Halloween Kills : Révolte !

Quarante ans après une traversée infernale de cinéma d’exploitation émaillée de suites oscillant entre débilité et efficacité Halloween était de retour en 2018 pour une énième suite directe (la troisième) après un remake et sa suite par Rob Zombie. Suite éponyme du chef d’oeuvre signé en 1978 par John Carpenter, Halloween, sous la houlette de David Gordon Green, a permis à la saga de retrouver une noble place catégorie A. Sous l’influence de Jason Blum, riche producteur en idées opportunistes sur lesquelles investir, l’équipe originale était de retour convaincue par la vision et la direction de David Gordon Green – et son scénariste Danny McBride – pour orchestrer une suite directe et respecter l’original pour son anniversaire. Jamie Lee Curtis reprend alors de nouveau son rôle culte de Laurie Strode (après H20, précédente suite directe produite pour les 30 ans d’Halloween), ainsi que John Carpenter lui-même de retour en tant que conseiller sur le scénario, producteur et compositeur de la bande originale. Une réunion qui avait fait le buzz créant une attente phénoménale pour un premier week-end record lors de sa sortie à 76 millions de dollars. Succès oblige, suite est donnée à la suite pour finalement s’accorder sur deux films tournés d’affilée concluant un arc de quatre longs-métrages en incluant bien évidemment le Halloween de 1978. Le troisième film se nomme donc Halloween Kills, visible en salles le 20 octobre 2021.

Halloween Kills s’ouvre en 1978 développant la disparition de Michael Myers du jardin. L’agent Hawkins, jeune policier d’Haddonfield, est à la poursuite de The Shape aperçu au détour d’une rue. Sans rien en dévoiler, nous comprenons la hantise d’un vieux policier incarné par Will Patton depuis 40 ans et les actes de Myers au sein de son ancienne maison. Le film montre également l’arrestation de Myers et les raisons pour lesquelles le tueur est toujours en vie. En cela, l’apparition d’un personnage culte dans cette introduction plein cadre réjouit par son respect et son tact. On avait besoin de le voir et de comprendre.
Ainsi les maux liés à Michael Myers ne hantent pas seulement Laurie Strode qui se retrouve à l’hôpital, mais bien différents acteurs de cette nuit de 1978. Une fête d’Halloween tragique perturbant ce petit groupe d’amis composé de Lindsey, l’infirmière accompagnant le Dr Loomis dans l’ouverture du premier film, Lindsey et Tommy Doyle, témoins directs de cette fameuse nuit, puis Lonnie qui a fait face à Myers devant sa maison. Des êtres meurtris par cette tragédie, une nuit infernale qui se répercute sur leurs vies depuis quarante ans. David Gordon Green a l’excellente idée de se focaliser sur eux pour ce nouveau chapitre dont l’histoire colle directement à la conclusion du précédent film avec la maison de Laurie en flammes.
Bien évidemment, Michael Myers est en vie et encore plus énervé. Mais il ne chasse pas Laurie Strode. Le tueur souhaite toute autre chose, un plaisir plus simple. Gordon Green, outre le fait de dépeindre une bête féroce décimant gratuitement chaque être sur son passage, dépeint un fou humain – certes invincible – mais ne cherchant qu’à retrouver sa position d’enfant. Ce qui contraste avec cette image de bête indestructible à laquelle nous faisons face dans quelques séquences d’une violence rare. Halloween Kills est un opus ultra violent où Michael Myers fait plaisir aux fans en zigouillant avec une brutalité le moindre obstacle en travers de sa route. Halloween Kills est un troisième chapitre d’une violence exceptionnelle pour un « Halloween ».

Si sa violence graphique fait le sel d’un opus à ne surtout pas mettre devant tous les yeux, Halloween Kills trouve une narration déroutante dans sa première partie. Faisant moult aller/retour dans le passé tout en convoquant un groupe de personnages conséquents, les lignes narratives accumulent les points de vue et les enjeux. David Gordon Green et ses scénaristes essayent tant bien que mal de convoquer tout le monde pour un équilibre fragile. Le film peine alors à trouver son souffle se rendant pénible par une séquence d’émeute à l’hôpital où la bêtise humaine est tout aussi assassine que The Shape.
Mais si le récit du film se voit plombé par une multitude de personnages un peu là pour être là, il trouve son originalité en incluant la ville d’Haddonfield avec ce retour de Michael Myers. Quand Halloween se focalisait sur Laurie Strode et son traumatisme, Halloween Kills oriente son regard sur la ville qui a vu ce fait divers d’octobre 1978 la commotionner pour le restant de ses jours. L’annonce du retour de Myers dans les rues et des meurtres perpétrés dans le précédent chapitre va soulever un vent de révolte chez les habitants entraîné par un Tommy Doyle revanchard. Ce n’est plus Laurie Strode (bien en retrait dans le film) contre Michael Myers, mais Haddonfield opposé à The Shape, proposition esquissée dans Halloween 4 qui embrase ici un film prenant à contre courant tous les codes inhérents (parfois d’une connerie abyssale) au slasher.
Genre qui reste la nature même d’une production fourvoyant son regard sur un mythe de cinéma, la possibilité de son existence et ce que cela entraînerait réellement. Haddonfield se trouve alors en émoi, n’oubliant point les derniers fous échappés du bus accidenté dans le premier film qui sème le trouble.
Trouble où s’enfoncent les habitants d’Haddonfield exprimant leurs peurs en agissant par des actes similaires à une purge. Purge dont s’occupera finalement Michael Myers se laissant abattre pour mieux se relever (toujours) au sein d’une séquence fantastique en conclusion nous laissant en suspens avant un dernier chapitre final (?) prévu pour octobre 2022. 

Halloween Kills se révèle être un film perturbant par son écriture, son trop-plein de personnages, mais trouvant son équilibre dans un dernier tiers purgatoire rassemblant ses différentes lignes narratives. Un long-métrage infusant lentement qui révèle ses intentions après coup. Film un brin bâtard pour lier les tenants et aboutir sur une vision – espérons-le – concrète pour un quatrième chapitre de bon augure, Halloween Kills est le passage obligatoire disséminant ses idées et ses intentions laissant le spectateur en attente d’une conclusion activement attendue. Pour patienter, ce troisième opus d’une saga dispersée réjouit par des séquences de meurtres ultra-violentes et graphiques iconisant sa star, Michael Myers, en une impitoyable machine à tuer. Son face-à-face final avec Tommy Doyle s’inscrit instantanément comme l’une des séquences cultes de la saga plongeant le spectateur dans les profondeurs du regard noir d’une bête blessée que plus rien n’arrête de nouveau.

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*