True Mothers : Un regard intimiste sur l’adoption

La maternité est un sujet délicat à traiter dans un film. Il y a beaucoup de choses à dire dessus et dans le même temps une envie de partager des expériences qui arrivent quotidiennement. True Mothers est un long métrage japonais à la croisée du documentaire et de la fiction. Réalisé par Naomi Kawase (Les délices de Tokyo, La forêt de Mogari) ce drame est sorti le 28 juillet dernier en France et il est désormais disponible en vidéo depuis le 1er décembre dernier. 

Le rôle d’une mère va bien au-delà de donner naissance à un enfant. Il peut être compliqué d’en avoir l’instinct mais surtout de pouvoir s’occuper pleinement d’un enfant. Entre celle qui donne la vie et celle qui élève le fruit de cet événement, le lien est puissant. Deux femmes que tout oppose crée alors un lien indestructible : un enfant. Le fruit d’un abandon (sous la contrainte ou non).
Satoko et son mari Kiyokazu, un jeune couple n’arrivant pas à avoir d’enfant, choisissent d’en adopter un, dont la mère adolescente (Hikari) ne pourra pas s’occuper. La jeune femme survit avec difficulté pendant les années qui suivent l’abandon de son bébé. Six ans après l’adoption du petit garçon (Asato), le couple reçoit l’appel d’une femme qui annonce être la mère biologique de l’enfant et souhaite retrouver son fils. 

True Mothers nous narre le parcours de deux femmes. Malgré tout elles ont plus en commun que ce qu’on pourra croire. Elles ont souffert, ont beaucoup pleuré et ont connu des fragments de bonheur à des moments différents. Ce qui les rapproche surtout c’est la honte. L’une a adopté un enfant à cause de la stérilité de son mari (ce qui n’est pas encore totalement ancré dans la société japonaise) et l’autre est tombée enceinte hors mariage. Une aberration qui rompt avec la tradition nippone. 

Le film est une succession de flashbacks suivant la vie de ces femmes et la réalisatrice a choisi d’exposer en premier la vie du couple comme un ancrage direct dans le présent. On suit donc leur petite vie tranquille dans cette ville côtière aux saveurs estivales. Puis, un peu plus loin dans le film, c’est au tour de Hikari mais en commençant bien évidemment par le début de son histoire : sa grossesse. Le schéma demeure classique. Elle tombe amoureuse d’un ado (tout comme elle), perd sa virginité avec lui et tombe enceinte. Face à cette trop grande responsabilité il l’a quittée et la laisse au sort de ses parents qui l’exile sur une île au large d’Hiroshima pour qu’elle donne naissance à l’enfant et le fasse adopter.  Rien d’innovant. Pourtant cette démystification tournant autour de l’adoption au Japon nous éclaire sur la réalité sociale et culturelle de ce pays.

Mais ce qui en fait un long métrage intéressant c’est la finesse du scénario. Il ne révolutionne pas non plus le cinéma japonais mais convient parfaitement ici. Dans cette atmosphère à la fois pudique et si touchante se laisse entendre quelques dialogues clairs et efficaces, parfois timides et silencieux. Il séparent, réconcilient et apportent des éclaircissements. Tout en délicatesse mais avec une pointe de mélancolie le scénario signé Naomi Kawase et Izumi Takahashi nous offre partiellement les pensées de chaque personnage. De cette façon on compatit et on comprend la décision de cette jeune Hikari victime des autres et surtout de sa naïveté. La juger peut paraître facile au début. Lorsqu’on la découvre à travers ses paroles et son histoire, il y a quelque chose de beau en elle.  La réalisatrice, elle même abandonnée par ses parents puis élevée par de proches parents aborde ce sujet comme sa manière à elle de sans doutes pardonner à sa mère. Son approche va bien au delà d’exposer un film sur l’adoption. Elle met à nu ses sentiments les plus enfouis à travers l’écriture de ses personnages. 

True Mothers est une sorte de journal intime. Naomi Kawase nous en offre quelques pages dans ce long métrage qui tourne autour de la maternité, du rapport entre celle qui abandonne et celle qui recueille un enfant. Le tout dans une mise en scène centrée sur l’émotion, à tel point que l’action et les décors y tiennent une place importante. Toujours dans cet esprit de simplicité, de douceur avec des paysages magnifiques rendant le visuel bluffant. On entre dans le film comme dans un cocon. C’est intimiste, avec des focus sur les personnages, puis les images recueillent les moindres détails à la manière d’un documentaire touchant.  Un film à découvrir. 

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