Saint Maud : Chemin de croix

Lauréat de tous les prix principaux lors de la 27e édition du festival de Gérardmer, avec le grand Prix du Jury, le prix de la Critique, le prix du Jury Jeune de la région Grand Est et même le prix de la musique originale, le premier long métrage de la jeune réalisatrice Rose Glass arrive directement sur Canal+ ce 29 septembre 2021 précédé donc d’une glorieuse réputation qui ne demandait qu’à être confirmée. Malheureusement, et sans être un véritable ratage, nous nous permettrons tout de même d’émettre un certain scepticisme face à ce concert de louanges qui laissait attendre, si ce n’est une refonte totale du genre, du moins un gros morceau de cinéma, pour laisser au final un léger goût d’inachevé en bouche. Avec cette question méritant d’être posée : le cinéma de genre actuel est-il si mal en point pour que l’on en vienne à récompenser ce qui est avant tout un drame psychologique n’ayant rien à faire dans une sélection de festival Fantastique avant tout ? Ou le Jury et les sélectionneurs ont une vision bien personnelle de ce que signifierait cette notion de genre tant brandie mais finalement assez vague. Toujours est-il qu’il est difficile, même en étant ouvert d’esprit, de déceler la moindre trace de fantastique qui justifierait d’une part la sélection du film dans pareil festival, et ensuite une telle razzia lors du palmarès…

Ce qui a de quoi faire plaisir dès le début, c’est ce soin évident apporté à la forme, la jeune cinéaste ayant visiblement les bonnes références et ayant à cœur d’emballer le film dans un écrin particulièrement stylisé, sans que cette sophistication globale concernant les cadres ou les éclairages ne soit un rempart à ce qu’elle entend raconter, ni à sa direction d’actrices, impeccable. En s’attachant à Maud, infirmière à domicile s’occupant d’une femme fragilisée par une maladie qui ne lui laisse à priori que peu de temps devant elle, la cinéaste créé d’emblée un mystère autour de sa personnalité éminemment trouble et promesse d’ambiguïté scénaristique. L’ancienne danseuse fragilisée dont elle s’occupe ne semble pas de prime abord très sympathique, sa maladie l’ayant habituée à garder une distance à la limite du mépris envers ses infirmières personnelles, qui n’est qu’une mesure de protection évidente de sa part pour ne pas avoir à souffrir davantage. Mais cette jeune femme qui débarque la fascine immédiatement, par son mystère et sa foi absolue la persuadant qu’elle est en mission sur Terre. Pourtant, très rapidement, ce comportement qui l’amuse gentiment au départ devient assez inquiétant, Maud ayant visiblement à l’esprit une motivation plus concrète, à savoir sauver l’âme de sa patiente …

Et ce qui s’avère prometteur en matière d’ambiance trouble et complexe en terme de caractères devient finalement assez vite le souci majeur de la démarche de la cinéaste. Car à un climat tout d’abord intrigant et se référant clairement à des cinéastes tels que Polanski ou Bergman, par l’ambiance étouffante, les non-dits et le comportement inquiétant d’un personnage aliéné, s’enfermant dans ses délires, on bascule finalement dans un drame de la folie que l’on ne dira pas ordinaire, mais ayant bien des difficultés à sortir de ce principe du fanatisme finalement assez banal. La cinéaste affirme avoir voulu par ce film, nous faire entrer dans l’esprit d’une personne que l’on dirait, par notre éducation et nos habitudes, malade ou folle, sans chercher à aller voir plus loin que ce que cette notion de folie peut avoir de raccourcis. Et de ce fait, nous faire, non pas adhérer à son comportement de plus en plus irrationnel et dangereux pour son entourage, mais du moins tenter de comprendre ses motivations et la façon dont elle peut en arriver à certaines extrémités. Un point de vue fort et prometteur de complexité psychologique, mais s’avérant pourtant à l’écran assez vite inopérant, de par le manque de nuances de son scénario assez uniforme.

L’interprétation n’est pas en cause dans cet état de fait, les deux actrices principales s’avérant impeccables dans leurs face-à-face chargés de tension et de phrases subtiles faisant guetter à chaque instant le point de rupture qui ferait basculer le film. Mais là où l’intensité de jeu donne des couleurs à l’ensemble, c’est bien la réalisatrice qui peine à emmener le tout au-delà de ses ornières de drame psychologique tout juste serti d’effets visuels assez appuyés censés nous faire comprendre la folie paranoïaque s’emparant progressivement de l’esprit de son « héroïne » ! Mais ces tics de cinéma de festival au radical un peu chic ne parviennent pas à donner une autre ampleur au récit, restant finalement sur des rails assez conventionnels et ne débouchant sur rien de très satisfaisant.

On a donc droit au climat lourd et à la plongée progressive dans une folie sans retour, aérés par des instants « choc » dont une scène de sexe brute assez gratuite, pour se terminer là où on l’avait envisagé dès le début tout en espérant des chemins de traverse. Si la toute dernière scène a le mérite du jusqu’au-boutisme, allant un peu plus loin que prévu, son symbolisme lourdingue pas aidé par des effets visuels assez grotesques, nous laisse sur une impression plus que perplexe. Car on a la sensation d’avoir déjà vu cent fois ce type de film poseur, à la lenteur calculée, finalement plus roublard que réellement perturbant, alors que c’était apparemment l’effet recherché par la cinéaste. Les images gores et la fin abrupte ne marquent pas, car on s’attendait, à quelques nuances près, à ce traitement, et l’impression d’un potentiel gâché ne peut qu’entraîner une véritable frustration, en dépit d’une maîtrise certaine dans le filmage et le travail photographique.

Nul doute que l’on réentendra parler à l’avenir de cette Rose Glass, qui a visiblement une vraie envie de cinéma. Espérons seulement que ce soit pour nous raconter quelque chose de plus personnel, ou en tout cas qui aille au-delà d’un concept ayant bien du mal à se sortir de conventions et d’un dispositif déjà vu.

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