JFK L’enquête : Oliver Stone règle ses comptes

Cinéaste frondeur, Oliver Stone s’est toujours attaqué de plein fouet à l’Amérique et ses institutions. Dans JFK, l’un de ses films les plus célèbres, il démontait, à l’aide d’un casting à tomber par terre, le rapport de la commission Warren sur l’assassinat de Kennedy et éclairait sous un nouveau jour ce crime, dénonçant l’implication du gouvernement américain dans l’organisation de l’assassinat. Près de trente ans plus tard, alors que de nombreux documents de l’affaire ont été déclassifiés et désormais consultables par le grand public, Oliver Stone s’attaque de nouveau au meurtre le plus discuté de l’histoire, par le biais d’un documentaire cette fois.

Ecrit par James DiEugenio, auteur de plusieurs ouvrages sur Kennedy et son assassinat, infatigable chercheur ayant tout lu sur le sujet, JFK L’enquête (désormais disponible sur OCS) part donc d’une base solide pour étayer son propos. C’est d’ailleurs la grande force du film. Puisque Oliver Stone n’a jamais eu la réputation d’être un cinéaste objectif, capable de prendre des points de vues carrément biaisés quand il le souhaitait, le voir se reposer sur un tel amoncellement de faits permet de le trouver à son meilleur. Foisonnant d’informations, le film repose en plusieurs parties, chacune d’entre elles s’attaquant à un élément de l’affaire (la balle magique, l’autopsie de Kennedy, la présence de Lee Harvey Oswald sur les lieux du crime, les raisons laissant croire que la CIA est pour quelque chose dans cette histoire) pour en décortiquer le moindre détail, démontant à chaque fois le rapport de la commission Warren avec tant d’éléments que l’on s’y laisse happer comme si l’on était devant un thriller.

De fait, en pointant de façon factuelle toutes les contradictions et incohérences entourant l’affaire, pour ceux qui avaient encore un doute aujourd’hui, il est totalement impossible de croire une seule seconde que Lee Harvey Oswald a assassiné JFK. Le film de Zapruder avait déjà révélé que, contrairement aux conclusions établies indiquant que le président Kennedy avait reçu une balle à l’arrière du crâne, il a clairement reçu également une balle venant de l’avant (image à jamais choquante pour quiconque l’ayant vue). JFK L’enquête va travailler plus loin tous les éléments étranges du dossier : témoins écartés de l’enquête car ils ne collaient pas à la conclusion de la commission Warren, rapports retravaillés, relations que la CIA entretenait avec Lee Harvey Oswald, la façon dont la politique de Kennedy remuait les institutions bien en place… Tout y passe, à travers le prisme vigilant d’un Oliver Stone enflammé par le sujet et encore en colère contre son pays qui a assassiné son meilleur président selon lui.

En colère et passionné, Oliver Stone n’en réalise pas moins son film avec beaucoup de méticulosité. Son opinion est faite, à lui de nous convaincre désormais et pour cela il s’appuie sur de nombreux intervenants connaissant parfaitement l’affaire et sur de nombreux documents à même de jeter la lumière sur certaines zones d’ombres tout en soulevant de nouvelles questions. L’idée est d’avoir des arguments imparables, des faits et pour cela il sort l’artillerie lourde, quitte à ce que les informations débordent de toutes parts, rendant parfois certaines explications un peu plus ardues à suivre. Le cinéaste aurait voulu faire un film de 4h (qu’il ne désespère pas de diffuser à la télévision) mais il est bien conscient que de nos jours, faire tenir le public sur un documentaire de 2h est déjà un exploit et c’est pour ça qu’il a condensé son récit pour aller à l’essentiel, arrivant à nous passionner quitte à effectivement nous submerger sans pour autant nous faire décrocher une seule seconde du récit tant il est pétri de rebondissements. De quoi relancer le débat sur l’assassinat de Kennedy (que l’Amérique ne regarde toujours pas en face aujourd’hui, le film n’ayant pas été financé par un seul dollar américain) et fantasmer sur ce que le monde serait devenu s’il n’avait pas été tué tout en prouvant que Stone n’a décidément rien perdu de sa hargne avec le temps.

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