Édito – Semaine 37

Un seul être vous manque et tout est dépeuplé. Jean-Paul Belmondo est mort. Rien que de l’écrire arrache le cœur. C’est non seulement le cinéma français qui était en deuil lundi dernier suite à cette terrible nouvelle mais le pays entier. L’acteur, tour à tour magnifique, incorrigible, solitaire, marginal était l’as des as du cinéma français, traversant les générations avec un panache toujours intact. Qui dans sa vie n’a pas vu un film avec Belmondo ? Qui, enfant, n’a pas été conquis par la capacité de l’acteur à faire ses propres cascades, à balancer des pains aux méchants avec autant d’aisance qu’une bonne punchline et à promener de film en film, la même énergie, la même grâce, la même joie communicative ? Il incarnait un idéal, celui d’un homme qui ne se prenait pas trop au sérieux, suffisamment pour qu’il soit convaincant dans tous ses rôles mais pas assez pour mettre de la distance entre lui et le public. Un public qui l’a toujours aimé et avec lequel il a toujours été proche, au point parfois de faire des films pour s’éclater en faisant ce qui plaisait sans pour autant se soucier du scénario ou de la mise en scène.

À des débuts de carrière exigeants où il fréquenta les plus grands cinéastes, Belmondo a très vite construit son personnage de Bebel, apparaissant dans des films qui lui étaient taillés sur mesure. Deux phases distinctes dans la carrière de l’acteur où si l’on est parfois en droit de regretter qu’il ne soit pas allé vers des rôles plus exigeants (revoir Léon Morin, prêtre ou Le Voleur pour se rendre compte que son jeu était bien plus fourni et plus nuancé que la critique a bien voulu le dire à une époque), on ne lui retira pas son énergie et son plaisir communicatif même quand il tournait dans des films plus inégaux.

C’était ça sa grande force, sa personnalité attachante, loyale aux copains, sa capacité à se faire aimer du public en restant lui-même, en bondissant de films en films avec une aisance enviée par nombre de ses pairs. La preuve de son talent ? Ses films traversent les générations. Nos grands-parents, nos parents et nous-mêmes avons grandi avec lui, il était comme un phare, un fabuleux point d’entrée dans un cinéma français que l’on rejette parfois adolescent et qui nous faisait dire, alors qu’il était accroché sur un hélicoptère ou sur le toit d’un métro, que finalement Tom Cruise n’a rien inventé. Parce qu’il a toujours fait partie de nos vies de cinéphiles, on le voyait presque comme un membre de la famille, de celui qu’on retrouve les samedis lors des soirées cinéma avec les parents, comme un rendez-vous immanquable avec un oncle facétieux ayant toujours une histoire à raconter.

Difficile dès lors de croire qu’il soit parti, même encore une semaine après l’annonce de son décès. On avait beau le savoir diminué, on le pensait tout de même immortel. Impensable d’imaginer le monde sans Jean-Paul Belmondo. Il va pourtant falloir faire avec et en cadeau, il nous lègue une carrière riche de 80 films, à voir et à revoir, pour oublier qu’il est parti et se consoler en se disant qu’au moindre coup de blues, son sourire, sa gouaille et son énergie seront toujours là, dans un film, à nous attendre et à nous enchanter.

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