Albatros : Le vent l’emportera

Depuis le début de sa carrière, Xavier Beauvois trace un sillon à part dans le cinéma français, le réalisateur ayant su rendre chacun de ses films intéressants en travaillant des sujets divers mais toujours animés par un goût d’authenticité. C’est dans cette perspective que se situe Albatros, sa nouvelle réalisation où Jérémie Renier campe Laurent, un commandant de brigade de la gendarmerie d’Étretat. Son quotidien, que la caméra scrute avec intérêt, oscille entre suicides du haut des falaises de la région, accompagnement des alcooliques du coin jusqu’à leur maison et enquête sur une famille soupçonnée d’attouchements envers ses enfants. Se frottant quotidiennement à la misère sociale, Laurent n’en aime pas moins son métier, soutenu par Marie, sa compagne depuis dix ans qu’il compte épouser et par sa fille. Le jour où, en voulant empêcher un agriculteur au bout du rouleau de se suicider, il le tue accidentellement et alors sa vie bascule…

Et en même temps que la vie de Laurent, c’est également le film qui bascule puisque Albatros est clairement divisé en deux parties. Alors que le synopsis officiel laissait penser que l’incident allait se déclarer tôt dans le film, il se situe presque au milieu et fait apparaître un déséquilibre dans le récit. En effet, toute la première partie d’Albatros est totalement passionnante, chronique du quotidien d’une petite brigade de gendarmes réalisée avec authenticité et l’on prend un véritable plaisir à suivre ces personnages, à les voir se dessiner sous nos yeux à travers les séquences que Beauvois réalise avec un naturel étonnant, bien aidé par la composition solide de Jérémie Renier.

Dans sa deuxième partie, alors que Laurent fait face au drame et aux conséquences de son acte, le récit se délite vers une certaine apathie d’abord puis vers une fuite en avant pour lesquelles on a du mal à véritablement s’attacher. Progressivement, on se retrouve à perdre de l’intérêt pour le déroulement du film et si Beauvois raccroche les wagons pour un final émouvant de simplicité, il ne peut échapper à un ventre mou, pas forcément à cause de sa mise en scène, aussi inspirée en mer que sur la terre ferme mais véritablement à cause d’un scénario nous empêchant d’être en totale empathie avec le personnage, celui-ci nous paraissant distant dès le deuxième acte du film. C’est d’autant plus dommage que Xavier Beauvois brosse son drame avec simplicité, abordant plusieurs questions cruciales au détour de quelques séquences et dialogues (notamment le drame du monde paysan, mis en avant par le cinéma français depuis quelques années) mais il ne parvient pas totalement à transcender le drame vécu par Laurent dont l’apathie est d’abord insupportable bien que compréhensible tandis que sa fuite viendra résoudre les enjeux un peu trop facilement.

On se retrouve donc avec un film déséquilibré, ayant peut-être voulu brasser trop large (en soi chacune des deux parties aurait pu constituer un film à part entière à elles seules) et manquant de peu son objectif. Reste qu’Albatros n’en demeure pas moins profondément attachant, sachant parler de choses simples sans esbroufe et sans niaiserie, Beauvois parvenant à obtenir de ses acteurs une justesse étonnante à chaque séquence, permettant de nous faire tenir le coup même quand le film flanche un peu, parce que les émotions latentes restent intactes et profondément authentiques.

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