27ème festival Chéries Chéris : Bilan

Puisque l’année dernière a été un vrai ratage sur tous les plans et que tout le monde voudrait bien l’oublier, le festival Chéries-Chéris (annulé comme beaucoup d’autres en 2020) s’est rattrapé cette année avec non pas une mais deux éditions. La première s’étant déroulée cet été avec une belle réussite, tous les voyants étaient donc au vert pour cette seconde édition de 2021, la 27ème pour le festival qui s’est déroulé du 20 au 30 novembre dans les cinémas MK2 Bibliothèque, Quai de Seine et Beaubourg. Et une fois de plus, nous avons été gâtés car la sélection semble s’enrichir d’édition en édition avec une diversité de plus en plus présente et de plus en plus célébrée.

Déjà en ouverture, After Blue, Paradis sale de Bertrand Mandico lançait les hostilités de la meilleure façon possible, le film nous emmenant dans les confins d’un monde post-apocalyptique à la fois queer et kitsch, proposition visuelle fascinante témoignant de la folle liberté de ce cinéaste singulier nous surprenant à chaque nouveau film. Difficile dès lors de passer après et de sortir de cet univers envoûtant et les fictions nous semblant toutes fades après une telle proposition, nous avons privilégié la section documentaire pour cette année, le festival proposant une pléthore de films abordant de nombreux sujets tous plus passionnants les uns que les autres.

After Blue, Paradis sale

Notre coup de cœur de cette édition va à Queendom, portrait fabuleux de trois figures emblématiques de la scène drag parisienne dont nous découvrons le parcours, les aspirations, les doutes et les envies. Ici l’exubérance du drag est célébrée mais laisse également la place à toute l’humanité qu’il y a derrière, Queendom faisait un portrait bouleversant par son universalité tout en nous permettant de dépasser les clichés du drag pour en découvrir plus sur cet univers. La démarche est la même avec Au cœur du bois où Claus Drexel s’installe au bois de Boulogne pour filmer les témoignages et les portraits de prostituées transgenres ou travesties qui se livrent avec une sincérité bouleversante au sein d’un film rempli de poésie où le bois est filmé comme un personnage à part entière, comme un lieu hors du temps où les dangers et la précarité sont aussi présents qu’une belle humanité, se dévoilant avec drôlerie et tendresse.

Beau portrait également avec Colors of Tobi qui nous montre, dans un petit village en Hongrie, le coming-out transgenre de Tobi, 16 ans, bien décidé à entamer sa transition. Un portrait délicat, filmé sur quatre ans et qui s’avère salvateur tant il s’attaque, sans lourdeur et toujours à travers le prisme de Tobi, à de nombreux sujets essentiels quand il s’agit de faire son coming-out et de s’interroger sur sa transition. Un film avec un personnage dont le courage force l’admiration et qui nous apprend qu’il faut du temps pour se connaître, délivrant un beau message d’espoir.

Queendom

Dans un registre différent mais toujours dans le documentaire, Tout à la fois, malgré ses longueurs, fascine en suivant deux photographes catalans, en couple depuis trente ans, ayant fondé la revue Kink, fanzine photographique célébrant la nudité masculine. Le film nous dévoile leur méthode de travail, leur alchimie, ne nous cache rien de leur parcours et de leurs ambitions et se montre fascinant dans son rapport au corps.

On l’a dit, nous avons finalement peu vu de films de fiction durant le festival. Soulignons déjà la présence du génial et trop méconnu Prick Up Your Ears de Stephen Frears qui faisait l’objet d’une séance spéciale et qui mérite largement qu’on s’y attarde, ce portrait du dramaturge Joe Orton (Gary Oldman) et de son amant Kenneth Haliwell (Alfred Molina) étant absolument fascinant, nous offrant un portrait acerbe de la société anglaise des années 60 tout en montrant comment deux amants peuvent en venir à ne plus s’aimer : c’était sans conteste la séance spéciale immanquable de cette édition, comme l’était Showgirls cet été.

Si After Blue, Paradis sale avait rassasié notre désir de fiction, nous avons cependant tenté Down in Paris, charmé par la proposition du réalisateur et acteur Antony Hickling qui interprète lui-même le rôle principal du film, celui d’un réalisateur en plein doute qui se laisse aller à une déambulation nocturne dans Paris, à la recherche d’un signe qui lui permettrait de continuer à avancer. Si Down in Paris accuse quelques longueurs, force est de reconnaître que la proposition d’Antony Hickling charme par sa simplicité et sa capacité à apporter des moments de poésie ou de plénitude dans un récit à priori convenu mais sans cesse transcendé par des séquences inspirées où la magie peut se mêler au réel en un rien de temps, surtout en pleine nuit.

Down in Paris

A noter également la présence en compétition de Bruno Reidal, vu plus tôt à Cannes cette année mais ça ne pouvait pas faire de mal de revoir ce film étonnant, retraçant avec rigueur un fait divers s’étant déroulé dans le Cantal au début du XXème siècle. C’est un portrait fort, le cinéaste Vincent Le Port ne manquant pas de parti pris formels tranchés pour nous placer aux côtés d’un psychopathe aux zones d’ombres complexes dans ce qui apparaît comme une découverte à ne pas placer devant tous les yeux mais qui secoue dans le bon sens du terme, une découverte que l’on vous invite à faire le 23 mars prochain, date de sortie du film dans nos salles.

Si nous n’avons évidemment pas pu tout voir, vous aurez compris que cette nouvelle édition s’est une fois de plus montrée très riche, chose assez exceptionnelle pour une année où le festival a connu deux éditions impliquant donc une sélection de films beaucoup plus larges. Il y avait pourtant largement de quoi faire, preuve que le cinéma LGBTQ+ se montre de plus en plus présent avec de plus en plus de diversité, une diversité que l’on continuera à célébrer l’année prochaine pour une 28ème édition que l’on attend déjà avec impatience !

Palmarès du festival

Grand Prix du Jury – Fiction : Great Freedom de Sebastian Meise

Prix du Jury – Fiction : Valentina de Cassio Pereira dos Santos

Prix d’interprétation – Fiction : Celeste Cescutti et Ondina Quadri pour Picollo Corpo de Laura Samani

Grand Prix du Jury – Documentaire : Nos corps sont vos champs de bataille de Isabelle Solas

Prix du Jury – Documentaire : Silent Voice de Reka Valerik

Grand Prix du Jury – Court-Métrage : The Night Train de Jerry Carlsson

Prix du Jury – Court-Métrage, ex-aequo : Les démons de Dorothy de Alexis Langlois et Playtime de Simone Bozzelli

Prix spécial du Jury – Court Métrage : Perchés de Guillaume Lillo

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