Don’t Look Up – Déni cosmique : Sous les rires, l’effroi

Depuis The Big Short, Adam McKay a fait prendre à sa carrière un virage plus ‘’sérieux’’, délaissant la douce bêtise qui irriguait ses comédies avec Will Ferrell pour verser dans la satire mordante en s’inspirant de faits réels. Et si Vice ne nous avait guère convaincu, usant d’effets de montage et d’analogies d’une lourdeur assez handicapante, on ne peut que se réjouir de retrouver McKay en très grande forme avec Don’t Look Up qui est, lui,  »basé sur des faits réels qui ne se sont pas encore déroulés » comme le dit le carton d’introduction. 

Disponible sur Netflix depuis le 24 décembre et doté d’un casting 4 étoiles, Don’t Look Up conte l’histoire de Randall Mindy et Kate Dibiasky, deux astronomes découvrant qu’une comète est en train de foncer sur la Terre et qu’elle la détruira dans six mois. Paniqués à l’idée de cette catastrophe imminente, ils avertissent la Présidente des États-Unis qui ne s’affole pas autour de la situation. Ils décident alors d’avertir la presse : en hurlant lors d’un talk-show, Kate passe pour une hystérique dont tout le monde se moque tandis que les médias parlent plus du physique de Randall que de son message. Et quand la Présidente se réveille sur la situation, Peter Isherwell (croisement effrayant entre Steve Jobs et Elon Musk), le gérant d’une immense entreprise et son principal donateur de campagne parvient à la convaincre de ne pas dévier la comète mais de la faire exploser en plusieurs morceaux afin d’en récupérer les minerais précieux. Alors que le monde semble marcher sur la tête, seuls Randall, Kate et leur confrère Teddy (Rob Morgan, impeccable) semblent avoir conscience du danger et tâchent de tout faire pour éveiller les consciences.

Adam McKay ne s’en cache pas, si l’on remplace la comète par le réchauffement climatique, Don’t Look Up est cruellement proche de la réalité et le cinéaste n’a pas besoin de pousser tant que ça les curseurs de la comédie tant, au fond, la cruelle réalité d’un monde égoïste et replié sur soi-même n’est jamais loin. McKay ne se refuse aucun excès mais aucun d’entre eux n’a l’air totalement extravagant tant sa satire, féroce, frappe fort. On pourra arguer qu’il ne fait guère dans l’originalité en tapant sur un gouvernement plus occupé par son image que par la fin du monde, sur les médias préférant l’info-spectacle à la véracité des faits, sur les GAFAM et leurs utopies à mille lieues de la réalité du monde et sur la bêtise des gens aussi prompts à avaler tout ce qu’on leur dit qu’à croire la première théorie conspirationniste qui vient.

Certes, mais en même temps Don’t Look Up ne tape pas seulement fort, il tape juste et ce à chacune de ses séquences. En épurant sa mise en scène de ses effets de montage agaçants et en maintenant son récit à un niveau de comédie flirtant à la fois avec l’absurde et le tragique, Adam McKay va droit au but. Il est aidé pour cela d’un scénario redoutable, aux dialogues et situations particulièrement acérés mais également par un casting en or massif au milieu duquel on croise Meryl Streep en présidente sans aucun sens des responsabilités, Jonah Hill en chef de cabinet plus occupé par ce qu’il s’enfile dans le nez que par la réalité, Mark Rylance terrifiant en entrepreneur-gourou, Ron Perlman en héros de la nation alcoolique et raciste, Ariana Grande hilarante en caricature d’elle-même ou encore Cate Blanchett et Tyler Perry, parfaitement agaçants en présentateurs télévisés tout droit sortis de Fox News. N’oublions pas non plus nos deux formidables vedettes, Leonardo DiCaprio et Jennifer Lawrence, que l’on n’avait pas vus à l’écran depuis 2019, ici débarrassés de tout glamour en astronomes totalement dépassés par la situation. L’un accédant à la célébrité pour les mauvaises raisons et trop timide pour s’affirmer, l’autre transformée en usine à mèmes dès qu’elle parle et moquée parce que la comète porte son nom.

Tapant sur tout ce qui bouge, forçant le trait juste ce qu’il faut et assumant jusqu’au bout son parti pris apocalyptique, Don’t Look Up est une satire d’autant plus brillante qu’elle est toujours sur le fil. Ainsi, nous ne savons jamais vraiment s’il nous faut rire ou pleurer devant tant d’incompétence déployée à l’écran, seuls les trois astronomes ayant conscience de l’enjeu et de la gravité de la situation semblant être les personnages les plus intelligents du récit. Ce sont d’ailleurs les seuls dont les sentiments sont traités avec sérieux au sein de cette comédie délirante : jamais moqués, perdant pied en permanence mais luttant pour une cause juste et avérée, ils bénéficient d’un traitement particulièrement touchant au sein de cette galerie de débiles superficiels que croque McKay avec un ton résolument acerbe, le cinéaste n’ayant visiblement que peu de foi en notre humanité dont il dessine toute l’absurdité.

Derrière la comédie se trouve un message alarmiste certes pas nouveau mais qu’il fait bon de renouveler : si l’humanité n’ouvre pas les yeux sur ses problèmes (la comète dans le film, le réchauffement climatique dans la réalité), elle court à sa perte. Et il serait dommage de tout gâcher car comme le dit Randall Mindy à un moment du film : ‘’we really did have everything, didn’t we ?’’. Prononcée sans humour ni second degré, la phrase résonne en nous bien longtemps après le visionnage et transforme l’hilarante satire en un film d’utilité publique :  »marrez-vous devant cette stupidité mais par pitié ouvrez les yeux », voilà ce que semble vouloir nous dire Adam McKay, sans subtilité certes mais avec une efficacité redoutable. Autant dire que le message est reçu 5/5.

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