Scream : Une certaine idée de la fan-fiction…

Exhumer le passé est bien souvent un exercice périlleux. En matière de franchise culte, la saga Scream se pose comme un marqueur important de la cinéphilie d’un bon nombre de spectateurs. Initié en 1996 par Wes Craven (indissociable de son scénariste, Kevin Williamson), Scream, premier du nom, a été l’instigateur d’un courant désormais appelé « néo-slasher ». Il proposait un regard cynique envers l’un des sous-genres horrifiques les plus populaires, embarquait des personnages conscients de ce que le mouvement a apporté au cinéma et réussissait à prétendre faire du neuf avec des codes sacrément datés. Plus qu’un excellent film, Scream était une déclaration d’amour au slasher, un vent rafraîchissant qui dépoussiérait le cinéma de papa afin de mettre d’accord toutes les générations. Si le discours n’a pas pris une ride, ses suites ont continué à décortiquer le genre, avec plus ou moins de subtilité, mais pouvaient se targuer de tenir la distance là où la plupart des franchises se seraient essoufflées à défaut d’être enrichissantes. La tétralogie Scream s’est construite une mythologie iconique, faisant office de marqueur de référence ultime pour tous les films de genre sortis depuis la fin des années 1990. Suite au décès de Wes Craven en 2015, quatre ans après Scream 4, la saga a été mise entre parenthèses. Les rumeurs allaient bon train. Scream 4 était-il le point de départ d’une nouvelle trilogie ? Fallait-il rebooter totalement la licence ou proposer une nouvelle suite qui conclurait définitivement les histoires des héros que nous avons suivi depuis le premier opus ? Entre-temps, une série télévisée (sacrément mauvaise en ce qui nous concerne) a permis aux fans de patienter quant au devenir de la saga au cinéma. C’est le succès du Halloween de David Gordon-Green qui mettra définitivement le feu aux poudres et relancera le projet. Comment faire sans Wes Craven à la barre ? Après moult négociations une fois que les studios Spyglass aient racheté la saga aux frères Weinstein (notamment ce sacré Jason Blum qui désirait ardemment mettre sa pierre à l’édifice), le projet est finalement confié aux réalisateurs Matt Bettinelli-Olpin et Tyler Gillett (Wedding Nightmare) qui ont toujours clamé être des fans absolus du travail de Wes Craven. Que se passe-t-il lorsque des fans se voient offrir la barre d’un paquebot aussi énorme que la saga Scream ? La réponse est désormais dans nos salles depuis le 12 janvier dernier.

Vingt-cinq ans après que la paisible ville de Woodsboro a été frappée par une série de meurtres violents, un nouveau tueur revêt le masque de Ghostface et prend pour cible une groupe d’adolescents. Il est déterminé à faire ressurgir les sombres secrets du passé.

Attention : pour celles et ceux qui n’auraient pas vu le film, nous allons devoir étayer nos propos en nous appuyant sur des éléments phares du film. Si vous désirez ne rien savoir au sujet de ce film, nous vous conseillons vivement de stopper votre lecture. En revanche, si vous voulez vous économisez du temps et de l’argent, poursuivez votre lecture et découvrez à quel point ce film est aussi catastrophique que honteux !

Après avoir décortiqué le slasher, critiqué les suites faciles, l’industrie hollywoodienne et les problèmes de reboots/remakes, nous avions hâte de voir sous quel angle serait abordé Scream (dépossédé du chiffre 5 pour une raison expliquée dans le film). Scream pose concrètement ses enjeux dès sa scène d’introduction qui, à défaut d’être jouissive, annonce la couleur d’emblée : vous avez déjà vu le film. Un nouveau mot a fait son apparition depuis quelques temps à Hollywood pour caractériser ce type de projet : Scream est un requel. A mi-chemin entre le remake et la continuité des épisodes précédents, le requel est le nouveau mot à la mode pour définir une fan-fiction (dixit Halloween de David Gordon-Green, Star Wars : Épisode VII…). Le film renoue avec l’univers des épisodes précédents, essaie d’apporter un nouveau souffle tout en reproduisant les scènes phares de ses pères. Autrement dit : un remake non-assumé, voilà pourquoi il s’intitule Scream et non Scream 5. Un exercice aussi périlleux que dangereux puisqu’il a le don, depuis quelques années, d’attiser les foudres des fans qui n’hésitent pas à exprimer leur colère sur la toile allant jusqu’à exiger réparation (souvenez-vous de ceux qui voulaient qu’on retourne la fin de Game of Thrones, pétition à l’appui). Qu’à cela ne tienne, la saga Scream a toujours réussi à transcender son sujet pour y apporter le regard critique nécessaire pour un solide divertissement (même pour l’épisode 4 qui, à la revoyure, préfigurait le devenir de l’industrie horrifique actuelle). Avec Kevin Williamson relégué au poste de producteur délégué et l’annonce d’un film pensé comme un hommage à Wes Craven, il y avait une belle proposition qui se profilait. Seulement, le malaise sera palpable dès l’ouverture qui reproduit jusqu’aux gestes les plus insignifiants le choc de l’introduction avec Drew Barrymore (la manière de parler au tueur, le même flegme avec lequel l’héroïne sort un couteau de cuisine de son socle…). Scream tacle d’entrée de jeu les productions de ces dernières années du type Mister Babadook ou Hérédité. Nous avons affaire à une victime qui défend le elevated horror face à un tueur qui assume ses goûts « rétro ». L’opposition aurait pu être intéressante s’il n’y avait pas eu une médisance certaine pour des auteurs comme Jordan Peele ou Ari Aster. Des tacles, la saga en a toujours fait et les a toujours assumé. Seulement, prendre parti d’affirmer que tout est moisi en dehors des films cultes est un pari couillu qu’il faut assumer et prouver par son excellence, ce que Scream ne fera jamais.

