Le Dernier Mercenaire : Last Action Zéro !

En 2007 sortait JCVD de Mabrouk El Mechri. Chef-d’œuvre (ce n’est pas peu dire) dans lequel Jean-Claude Van Damme lavait son honneur et réglait ses comptes avec un passé de cocaïnomane qui a construit le personnage public déjanté qui lui collera à la peau pour toujours. Avec JCVD, Van Damme faisait table rase d’une image destructrice de sa personne et venait prouver, à ses détracteurs, qu’il a toujours eu plus de ressources qu’on ne voulait bien lui accorder. Personnage public, certes, lunaire et profondément attaché aux valeurs essentielles de la vie, Van Damme paie le tribut d’une jeunesse fougueuse où il a brûlé la chandelle par les deux bouts jusqu’à se brûler les ailes. Depuis JCVD, il apparaît publiquement comme apaisé avec lui-même, mais n’a de cesse de se battre avec des journalistes peu scrupuleux toujours enclins à inhumer le monstre qu’il était devenu. Abonné des DTV de qualités aléatoires, le succès public du film d’El Mechri a permis à Van Damme de relancer deux de ses franchises phares (Kickboxer et Universal Soldier). En dépit de quelques bonnes idées, les films n’ont pas convaincu. En 2017, il casse de nouveau son image avec la série Jean-Claude Van Johnson dans laquelle il était impérial. Côté grand écran, il est de nouveau apparut dans nos salles obscures dans The Expendables 2 en 2012, puis dans Lukas de Julien Leclercq en 2018. Avec Lukas, Van Damme arrivait enfin à accéder à un type de projet qu’il cherchait depuis des années : une histoire sombre lui permettant d’étoffer son jeu en français et d’aller convoquer les Delon et autres Belmondo qu’il affectionne tant. Lukas lui offrait une opportunité en or, Van Damme assurait parfaitement, mais le film de Leclercq ne faisait rien d’autre que de capitaliser sur le nom de sa star. C’était un pur gâchis et un retour sur nos écrans en demi-teinte qui satisfaisait les fans de retrouver ce bon vieux Jean-Claude sur un grand écran, rien de plus. Tout cela pour en arriver en 2021 et la sortie du Dernier Mercenaire sur Netflix. Si la bande-annonce laissait craindre le pire, nous étions confiant vis à vis de Jean-Claude…

Richard Brumière, surnommé « la brume », est une véritable légende des services secrets. Disparu depuis 25 ans, il revient en France pour sauver son fils qu’il ne connaît pas, Archibald. Ce dernier est recherché, à tort, pour trafic d’armes et de stupéfiants. L’erreur est due à une énorme boulette d’Alexandre Lazare, un bureaucrate du ministère des Affaires Étrangères trop zélé. Richard va devoir reprendre ses vieilles habitudes, réactiver ses contacts, un peu vieillissants, et faire équipe avec une bande de jeunes peu préparés pour lutter contre les services secrets qui voient son retour comme une menace.

Si vous êtes accoutumés de nos papiers, vous n’êtes pas sans savoir que nous vouons un amour sans faille à Jean-Claude Van Damme (en témoignent nos critiques de Double Impact, Cyborg, Mort Subite ou encore Chasse à l’Homme). Non content d’avoir été biberonnés à certains de ses films, nous avons toujours admiré sa débrouillardise et son jusqu’au boutisme qui lui ont permis de se hisser au rang des plus grandes stars d’action des années 90. Nous avons toujours été de ceux qui défendaient bec et ongle notre cher J-C non sans jamais manquer d’objectivité : si un film était raté, impossible de nier l’évidence, qu’il soit au casting ou non. Tout cela pour en arriver au nouveau film de David Charhon (Cyprien, De l’Autre Côté du Périph’), Le Dernier Mercenaire. Lorsque la bande-annonce a fait son apparition, nous avons gentiment serrés les dents. Certes, cela faisait plaisir de retrouver Van Damme dans une production francophone, mais l’aspect parodique de bas étage qui semblait y régner ne présageait rien de bon. Nous sommes les premiers à ne pas se forger d’avis après une simple bande-annonce, mais il faut avouer que celle-ci était fort de café. Arrêtons de tourner autour du pot plus longtemps, Le Dernier Mercenaire est un mauvais film. Pire que cela, il est lamentable ! Vu notre longue introduction, vous pouvez vous imaginer tout le malaise provoqué par ce film, cela nous fait vraiment mal de voir Van Damme tenter de se dépatouiller au milieu d’un océan d’excréments. Car, oui, en toute objectivité, Van Damme donne tout ce qu’il a. Il croit dur comme fer au projet. A l’instar de Lukas (qui était juste raté), Le Dernier Mercenaire est une insulte incommensurable, un film indigne de la part d’un réalisateur supposé fan de sa star. Toutes les fautes qu’il ne fallait pas commettre, Le Dernier Mercenaire les fait. Nous avons l’impression que David Charhon en est resté aux foutages de gueule de l’époque « aware », offrant à Van Damme des répliques indigentes telles que : « Tuer, ça tue ! ». A ce niveau de condescendance, ce réalisateur est définitivement irrécupérable. Quel manque de respect envers sa star ! S’il est évident que c’est un personnage lunaire, Van Damme n’est pas un demeuré pour autant…et c’est typiquement comme cela que le film le dépeint.

