Veneciafrenia : flippe à mort (à Venise)!

Réalisateur régulier et prodigue s’il en est l’hispanique Alex de la Iglesia fut l’inaugurateur absent de la soirée d’ouverture de la 10ème édition du PIFFF célébrée ce mercredi 1er décembre 2021 en la matière d’un film pour le moins curieux et désarçonnant étrangement intitulé Veneciafrenia. Gigantesque orgie et plaisir mi-régressif, mi-discursif de cinéma ultra-référencé ce nouveau long métrage arbore rapidement sa générosité visuelle et artistique, commençant sur un argument proche du fameux Hostel de Eli Roth : présenté de prime abord comme le banal road-trip d’une poignée de jeunes espagnols désireux de fêter dignement l’enterrement de vie de jeune fille de l’une d’entre eux dans la célèbre et moribonde cité lagunaire de Venise le récit proposé par Alex de la Iglesia tourne rapidement au carnage tour à tour réjouissant et complètement azimuté, fourmillant d’idées de cinéma tout en digérant peu ou prou maladroitement ses nombreuses sources d’influence…

Ainsi Veneciafrenia s’ouvre sur un générique flamboyant digne de l’âge d’or du giallo italien : au gré de ses couleurs saturées mêlant noir et rouge profonds, esquisses de matous d’ébène et de paquebots immaculés l’ouverture scelle ledit métrage sous le signe du festival pictural et artistique, à l’image du Carnaval de Venise tenant lieu de contexte quant à cette intrigue digne d’un teenage horror movie pour le moins convenu – sur le papier du moins. C’est pourtant davantage du côté du cinéma de Dario Argento et de l’Oeuvre de Brian De Palma que celui de Alex de la Iglesia lorgne scrupuleusement, au détriment du chantre du torture porn sus-cité. Ainsi les cinq personnages vaguement estudiantins formant le groupe de voyageurs voués à vivre un cauchemar proprement pittoresque devront faire face à l’autonomisme des vénitiens de tout poil, ainsi qu’à un embargo touristique prétextant quelque guerre secrète…

Fou, graphiquement prononcé et expressif, formellement brillant et frénétique Veneciafrenia évolue pourtant bon an mal an jusqu’à un dénouement que l’on aurait souhaité moins bâclé qu’au regard du résultat. Si la première heure reste une réussite tout à fait appréciable voire savoureuse (quintette de personnages plutôt bien présentés et développés par le cinéaste, installation des enjeux sublimée par la splendeur naturelle des décors et celle, plus culturelle, des costumes…) le troisième acte laisse entrevoir les lacunes d’un scénario avançant à hue et à dia, courant résolument trop de lièvres à la fois : suspense façon slasher et/ou giallo seventies, portrait nébuleux d’une confrérie occulte d’autochtones pour le moins réfractaires à l’air du temps, virée noctambule à la fois grisante et complètement incongrue filmée à renfort de stroboscopes et de lumières qui piquent, vague réflexion sur l’image et sa véracité prégnante… En résulte un film aussi malade que proprement hénaurme, difficilement résumable car narrativement raboteux et surtout entièrement déséquilibré dans sa structure, un morceau de cinoche qui tâche nos esprits de belles promesses grotesques, bizarres et théâtrales en deux temps, trois mouvements mais qui semble ne jamais aller totalement au bout de sa trajectoire aux divers conduits fâcheusement effilochés.

Il reste au sortir de Veneciafrenia le sentiment d’un long métrage riche et sympathique jusque dans sa surenchère d’effets tapageurs en veux-tu en voilà, pourvoyeur de deux ou trois morceaux de bravoure logiquement assimilables aux mentors dudit cinéaste (avec entre autres choses une scène de meurtre sanguinolent filmée aux yeux d’une foule exempte de discernement, foule dont le voyeurisme spectaculaire n’est pas sans rappeler celui des grandes heures du Brian De Palma de Snake Eyes ; par ailleurs certains motifs évoquent directement ceux du Argento de la grande époque, Inferno et Suspiria loin devant le reste…) mais aussi furieusement inabouti dans sa globalité. Ni plus ni moins qu’un beau plaisir de cinéma gâté mais virtuose dans ses meilleurs moments, très cut dans son découpage mais suffisamment bien réalisé pour que l’on y revienne à deux fois.

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  1. Édito – Semaine 49 -

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