Succession – Saison 3 : La division des Roy

Actuellement la meilleure série à être diffusée sur HBO (et en France sur OCS), Succession a fait son grand retour cette année après deux ans d’absence. Deux ans qui ont semblé interminables pour les fans de la première heure de la série tant le final de la saison 2 rebattait les cartes et disposait de nouveaux enjeux explosifs pour cette saison 3 dont la diffusion s’est achevée la semaine dernière au terme de neuf épisodes.

La déclaration de Kendall contre Waystar Royco fait un raz de marée médiatique. Alors que la menace d’une enquête fédérale croule sur la société, Logan rassemble son équipe et teste la loyauté de chacun. L’enquête fédérale affolant les actionnaires, Logan va devoir lutter fermement pour garder le contrôle de la société tandis que Kendall, grisé par sa prise de position contre son père, se sent pousser des ailes et part en vrille tout en essayant de rallier ses frères et sœur à sa cause…

On pensait naïvement que suite au final de la saison 2, Succession allait bêtement suivre les rails qui se déroulaient devant elle. C’est mal connaître le génie de Jesse Armstrong et de son équipe de scénaristes qui ont l’habitude de ne jamais se reposer sur leurs acquis et de renverser la vapeur des relations et des enjeux d’un épisode à l’autre. Il s’agit certes de montrer les sécessions qui se créent au sein du clan Roy et d’en faire un moteur narratif mais il s’agit avant tout de rester fidèle à ce qui fait le sel de la série et de jamais nous faire adhérer à ses personnages que l’on continue d’adorer détester. En effet, dans l’univers de Succession rien n’est tout blanc ni tout noir et surtout pas tout blanc. Kendall a beau se rêver en preux chevalier voulant sauver Waystar Royco de sa corruption, il n’est qu’un gosse de riche frôlant la crise mentale en permanence, incapable d’appréhender la réalité des choses. Logan a beau être un salaud prêt à tous les coups pour défendre sa société, difficile de le blâmer quand il accuse ses enfants d’être des gosses de riches n’ayant jamais rien fait de leur vie. Tom a beau être un arriviste narcissique, il se fait tellement malmener par Shiv qu’on ne peut que comprendre sa détresse.

Connor, Kendall, Shiv et Roman ont beau vouloir leur part du gâteau et chercher en permanence l’amour et l’approbation d’un père qui n’est rien d’autre qu’un ogre déguisé en businessman, ce sont tous des adultes pourris gâtés n’ayant aucune compréhension des enjeux de ce monde et que leur éducation aisée a condamné à être nombrilistes. Le génie de Succession est sa capacité à sans cesse être sur le fil avec ses personnages, ne les excusant jamais d’être des salauds, les montrant dans leurs ambitions et leurs magouilles à mille lieues de notre réalité sans pour autant être gratuitement méchante avec eux. Surgit toujours parfois au cours d’une séquence une étincelle d’humanité, une faiblesse, une compréhension brutale de soi, très vite étouffée par un coup bas ou une réflexion acide mais une étincelle permettant de nous accrocher et de nous faire repartir, nous qui guettons avec impatience et nous délectons d’avance de toutes les saloperies que peut se faire cette famille au nom d’une seule chose : l’argent.

Tout en brassant les mêmes thématiques depuis ses débuts (cette idée de succession qui fait le titre de la série, de tuer le père, lui qui pourtant semble invincible même quand il vacille), la série ne cesse de proposer d’habiles variations dessus et avance à grands pas, dénonçant les vicissitudes d’un monde soumis au dieu Capital. Si les trois premiers épisodes font office d’avant-goût, le quatrième confrontant Kendall et Logan à un actionnaire hésitant à garder ses parts de la boîte (Adrien Brody, parfait en riche insupportable) met les Roy au pied du mur : leur société, leur richesse, ne dépend que du bon vouloir d’une poignée de gens capables à tout moment de les lâcher. Ces actionnaires, ces ‘’concierges à la retraite de l’Idaho’’ (titre du génial épisode 5, premier grand sommet de la saison) décident qui placer à la tête de Waystar Royco, choix pour le moins crucial car en étant à la tête de Waystar Royco, on peut pratiquement choisir qui sera le prochain président des Etats-Unis (hallucinant épisode 6).

Observant les coulisses d’un monde qui nous est inaccessible, brossant le portrait d’une brochette d’odieux personnages louvoyant pour arriver à leurs fins quitte à se trahir en famille (il faut voir Kendall expliquer calmement à son cousin Greg qu’il va certainement devoir le griller auprès de la justice comme s’il lui annonçait quelque chose de normal), Succession touche au génie. Tout ce qu’il passe à l’écran nous semble si trivial (et cela semble si naturel pour les personnages de comploter les uns contre les autres ou d’ignorer une confession déchirante pour penser au fric) mais tient tellement aux personnages que l’on ne peut regarder la série qu’avec une fascination d’autant plus intense que l’écriture est – on ne le dira jamais assez – brillante. En témoigne l’épisode 7, centré autour de l’anniversaire de Kendall qui concentre ce qu’il y a de plus odieux chez les personnages sans basculer pour autant dans la surenchère et la caricature, se montrant d’une justesse implacable.

Ce numéro d’équilibriste entre comédie (car la série est farouchement drôle, notamment lorsqu’on envoie une dick pic à la mauvaise personne), satire acerbe du capitalisme et tragédie pure et dure héritée de Shakespeare (Logan étant un avatar moderne du Roi Lear, Kendall étant certainement le personnage le plus tragique de tous) est ce qu’il se fait de plus prenant à la télévision, sachant contenter chaque spectre des émotions recherchées devant une série. En résulte donc neuf épisodes magistraux, servis par un casting toujours aussi formidable : si Brian Cox est bien évidemment impérial dans la peau de Logan Roy, Jeremy Strong bouleverse en livrant une interprétation particulièrement intense, héritant d’un personnage aussi fascinant que complexe. Mais ni Sarah Snook, Kieran Culkin, Matthew Mcfadyen et Nicholas Braun (hilarant en cousin Greg avec cette fameuse réplique : ‘’peut-on poursuivre son grand-père en justice mais d’une façon affectueuse ?’’) ne sont pas en reste, gâtés par des dialogues acérés et par une mise en scène toujours à l’affût de leurs moindres gestes.

Et alors que les musiques composées par Nicholas Britell accompagnent avec brio les personnages et leurs complots, la baffe assénée par le final de la saison 3 (implacable, inattendu et en même temps totalement logique) vient relancer une fois de plus tous les enjeux exposés précédemment, promettant une saison 4 (d’ores et déjà commandée) passionnante et attendue de pied ferme, d’ici-là on risque malheureusement de s’ennuyer surtout que nous n’avons pas les mêmes moyens que les Roy pour s’offrir des vacances !

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