Si seulement il n’y avait que la mauvaise iconisation de Van Damme qui clochait, cela n’en ferait qu’un film oubliable. Seulement, Le Dernier Mercenaire va bien plus loin que cela. De mauvais, il tombe rapidement dans le consternant. David Charhon se prend pour Quentin Tarantino et aligne toutes ses influences avec un casting de renom dans l’espoir d’en faire une comédie cool et dynamique. Le Dernier Mercenaire tient plus d’un Mon Curé Chez Les Nudistes que d’un Pulp Fiction ! A un moment donné, on ne peut plus se contenter d’être passif tant la colère nous submerge au fil des minutes. Il y a tellement d’immondices à presque chaque scène qu’on ne sait plus où donner de la tête. Que ce soit Nassim Si Ahmed qui singe Scarface avec autant d’aisance qu’un paraplégique dans une course d’obstacles, Miou-Miou à deux doigts de l’AVC, Patrick Timsit en commandant aussi crédible qu’une allocution télévisuelle de Jean Castex, Eric Judor autant à sa place au ministère des Affaires Étrangères qu’un pédophile dans une crèche ou encore Samir Decazza qui est aussi crédible en fils torturé de Van Damme que la mort de Marion Cotillard dans The Dark Knight Rises… Rien, ni personne, ne sauve le navire du naufrage, Van Damme donne tout ce qu’il a face à un néant le plus total. Il n’y a qu’à voir la séquence où il lâche toutes ses frustrations de père, comparant sa douleur à une cicatrice qu’il ne peut (veut) pas refermer pour ne pas douter de sa sincérité. Seulement, on fait graviter autour de lui une grosse bande de guignols prêts à pouffer comme des benêts de la prochaine frasque « awarienne » de Van Damme. On a passé l’âge de ces conneries, Van Damme n’a plus rien à démontrer et preuve en est que la merde qu’on lui jette au visage ne l’atteint plus, il reste dans son rôle, imperturbable. Plus que de la colère, c’est véritablement de la tristesse qui demeure en fin de séance. Que c’est triste de léguer un acteur au potentiel aussi fort que celui de Van Damme à un tâcheron qui n’a rien compris aux ambitions artistiques de ce dernier. Et le pire c’est que Charhon ose dédicacer son film à sa maman qui semblait être une fervente admiratrice de Van Damme…il devrait avoir honte !

Nous avons pu admirer Jean-Claude Van Damme jouer les espions, la comédie et mettre des coups de tatanes tout en n’omettant pas d’être sincèrement touchant. C’était cool, pas parfait, mais suffisamment prenant pour aller au bout et avoir envie d’y revenir. Ça a déjà été bien fait et ça s’appellait Jean-Claude Van Johnson ! Pour ce qui est du Dernier Mercenaire, il rejoint la petite liste des films Netflix sujets à un désabonnement immédiat (à ranger à côté de cet infâme étron qu’était 365 Jours). Le Dernier Mercenaire prouve définitivement que David Charhon a un humour bas du front, une écriture abominable et un talent de metteur en scène d’une vacuité sans limite.

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