La Loi de Téhéran : Un thriller en double teinte.

Bien crédules les biberonnés au cinéma hollywoodien, les détracteurs irrépressibles des films français et ceux qui ne jurent que par Miyazaki. Il n’y a pas que Bollywood pour produire des films en Asie du sud ouest et l’Iran entend bien nous le rappeler. Avec un prix à son actif, La Loi de Téhéran sort du festival du Film de Fajr (festival Iranien) avec le prix du public, plus haute distinction de ce festival, et une standing ovation lors de sa projection au Festival du Film de Venise. Ça, c’est pour ceux qui ont trop tendance à souligner les faits d’armes. Premier film du réalisateur Saeed Roustayi qui passe nos frontières, il a assez largement dominé tous les festivals mineurs dans lesquels il a été présenté, et assez facilement plié l’avis critique à ses genoux. Thriller iranien dur et inflexible, on se souvient de la claque que nous avait déjà mis Tarik Saleh avec son Le Caire Confidentiel. Le réalisateur iranien poursuit un sillage déjà bien marqué par son homologue égyptien.

Un autre film dans lequel la justice d’un pays n’est pas présentée sous de belles hospices. Finalement, quand notre œil caucasien ne se fie qu’aux images médiatiques pour connaître la situation globale d’un pays, on apprécie d’en connaître une version plus juste et subtile grâce au cinéma. Alors qu’un groupe d’intervention s’apprête à arrêter un gros dealer de drogue chez lui, ce dernier parvient à s’échapper après avoir jeter sa came de peur d’être attraper avec. Le coupable en fuite reste cependant introuvable, mettant le policier en charge de le poursuivre dans une situation délicate. Situation qui le laisse en porte à faux vis à vis de certains de ses collègues au cours de cette gigantesque enquête ayant pour but de démanteler tout le réseaux dans son intégralité. Se joue alors un incroyable triple jeu entre trafiquants, enquêteurs et corps institutionnels laissant un reflet ma foi bien âpre du système judiciaire régit par l’Iran.

Ce qui est vraiment intéressant dans La Loi de Téhéran réside dans la force d’écriture du scénario. On suit et subit l’enquête au même rythme que les protagonistes et on découvre progressivement l’étendue des vices juridiques qui les freine. Entre impasses législatives et murs de conviction, nos protagonistes se retrouvent bien souvent à devoir choisir entre agir pour le bien d’autrui ou le bien de la justice. Une vraie dichotomie du corps s’installe dans ce qu’ils doivent faire. Répondre à leur conviction propre ou à leur devoir, un ultimatum auquel sont soumis tous les protagonistes centraux de cette histoire. Bien qu’ils agissent tous d’un côté différents de la barrière, leurs convictions pures convergent souvent vers une même finalité, celle d’aider les gens démunis et de rendre la vie sociale des gens plus acceptable, plus vivable. Il y a une dimension universelle à cette histoire qui la rend à la fois aussi populaire qu’internationale. Ce qui n’amoindri nullement son propos et diminue d’autant moins sa puissance d’écriture. Finalement les codes narratifs, sur bien des aspects, sont similaires à de très nombreux thriller de cet acabit. Nous citions Le Caire Confidentiel précédemment, mais le film n’est pas si éloigné d’un film comme Bac Nord qui sortira début août ou Les Misérables de Ladj Ly, pour ne faire référence qu’à nos films français.

Le puissance narrative de La Loi de Téhéran est parfaitement maîtrisée. Il y a une véritable tension, extrêmement palpable tout au long du film. Aucune pause, aucun défaut de rythme, la continuité perpétuelle de l’enquête donne un sentiment de course contre la montre tant le développement scénaristique est parsemé de petits rebondissements empêchant au spectateur de reprendre son souffle. Le film est d’autant plus impactant que la mise en scène est folle. Les plans, la structure visuelle du film, la teinte de la photographie, tout est méticuleusement bien pensé pour rendre à la fois la composition d’image complète et intelligente mais surtout honneur à l’ambiance que le genre mérite. Ce n’est pas simplement une œuvre scénaristiquement implaccable il s’agit littéralement d’une véritable œuvre d’art par son visuel prononcé et parfaitement étudié. Accompagné d’une musique particulièrement adaptée, le seul véritable défaut du film, et non des moindres étonnement, c’est la voix stridente de son personnage principal. À mi-chemin entre Gollum et Gargamel, ses intonations en deviennent désagréables sur la longueur. Pour autant le jeu d’acteur est impeccable, sans fausse note de ce côté là. Ils donnent toute l’émotion à ce scénario solide et impitoyable. Saeed Roustayi signe une histoire particulièrement noire et profonde qui en deroutera plus d’un. Un film majeur en conséquence. 

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