Placés : Une famille en maison d’accueil.

Premier film de Nessim Chikhaoui, Placés raconte l’histoire d’un jeune homme (Shaïn Boumedine) cherchant un travail à faire pendant l’année d’attente avant de pouvoir repasser son concours à sciences Po. Alors que la plupart de ses amis l’invitent à devenir conducteur de bus RATP, l’un d’entre eux (Moussa Mansaly) lui fait découvrir le monde des MECS (Maison d’Enfants à Caractère Social). C’est là qu’il s’éprend de ces jeunes avec des problèmes et que lui vient l’envie de les aider et de s’investir pour eux. Le film met en scène une pelletée d’artistes aux horizons très différents. On y retrouve Aloïse Sauvage et Moussa Mansaly, deux rappeurs ici dans le rôle d’éducateurs de la maison d’accueil, et Djimo, humoriste de renom désormais. On y croise également des acteurs plus expérimentés du monde du cinéma comme Philippe Rebbot, Julie Depardieu ou encore Smaïn. Ces choix renvoient à l’éclectisme des milieux sociaux desquels viennent les enfants des MECS de manière générale, tout en offrant une vraie homogénéité de jeu et de complicité chez tous ces acteurs.

La première chose à souligner avec Placés réside dans sa nature même de comédie dramatique. Nessim ne s’en cache pas, ses influences sont essentiellement des films que l’on pourrait attribuer à une nouvelle génération de cinéastes. Notamment Nos jours heureux ou Hors Norme de Olivier Nakache et Éric Toledano, Polisse de Maïwenn ou encore Patients de Grand Corps Malade (Fabien Marsaud). Pour l’aider dans cette intention, il s’est entouré de Christophe Offenstein notamment comme chef opérateur. Un grand ami de Guillaume Canet qui a, entre autre, réalisé Comment C’est loin de Orelsan et Gringe, encore une comédie au ton nouveau, un vent de fraîcheur bien commun des comédies du moment.

Nessim Chikhaoui parvient, avec Placés, à remettre un sujet aussi complexe et délaissé que les maisons de l’enfance, au cœur de notre société. Avec une approche humaine juste et non surjouée, le réalisateur offre un ton léger à un sujet souvent médit. L’histoire casse assez aisément de nombreux préjugés et clichés sans pour autant retirer l’aspect extrêmement éprouvant du métier d’éducateur. Une vraie fraternité se créée chez ces jeunes et leurs responsables, rendant l’histoire attendrissante. L’équilibre entre moments dramatiques et moments comiques est particulièrement bien étudié. On passe un moment agréable alors que l’on voit tout de même des jeunes en difficulté dans la vie et dont l’avenir est plus qu’incertain. On s’éprend de ces jeunes et de leur histoire qui les a mené vers un sentier, certes difficile, mais visiblement rempli d’amour et de soutien.

On a tendance à sous-estimer les films qui traitent de sujets sociaux tant ils ont un passif extrêmement déprimant. Nous pourrions citer par exemple le film De toutes mes forces avec Yolande Moreau, qui aborde certaines problématiques similaires. Alors qu’il ne se centre que sur un seul personnage, le film souffre clairement de son incapacité à rendre son sujet léger et non grandiloquent. En comparaison, Placés devient beaucoup plus universel et s’adresse à tout le monde avec la même force de persuasion et de prise de position. Les sujets identiques sont abordés avec, certes, un tout petit peu moins de profondeur, mais avec tellement plus de recul en fin de compte. Le scénario ne se contente plus simplement de raconter l’histoire de ce foyer, il l’englobe dans tout un système, à la fois administratif, sentimental et social.

Pour accompagner l’histoire, on ne peut omettre l’importance de la musique. Si la bande originale est signée Demusmaker, on peut retrouver plusieurs chanson de la chanteuse Aloïse Sauvage, notamment celle du générique de fin qui conclut à merveille le long-métrage. Musique dont elle interprète les paroles en compagnie de Moussa « Sam’s » Mansaly, aka Mastar dans la série Validé, ainsi que l’un des jeunes comédiens, Victor Le Fèvre. On peut clairement dire que la musique est un des éléments forts de cette production. Elle donne le ton et offre une réelle ambiance de feel good movie. La Maison d’accueil n’est pas la seule à offrir un cadre familiale, l’homogénéité créée par le travail en amont de l’équipe technique offre aussi un cadre familiale en dehors de l’écran. Tous les acteurs s’incorporent à merveille à cette histoire. Ils deviennent eux-mêmes une famille reconstituée. Shain Boumedine intègre parfaitement ce jeune en découverte totale de son caractère paternel. Nailia Harzoune quant à elle offre un jeu mystérieux et plein de nuance. À l’image du travail fourni par Yohan Manca avec Mes frères et moi, Nessim Chikhaoui réussit à faire de Placés une histoire fraternelle forte.

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