Dans le contexte du film, selon les réalisateurs, rien ne vaut un bon Wes Craven ou John Carpenter. Et les références aux deux réalisateurs sont enfoncées avec des sabots tellement énormes que cela frise le ridicule. Un personnage s’appelle Wes (l’originalité au degré zéro), meurt de manière brutale (le pauvre doit se retourner dans sa tombe), a droit à une banderole plus tard et une veillée en son honneur (si vous n’avez toujours pas compris qu’ils aiment Craven) et le film se clôture sur un panneau « For Wes », ce qui aurait simplement suffit sans la mascarade précédente. En terme de discours méta, Scream devient indigeste entre l’héroïne qui se prénomme Carpenter et un personnage qui hurle qu’il n’y a pas de bon Halloween sans Jamie Lee Curtis, on apprend également que Sidney vivait sur Elm Street…tout est méta, tout le monde parle de cinéma, il n’y a pas de magie, pas de suspense, pas d’ambition. Scream ne fait que pointer du doigt que les réalisateurs adorent les auteurs qu’ils citent, mais à quel moment se montre-t-il original ? Absolument jamais ! Scream passe son temps à désamorcer les règles du genre, juste pour ne pas faire comme tout le monde, mais n’apporte rien derrière. Les meurtres sont sans enjeux tant les personnages ne sont que des coquilles vides. Pire que tout, il se permet de rappeler les trois héros des films précédents et contraint Neve Campbell et Courteney Cox à de la simple figuration. Le seul passeur de flambeau légitime du film réside dans le personnage de Dwight. David Arquette offre un baroud d’honneur à la hauteur de son personnage qui nous permet de respirer un temps soit peu au milieu de cet océan de vomi.

Du reste, Scream ne fait que répéter les séquences iconiques des trois premiers films (se permettant d’omettre le quatrième opus, injustement moqué dans le film alors qu’il possède bien plus de qualités que lui). Scream dénonce les fan-fictions et tout ce qui ne va pas avec en introduisant dans la diégèse du film un nouvel opus de Stab qui, selon les fans, a été totalement dépossédé de ses qualités depuis le cinquième épisode. A comprendre par là que ce Scream sera le dernier bon film de la franchise et que tout ce qui viendra ensuite sera pompeux et inutile (on ne peut pas faire plus prétentieux). Sauf qu’à trop vouloir cracher dans la soupe, Scream n’offre rien d’autre. Scream est une fan-fiction d’adolescents décérébrés biberonnés aux franchises à rallonge du type Paranormal Activity, American Nightmare et autres pompes à fric dont Blumhouse en a le secret. Il n’y a aucune réflexion sur le genre. Le film se regarde le nombril en permanence et se trouve tellement génial sans jamais se rendre compte qu’il est aussi risible que scandaleux. Et ne parlons même pas du dernier acte qui, en plus de rejouer la fin du premier Scream, est d’une indigence insupportable. Le mobile ? Parlons-en : on tue à l’ancienne pour donner envie à Hollywood de revenir aux basiques parce que l’elevated horror c’est quand même bien chiant, on ne comprend rien, il faut réfléchir. S’il était possible d’envoyer se faire foutre un film, pensez bien que nous aurions brûler notre salle de cinéma. Scream est stupide et totalement dénué d’intérêt. Être fan du travail d’un réalisateur ne veut pas dire qu’on peut prétendre marcher sur ses plates-bandes en toute impunité, le massacrer et s’en sortir indemne. On assimilera notre ressenti à la mine totalement botoxée et déconfite de Courteney Cox qui admire ce carnage en arrière plan : enduire des légendes sous un tas de fumier, ça pue et ça laisse des traces. Scream est un étron prétentieux qui prouve que des fans ne font pas nécessairement de bons réalisateurs. A bon entendeur…

Scream est mort avec ce cinquième épisode. Plus rien n’a de sens, les personnages sont creux, le discours est aussi biaisé que ses propres enjeux. Il devient la caricature de ce qu’il dénonce. C’est d’un mauvais-goût incommensurable pour un film totalement dispensable. Si l’on veut revivre les meilleures scènes de la saga, autant s’en retourner aux films précédents plutôt de que les refaire avec moins de ferveur, moins de passion et surtout moins de talent. Car, si nous nous sommes attardés sur le discours et le fond du film qui sont abominables, nous aurions pu vous pondre tout un paragraphe sur l’horreur de la mise en scène aussi dénuée d’intérêt que d’assister à la vasectomie de Dieudonné. Sidney déclamait à la fin du quatrième film : « Don’t mess with the original » et cela aurait dû être pris pour argent comptant. Nous sommes mi-janvier et Scream prétend déjà à la Palme d’Or du pire film de l’année, seul exploit qu’il réussira à accomplir. Heureusement que Wes Craven n’est plus là pour subir une abomination pareille !

1 Rétrolien / Ping

  1. Édito – Semaine 7 -

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*