Canicule : Puissance maximale sur l’échelle de Beauce…

Arguons, osons revenir sur le nom de Boisset le temps d’un article consacré au bien-nommé Canicule, petit film culte de derrière les fagots proposé en double-programme avec le très bon Folle à Tuer dans le combo Blu-Ray/DVD numéro 14 de la collection Make My Day ! présentée et dirigée par l’érudit Jean-Baptiste Thoret. Franc-tireur du cinéma hexagonal, auteur réputé pour des films tels que Dupont Lajoie, R.A.S. ou encore Le Prix du Danger revenant respectivement sur de grands sujets à controverse tels que le racisme ordinaire (et même extra-ordinaire en l’occurrence), le conflit franco-algérien et ses acteurs ou encore la société de divertissement comme métaphore d’un système écrasant ses ressortissants, Yves Boisset fut l’un des réalisateurs les plus prolifiques des années 1970-1980, cinéaste capable de littéralement mouiller sa chemise en prenant à bras-le-corps chacune des grandes questions sociales et politiques de ses nombreux longs métrages. Typiquement français, engagé de la tête au pied de sa caméra auscultant l’ignominie du genre humain, le cinéma de Boisset privilégie souvent une forme sans fioritures doublée d’un trait volontairement appuyé, transformant parfois ses films en fresques grotesques un tantinet caricaturales ou du moins particulièrement racées.

C’est donc en 1982 que le cinéaste entreprend de tourner Canicule dans la région plane de la Beauce, métrage livrant en tête d’affiche l’acteur aguerri et américain Lee Marvin campant pour le quart d’heure un malfrat débarquant dans une famille de campagnards « biens de chez-nous » suite à une tentative de braquage de banque s’étant soldée par un échec à l’orée du récit. Star vieillissante, icône virile du cinéma outre-atlantique de la seconde moitié du XXème Siècle, Lee Marvin prête donc ses traits au mystérieux Jimmy Cobb, gangster traqué par la flicaille puis finalement accueilli par la tribu congénitale du franchouillard et très aviné Socrate drôlement interprété par un Jean Carmet plus pittoresque que jamais. Aux côtés du héros du précédent Dupont Lajoie nous remarquerons entre autres choses un Victor Lanoux savamment brutal et arriéré, une Miou-Miou subtilement manipulatrice, un David Bennent paroxystique en gaillard dégénéré et libidineux ou encore une Bernadette Lafont immanquable en nymphomane maladivement orpheline…

En un mot comme en cent le casting et la prodigalité dudit Canicule font figure de petit régal régressif et méchamment amoral. Si sa dimension étrange, pratiquement extra-terrestre échappe à toute forme de classification réductrice, c’est pourtant bel et bien du côté du western et du survival que se situe l’objet proposé par Boisset. À la manière d’un home invasion inversé (au sens où le danger vécu par le protagoniste provient moins de son arrivée dans le domaine rural de Socrate que du domaine de Socrate lui-même, famille évoquant l’imaginaire déviant des personnages de redneck des Chiens de Paille et autres Délivrance…) Canicule traverse les genres et les frontières, allant du thriller burné à la comédie de moeurs incertaines prenant davantage Lee Marvin comme éventuel prétexte à se lâcher sur la délicieuse farandole de personnages l’entourant malicieusement qu’autre chose. Ainsi l’acteur américain passe presque au second plan en comparaison des autres comédiens et comédiennes, ceux-là formant une bande de joyeux cinglés préfigurant celles des plus récents Calvaire et Sheitan de Du Welz et Kim Chapiron… De cette Beauce exsudant la puanteur du camembert et de la gnôle tiédie, baignant dans son jus de cocorico reconnaissable entre mille, Yves Boisset accouche d’un film outrancier mais réjouissant portant le signe de l’hexagone d’un bout à l’autre, serti des dialogues un rien paresseux mais cocasses de Michel Audiard (rien que le fameux « Nom d’une bite! » lâché régulièrement tel un leitmotiv par un Jean Carmet proprement décontenancé au gré des péripéties vaut à lui-seul le visionnage) et de la composition so eighties de Francis Lai. Culte, on vous disait !

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