Bloody Milkshake : Big Bad Women !

En 2013, un thriller israélien avait lourdement fait parler de lui. D’une violence âpre et jusqu’au boutiste, Big Bad Wolves avait permis à ses deux réalisateurs de se faire remarquer sur le territoire américain. Dès l’année suivante, Navot Papushado et Aharon Keshales avaient participé à l’anthologie des ABC’s of Death 2 en réalisant le segment F is for Falling. Depuis, silence radio. Pourtant promis à un bel avenir aux US, les réalisateurs israéliens semblaient s’être retournés dans leur pays. Il aura fallut sept longues années pour entendre parler d’eux à nouveau. Bloody Milkshake voit revenir en force le style des deux compères sous la houlette de Navot Papushado. Seul aux commandes de cette grosse production, le réalisateur compte bien montrer de quel bois il se chauffe et tente d’inscrire son projet au cœur d’une mouvance “néo-actioner” rondement menée ces dernières années par les John Wick et consorts. Un film qui sent bon le gunfighting stylisé hérité de John Woo et au potentiel redoutable par son casting féminin haut en couleurs. Un programme qui, sur le papier, a vraiment tout pour nous plaire.

Sam n’est encore qu’une petite fille lorsque sa mère, Scarlet, tueuse à gages, est contrainte de l’abandonner pour la protéger. Bien des années plus tard, Sam a suivi les traces de sa mère disparue et est elle-même devenue une tueuse à gages hors-pair, travaillant pour la Firme. Un soir, lors d’une mission à haut risque, Sam se retrouve face à un dilemme : rester loyale à la Firme ou sauver la vie d’une petite fille de huit ans ? Une très longue nuit attend Sam.

Bloody Milkshake est typiquement le genre de film qui déroute dans son ouverture pour mieux nous appâter sur la longueur et ne plus jamais nous lâcher jusqu’à la fin, et même après la séance. Il ne démarre pas sous le meilleur des jours, notamment à cause de problèmes de rythme et de caractérisation des personnages qui sont littéralement absents. L’exposition des enjeux s’amoncelle comme un cheveux sur la soupe, on ne sait vraiment pas où veut en venir le film, comme s’il avait été littéralement amputé d’une vingtaine de minutes d’exposition. Le film tente de nous couper le souffle dès son ouverture. Et si la méthode peine à payer en début de route, Bloody Milkshake va s’avérer être un énorme film d’action qui ne s’arrête jamais. Si Papushado nous plonge directement au cœur de l’action, c’est, avant tout, pour nous prévenir qu’il va falloir sortir la Ventoline car il compte bien nous faire courir un marathon de 120 minutes sans aucun temps mort. Est-ce que le film tombe dans une surenchère facile à en avoir la nausée ? Absolument jamais ! Et c’est à cela que l’on reconnaît le talent de metteur en scène de Papushado. Il a soigneusement digérer ses références, elles dégueulent de tous les recoins de l’image, mais a choisit de cohabiter avec le cinéma US plutôt que de le dynamiter. Probablement conscient qu’il doit toujours faire ses preuves (Big Bad Wolves avait été salué par la critique américaine, mais était entièrement israélien dans sa production, donc bien à l’écart des plates-bandes convoitées), Papushado vient offrir le film d’action post #metoo que toutes les actrices attendaient. Bloody Milkshake respire la girl power attitude à plein régime, et ça fait un bien fou ! John Wick n’a qu’à bien se tenir !

Outre la mise en scène stylisée et parfois vulgaire (dans le bon sens du terme), Bloody Milkshake est un vivier d’actrices qui s’amusent comme des gosses. Impossible de tirer parti d’une prestation qui serait plus forte qu’une autre, toutes les femmes sont absolument impeccables de la très jeune Chloe Coleman à la doyenne Angela Bassett. Il n’y a pas une seule héroïne qui n’ait pas son moment de gloire. Elles cassent des mâchoires avec autant de dextérité que Michael Jackson faisait le moonwalk, c’est d’un jouissif sans pareil. Ce qui rend les affrontements dantesques revient, une fois encore, aux idées de mise en scène de Papushado. Il icônise ses héroïnes via une palette graphique qui transpire les couleurs chaudes. C’est une débauche spectrale de couleurs vives qui nous régalent les rétines à chaque instant. Ensuite, le réalisateur construit ses séquences d’action comme des duels de western spaghetti en y faisant se côtoyer une bande-originale absolument démente avec la violence et l’absurde qui collent à ces films. D’ailleurs, le compositeur Haim Frank Ilfman ressuscite tout une identité Morriconienne au milieu d’un style électro très actuel, cette soundtrack est un délice pour les tympans, un vrai régal. Et pour ce qui est de l’absurde, Papushado n’y va pas avec le dos de la cuillère. S’il y avait des moments d’humour noir qui permettaient de reprendre notre souffle dans Big Bad Wolves, il réitère l’opération ici. Les seuls moments qui nous permettront de respirer un tant soit peu résideront dans son humour cartoonesque. Bloody Milkshake se rapproche plutôt d’un Kick-Ass pour son rapport à la violence que d’un The Raid. Les castagnes sont extrêmement graphiques, le sang gicle de toute part, mais son aspect grand guignolesque lui permet de mieux nous faire encaisser sa fureur ininterrompue. Papushado est un enfant de la pop-culture, un vrai produit de la consommation geek. Bloody Milkshake recrée tous ses fantasmes d’adolescent, en n’omettant pas de construire des héroïnes vraiment creusées. Voilà pourquoi il se démarque dans la masse, il sait être fun, dérisoire, grossier et parodique tout en assumant son postulat anti-patriarcat jusqu’au bout. Il n’y a pas un seul personnage masculin qui mérite une quelconque pitié. Bloody Milkshake est une revanche de la gente féminine qui se déguste glacée avec un énorme cerise confite sur le dessus.

Navot Papushado s’offre, avec Bloody Milkshake, un fabuleux ticket d’entrée dans la cour des grands. Le quadragénaire vient rehausser l’image de la femme dans un genre masculiniste à mort. Il donne un immense coup de pied dans une fourmilière qui avait grandement besoin d’être secouée. Il ne se perd pas dans des temps morts foireux et nous prouve que les femmes peuvent tenir aussi bien, si ce n’est mieux, la cadence que les hommes. Girl power forever !

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