC Comics, dont l’adaptation par Richard Donner est alors en plein boom. Juan Piquer Simon se défendra de vouloir surfer sur la production tapageuse du film par les Salkind, mais soyons honnêtes, Superman profite en grande partie à l’exploitation du Supersonic Man dans les salles. Il y a beaucoup de similitudes entre les deux héros, civils au quotidien entre le métier de journaliste pour Clark Kent/Superman et celui de détective flegmatique pour Supersonic Man/Paul à la moustache luisante. Ce dernier aide dans ce film fumeux une jeune femme à retrouver son père enlevé par le Dr Gulk. Une variation du grand méchant rigolard, sorte de Lex Luthor caricatural sortant tout droit d’un dessin animé hystérique pour enfants. Il est incarné par Cameron Mitchell, une tronche du cinéma italien à la filmographie comptant pas moins de 150 titres (dont l’excellent La ruée des vikings). Un acteur tout terrain qui s’éclate en antagoniste souhaitant mettre en esclavage le monde entier, rien que cela. 

Supersonic Man déroule l’inhérente histoire d’un sempiternel comic book mis en scène avec astuce et amusement par Juan Piquer Simon. Clairement investi, il produit un film fini bluffant pour les 190 000€ de budget comptant pour le film, à savoir le budget du service « envois postaux » du Superman de Donner. Simon fait donc des prouesses pour réussir un film ambitieux entre maquettes explosives et trucages appliqués pour faire voler Supersonic Man au-dessus de New-York. Le réalisateur espagnol peut même se targuer d’avoir trouvé la solution pour faire flotter la cape du héros sans dégager la moindre poussière sur le plateau (mouiller le sol au préalable) au contraire de celle de Superman, un enfer pour Christopher Reeve.
Destiné à une niche recherchant ces titres rares disponibles aujourd’hui en vidéo, Supersonic Man se destine à merveille aux jeunes enfants en quête de super-héros bienveillants. Le film est kitsch par son thème entêtant se déclinant en une version disco et les apparats du héros vêtus d’un ensemble pailleté. Mais le jeune public savourera cette déclinaison venant compléter les Marveleries et autres adaptations de l’univers adulte DC Comics. Cette proposition est une excellente porte d’entrée avec le Superman de Richard Donner pour émerveiller une jeune audience de moins de dix ans. Le héros fait état de certaines prouesses fantastiques ayant une grosse palette de pouvoirs transformant par exemple les armes à feu en bananes. 

S’il ne crie pas « Shazam » pour se transformer, Paul, avec sa montre intergalactique, doit prononcer la phrase « Puis-ce la grande force de la Galaxie m’accompagner » pour se transformer à l’image de Captain Marvel/Shazam. Dans le civil, au contraire de Clark Kent, Paul ne possède aucuns pouvoirs. D’où son impuissance dans quelques séquences entre la bagarre dans le saloon – digne d’un film texan des années 70′ – ou son enlèvement par les hommes de main de Dr Gulk. Mais dès qu’il convoque ses pouvoirs il devient invincible, perdant même sa belle moustache patriarcale. Supersonic Man est en cela une prouesse étant le tout premier film espagnol à effets spéciaux. Un film culte pour les ibériques qui connut une belle exploitation à l’international. Il réussit à attirer 750 000 spectateurs lors de son exploitation sur Paris en 1981 (sortie le 7 janvier), deux ans après sa sortie en Espagne où le héros est toujours exploité en comic book aujourd’hui, le dernier tome de Supersonic Man datant de 2020. Moult produits dérivés existent, élaborant un univers étendu avec une super-héroïne que Juan Piquer Simon créa pour un nouveau film de cinéma, mais faute de budget échouera en bande-dessinée. Fantastika Supersonic Woman a eu les faveurs d’une transposition en BD en 2019 en Espagne. Malheureusement leurs aventures ne passent pas les frontières des Pyrénées pour se découvrir à nous en papiers et bulles. Peut-être une idée à soumettre à Artus maintenant éditeur de bandes dessinées avec L’Alter Ego notamment ?

Bref, Supersonic Man est une découverte pour tout amoureux de super-héros. Un personnage classique aux aventures éculées pour un essai respirant la passion et la volonté de bien faire. Juan Piquer Simon, après une production d’aventures en hommage à Jules Verne, anime un héros dans la lignée de ceux crées par Marvel et DC Comics. Un personnage toujours en activité aujourd’hui, culte dans son pays, dont ce film kitsch et amusant est une agréable entrée en matière. Tous les ingrédients sont présents dans ce long métrage imparfait, mais réjouissant.

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*