26ème festival Chéries Chéris : Bilan

Longtemps attendue et forcément repoussée à cause du Covid, la 26ème édition du festival Chéries-Chéris, consacré aux films LGBTQ & + a enfin pu avoir lieu du 29 juin au 6 juillet dernier. L’année blanche qu’a subie le festival n’a en rien entamé sa volonté et sa force de programmation, bien au contraire puisque, plus que jamais, le choix était présent à travers les différentes catégories représentées (fictions, documentaires, courts-métrages) ainsi que la présence d’une section spéciale intitulée Renaissance Noire qui, inspirée par le mouvement Black Lives Matter mettait à l’honneur des films mettant en scène la place des Noirs dans le cinéma queer.

Une fois de plus nous sommes surpris de la diversité incroyable des films sélectionnés par le festival, qu’ils soient en compétition ou en séances spéciales. C’est seulement la deuxième année que nous couvrons le festival mais le panorama est vaste, sachant proposer des productions de pays différents avec, comme l’édition de 2019, une certaine prédominance pour les films produits en Amérique du Sud qui sont parfois les propositions les plus audacieuses, qu’on puisse les rejeter complètement (Fendas qui nous a laissé totalement indifférent), les apprécier moyennement (Les sentiers de l’oubli, touchant mais un brin longuet) ou alors être complètement subjugué par leur puissance à l’instar de Vent Chaud, film brésilien réalisé par Daniel Nolasco et qui s’est imposé sans peine comme le film le plus réussi du festival (et d’ailleurs le jury ne s’y est pas trompé en lui donnant le Grand Prix du Jury Fiction).

Vent Chaud

Vent Chaud est en effet une claque comme on aimerait s’en prendre plus souvent, dont la beauté plastique et colorée colle parfaitement à son récit brûlant de désir, de passion et de jalousie dans un film fétichiste troublant, parfois carrément explicite (une scène de fellation y est montrée dans toute sa splendeur) mais le tout au service d’un vrai regard de cinéma et d’une proposition troublante qui ne peut que fasciner. Le film sortira en salles le 11 août prochain et l’on ne peut que vous conseiller d’y foncer. Déjà en salles depuis le 7 juillet et également réussi, Moffie était présent en compétition et l’on vous invite à lire notre critique détaillée qui paraîtra plus tard aujourd’hui et à découvrir ce beau film qui risque vite de disparaître de nos salles à cause d’une exploitation assez légère et pourtant courageuse.

Caravage et moi

À noter que le cinéma français n’était pas en reste cette année puisque A Good Man de Marie-Castille Mention-Schaar était en compétition. On avait découvert le film à Deauville l’année dernière et sans avoir été transcendé par cette proposition assez fade sur le pur plan de la mise en scène, force est de constater que la force des acteurs et du sujet suffit pour emballer un beau récit. Nous avons malheureusement loupé Le Milieu de l’horizon, proposition aguichante avec Laetitia Casta (mais le film sortant le 29 septembre, on aura l’occasion de vous en reparler), Pyrale et Bibliothèque Rose (tous deux également français) qui promettaient beaucoup mais nous nous sommes rattrapés avec Caravage et moi, film anglais qui mélange prostitution et discussions sur l’art dans une esthétique particulièrement élégante et sensuelle, collant au personnage principal (Harris Dickinson, aperçu dans Matthias & Maxime et Maléfique 2, bientôt à l’affiche de The King’s Man) qui a le syndrome de Stendhal et qui a le souffle coupé devant des tableaux du Caravage.

Tomber pour Ali

La vaste sélection, par ailleurs riche et finement choisie (avec en prime une séance spéciale du fabuleux Showgirls de Paul Verhoeven pour accompagner le documentaire You Don’t Nomi sur le film, disponible en VOD le 23 juillet prochain), a été d’autant plus appréciée qu’elle était formidablement entourée. En ouverture, nous avions le droit à Ammonite, la nouvelle réalisation de Francis Lee après Seule la terre qui s’est malheureusement vue privée d’une sortie salles et qui est disponible sur MyCanal depuis hier, le 7 juillet. Nous vous invitons d’ailleurs à en lire notre critique détaillée afin de vous rendre compte que cette œuvre pudique et touchante était parfaite pour ouvrir le festival tandis que les festivités se sont achevées sur Tomber pour Ali où un avocat désabusé tombe sous le charme d’un réfugié syrien à Belgrade. Outre la référence évidente au cinéma de Fassbinder (le prénom du beau réfugié syrien est forcément choisi en référence à Tous les autres s’appellent Ali), le film de Romas Zabarauskas aborde avec finesse plusieurs sentiments le tout dans une mise en scène épurée qui n’en bouleverse pas moins par ses instants de tendresse et de poésie. Le film clôt alors en beauté une édition de haut vol, mémorable par bien des films et nous sommes déjà curieux d’être à la prochaine édition (prévue du 20 au 30 novembre prochain) qui promet d’ores et déjà de beaux moments et surtout des découvertes uniques qu’on ne fait nulle part ailleurs, force d’un festival qui sait ce qu’il fait et qui n’a peur d’aucune audace, pour notre plus grand plaisir !

Palmarès du festival

Grand Prix du Jury – Fiction : Vent Chaud de Daniel Nolasco

Prix du Jury – Fiction : Comets de Tamar Shavgulidze

Prix d’interprétation – Fiction : Rosa Ramirez Rios pour Les sentiers de l’oubli de Nicol Ruiz Benavides

Grand Prix du Jury – Documentaire : Bienvenue en Tchétchénie de David France

Prix du Jury – Documentaire : Her Mothers de Asia Dér et Sari Haragonics

Grand Prix du Jury – Court-Métrage : Chrishna Ombwiri de Claire Doyon

Prix du Jury – Court-Métrage : God’s Daughter Dances de Sungbin Byun

Mention Spéciale – Court-Métrage : Miss Chazelles de Thomas Vernay

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  1. Vent Chaud : Cet obscur objet du désir -

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