Stillwater : Pour elle

Foreur de pétrole au chômage, Bill Baker représente l’archétype de l’américain moyen. Lunettes de soleil posées sur la visière de sa casquette qu’il garde vissée sur le crâne en permanence, la retirant seulement pour dire le bénédicité avant de manger, il possède deux armes à feu, s’est fait tatouer l’aigle américain sur le bras et c’est un homme qui n’hésite pas à travailler dur, hanté par les erreurs de son passé. Depuis cinq ans désormais, il se rend régulièrement à Marseille pour rendre visite à sa fille Allison, emprisonnée pour le meurtre de sa petite amie. Ayant toujours clamé son innocence, Allison purge sa peine mais voit un espoir surgir lorsqu’elle entend parler de Akim, jeune homme s’étant vanté à une soirée d’avoir assassiné une femme sans s’être fait attraper il y a quelques années. Alors que son avocate refuse de mener sa petite enquête, Bill décide de rester à Marseille et de retrouver Akim, aidé dans sa quête par Virginie et sa fille Maya, âgée de neuf ans.

Alors que dans sa bande-annonce, Stillwater pouvait laisser présager un thriller tendu avec Matt Damon en père prêt à tout pour sauver sa fille, le film prend très vite une autre tournure, s’intéressant moins à l’enquête qui pourrait permettre de sauver Allison qu’au personnage de Bill, homme meurtri qui, n’ayant jamais vraiment été là pour sa fille trouve enfin un moyen de se racheter et même de se reconstruire une famille en essayant de mettre de côté le passé. Stillwater raconte donc l’histoire d’une rédemption, se trouvant de manière inattendue à Marseille pour cet américain en dehors de son élément mais dont la rencontre avec Virginie et Maya va lui offrir l’opportunité de se reconstruire une famille.

On ne s’étonnera pas de trouver en co-scénaristes du film Thomas Bidegain et Noé Debré, les deux hommes ayant collaboré avec Jacques Audiard, cinéaste qui aurait presque pu réaliser le film tant on y trouve des similitudes avec ses œuvres, capables de transcender le genre dans lesquelles elles s’inscrivent pour offrir de vibrants portraits d’êtres humains. Ce qui n’aurait pu n’être que le point de départ d’un banal thriller (on s’amuse parfois à imaginer ce que ça aurait pu donner avec Liam Neeson à la place de Matt Damon) est finalement un film bien plus profond qu’il n’en a l’air, sachant prendre son temps (2h20 au compteur tout de même) pour raconter son histoire sans avoir peur de déjouer les attentes tout en offrant un récit parfaitement cohérent, subtilement écrit, distillant une émotion jamais forcée et une puissance bien cachée, faisant à merveille son effet sur la longueur, le troisième acte ne pouvant être aussi déchirant sans toutes les séquences le précédant.

En plus de son écriture, Stillwater doit beaucoup à la finesse de la réalisation de Tom McCarthy (The Station Agent, Spotlight), cinéaste certes classique mais qui a le mérite de ne (quasiment) jamais surligner les émotions des personnages et qui évite à son film le côté carte postale, la mise en scène mettant en valeur une description assez juste de la ville de Marseille. L’autre immense atout du film, c’est Matt Damon. Acteur aux épaules toujours solides à qui l’on reproche parfois son manque de charisme, on l’a rarement vu mauvais mais il est vrai qu’il lui faut parfois un bon réalisateur pour transcender ses prestations. C’est chose faite ici puisqu’il trouve en Bill Baker l’un de ses meilleurs rôles, Damon dominant tout le film de sa carrure imposante, livrant une interprétation remplie d’intensité et pleine de nuances, rendant complexe un personnage presque archétypal sur le papier mais à qui le scénario réserve de fabuleuses séquences. Il constitue à lui seul une excellente bonne raison de voir le film et Camille Cottin, Abigail Breslin (éternelle Little Miss Sunshine) et la jeune Lilou Siauvaud lui font face avec une très belle conviction.

Vous l’aurez compris, à condition de ne pas s’attendre à voir Matt Damon tataner des marseillais pour sauver sa fille et d’être prêt à se laisser porter par un récit au long cours où l’humain prend toute la place, Stillwater est une excellente proposition de cinéma, presque trop rare et surtout fort appréciable à l’heure où des blockbusters calibrés sortent toutes les semaines. Impossible de passer à côté donc, ne serait-ce que pour les frissons procurés par la très belle (et pourtant très simple) séquence finale du film.

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