Lamb : Un agneau passe…

Précédé de son petit effet cannois à la 74ème édition du Festival de cette année (il y a remporté le Prix de l’originalité dans la section Un certain regard, ndlr) le premier long métrage de l’islandais Valdimar Johannsson s’est également invité à l’Étrange Festival numéro XVII de cette même année, ayant en cette occasion bénéficié d’une certaine hype contre-culturelle des plus alléchantes : vendu comme un film conçu et tourné hors des sentiers battus (ce qu’il est d’une certaine façon, dans la mesure où il fut réalisé dans les régions reculées du continent islandais) Lamb pourrait se résumer à l’éducation parentale d’une drôle de créature mi-humaine mi-ovine par un couple de quadragénaires ayant assisté à la mise-bas de sa génitrice.

Autant dire que sur le papier l’argument avait de quoi nous faire sérieusement rêver, augurant un bon vieux body horror sur fond de drame intimiste aux accents fantomatiques véhiculés par les terres désertiques du pays dont il est ici question… pour finalement nous décevoir plus qu’autre chose, tant ce Lamb ressemble à un véritable alibi faussement original et surtout assez creux dans sa globalité, bien trop sage pour comparaître devant la censure et/ou le scandale et beaucoup, beaucoup trop long pour ce qu’il cherche à raconter. Et pour cause : si le film arbore modestement une durée métrique plus que standard (une heure et cinquante minutes toutes mouillées, générique final compris) il n’en finit pas de tourner en rond sans jamais mener nulle part, préférant « faire genre » que de s’y inscrire pour de bon.

Certes Valdimar Johannsson cherche bel et bien à installer une véritable atmosphère, s’affichant en honnête héritier du cinéma de Ingmar Bergman avec lequel il partage l’obsession des relations conjugales mises à mal par les vicissitudes de l’Existence ; ici le pitch renvoie directement au scénario d’un film tel que L’Heure du Loup, l’agneau du titre faisant office de curieuse boîte de Pandore déchaînant les foudres passionnelles et maternelles, de la même façon que le journal intime tenu par Max Von Sydow dans le film du célèbre réalisateur suédois… Brouillant les pistes tout en limitant sa narration au nombre de trois chapitres et ses personnages au nombre de quatre pelés (la créature hybride, la femme, son mari et enfin le frère de ce dernier arrivant autour du deuxième acte) Johannsson peine à épaissir sa matière filmique, livrant un objet moins envoûtant et inquiétant que cruellement sec et inoffensif, bien loin de nos attentes de cinoche horrorshow joliment généreux.

Du reste Lamb parle assez rarement, débarrassé du verbe pendant au moins tout le premier chapitre. Si les effets spéciaux demeurent indubitablement réussis ils n’ont pourtant pas l’effet escompté : loin de nous effrayer ou – plus simplement – de nous inquiéter le morphing de la créature fait l’effet d’un motif tout droit sorti d’un divertissement familial totalement attendrissant, aucunement dérangeant. Mignon tout plein, bien loin des visions cauchemardesques et géniales du Eraserhead lynchien (le midnight movie a beaucoup servi de comparaison aux critiques dudit film) le monstre de Lamb a au moins pour lui de nous inspirer une véritable sympathie, nous empêchant de complètement rejeter l’objet proposé par Valdimar Johannsson… Quant aux images, belles et léchées, elles sont bien trop propres pour susciter une incarnation quelconque, et ce malgré l’implication d’une Noomi Rapace au physique atypique décidément très impressionnant.

En résulte un objet froid et détaché clairement propice à l’ennui et à la lassitude, ne tenant que trop rarement ses promesses de départ. Même la Sarabande de Haendel surgissant au générique de fin tend à complètement transformer ce Lamb en caricature de cinéma d’auteur branchouille et sans saveurs. Une amère déception du côté de notre rédaction, rappelant entre autres choses ce que Yorgos Lanthimos peut faire de moins bon lorsque l’inspiration ne suit pas (nous vous renvoyons forcément au passablement sophistiqué Mise à Mort du Cerf Sacré). Dommage, surtout au regard du potentiel initial du projet…

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