The Suicide Squad : Le commando sauvage

Le monde fonctionne d’une drôle de façon. Sans une polémique fumeuse sur d’anciens tweets déterrés par un abruti, jamais James Gunn ne se serait fait virer de chez Marvel. Et il n’aurait donc jamais pu réaliser The Suicide Squad. Le parcours du cinéaste a toujours été singulier, venu de la firme Troma et ses délires trashs aux faibles budgets, il est l’un des seuls réalisateurs chez Marvel à avoir réellement apposé sa patte sur les films qu’il réalise pour eux. Viré pour un temps, récupéré par Warner et DC qui ont clairement eu de la jugeotte sur ce coup, Gunn a depuis été récupéré par Marvel pour livrer son troisième volet des Gardiens de la Galaxie. Mais entretemps, son licenciement provisoire a été en quelque sorte une aubaine puisqu’il était clairement le candidat idéal pour mettre en scène la Suicide Squad, cinq ans après la version de David Ayer qui n’est finalement pas la sienne mais celle d’un studio aimant l’ingérence, le résultat final était parfaitement inégal avec quelques fautes de goût particulièrement amères.

Depuis le succès de Joker et l’enthousiasme des fans concernant la Snyder Cut de Justice League, Warner semble cependant avoir enfin compris l’intérêt de s’adresser à des cinéastes avec une personnalité et de leur laisser carte blanche afin que celle-ci infuse dans le film et offre un produit moins calibré que ceux de chez Marvel. Si l’on avait encore quelques doutes autour de la promo de The Suicide Squad quand James Gunn clamait avoir eu une liberté totale de la part du studio, force est de constater en voyant le produit fini que c’est le cas ! Le film est en effet un pur délire de sale gosse ayant sorti tout l’arsenal de son coffre à jouets pour verser dans le plaisir régressif et la violence bien gore. Dès son introduction, James Gunn rabat les cartes et fait un sacré pied de nez au film de David Ayer (pied de nez qui se prolongera avec le personnage de Bloodsport dont la relation avec sa fille est beaucoup moins mièvre que celle de Deadshot dans le film précédent) pour annoncer la couleur : The Suicide Squad sera gore, sera fun, n’épargnera pas ses personnages et respectera parfaitement l’esprit des comics.

Difficile dès lors de bouder son plaisir quand Gunn assume la violence de son récit et de ses personnages, poussant le délire de son film de commando déjà bien barré (il fallait le faire pour mettre en scène des personnages tels que Weasel et King Shark, doublé par Sylvester Stallone) jusqu’aux confins du film de kaiju et du film d’horreur le temps d’une séquence. Simple dans son scénario sans s’encombrer d’une trop longue exposition (il s’agit en gros pour la Suicide Squad de s’infiltrer sur une île pour détruire un laboratoire abritant un sombre secret), le film fait dans l’efficacité en permanence tout en étant parfaitement impertinent (et en l’étant vraiment, pas en faisant semblant comme Deadpool). Certes, en connaissant l’humour et le style de Gunn (avec toujours un sacré goût pour la bande-originale, allant de Johnny Cash à K.Flay), nous sommes en mesure de prévoir certains de ses gimmicks et le scénario n’est pas foncièrement révolutionnaire mais il faudrait être difficile pour ne pas apprécier le spectacle, lorgnant plus du côté de Robert Aldrich, de Sam Peckinpah ou de John McTiernan que du simple film de studio fait sans âme.

De fait, ce qui singularise The Suicide Squad, au-delà de son humour et de son goût pour les têtes qui explosent, c’est bien le soin que James Gunn apporte à l’écriture de ses personnages. Sans pour autant édulcorer le fait que la plupart d’entre eux sont des salauds et des gens dangereux (Harley Quinn et son instabilité, Peacemaker et son sens particulier de la justice, prêt à tuer n’importe qui au nom de la liberté, Polka-Dot Man et ses névroses, King Shark et son appétit insatiable), Gunn leur offre une véritable caractérisation et sait les faire exister en dehors de leur goût pour la violence. Le temps de quelques scènes, voire simplement quelques plans, le film sait s’arrêter et saisir au vol quelques instants d’humanité ou de complicité qui se dégagent, que ce soit entre Harley Quinn et Rick Flag ou entre Bloodsport et Ratcatcher qui hérite du rôle le plus touchant du récit, chose d’autant plus surprenante qu’on n’attendait pas grand-chose du personnage. Comme quoi, au-delà de son amour pour la franche déconnade et le sang qui gicle partout, Gunn n’en a pas moins conscience que les personnages sont le moteur de son film et parvient, ô miracle, à nous faire vibrer pour cette belle brochette de psychopathes et à nous faire craindre pour leur vie, le film établissant rapidement que personne n’est à l’abri de mourir de façon inattendue surtout que le cinéaste se montre particulièrement inventif sur les scènes d’action et les rebondissements.

The Suicide Squad est donc bien le film qu’il fallait à cette équipe pour enfin lui rendre justice et l’on se régale à voir les acteurs prendre autant de plaisir à incarner leurs personnages. Margot Robbie excelle toujours autant dans la peau d’Harley Quinn, Idris Elba inonde l’écran de son charisme, Daniela Melchior impose une jolie présence, Joel Kinnaman est enfin à son aise dans le rôle de Rick Flag tandis que John Cena fait des étincelles en Peacemaker dont la stupidité parfois hilarante n’a d’égale que sa violence froide quand il se dédie à sa mission, rendant très curieux pour la série prévue sur le personnage en début d’année prochaine, toujours chapeautée par Gunn, cinéaste qui se montre donc autant à l’aise chez Marvel que chez DC, infusant sa réjouissante personnalité dans son travail même si, à la vue de The Suicide Squad, on l’imagine mal faire pareil chez Marvel. Peu importe puisque la liberté octroyée au réalisateur sur le projet était clairement la meilleure chose à faire, le film étant un pur concentré de fun dont on retiendra la réussite en espérant que Warner ait enfin compris qu’il était grand temps de laisser les cinéastes faire ce qu’ils veulent, quand ça donne des résultats aussi explosifs, il serait dommage de se priver !

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  1. Édito – Semaine 38 -

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