La Fine Fleur : Entretien avec Catherine Frot

Au cinéma le 30 juin 2021, La Fine Fleur a été présenté en avant-première lors de la 7e édition du Festival du Cinéma et Musique de La Baule. Le réalisateur du film, Pierre Pinaud, et son actrice principale, Catherine Frot, étaient sur place pour accompagner le deuxième long-métrage de son auteur, huit ans après Parlez-Moi de Vous avec Karin Viard. L’occasion était idéale pour rencontrer l’actrice française qui trouve un rôle sur-mesure, surprenant et solaire. Dans La Fine Fleur, Catherine Frot incarne Eve Vernet, la plus grande créatrice de roses. Aujourd’hui, elle est au bord de la faillite, sur le point d’être rachetée par un concurrent puissant. Véra, sa fidèle secrétaire, croit trouver une solution en engageant trois employés en insertion sans aucune compétence horticole… Alors que quasiment tout les sépare, ils se lancent ensemble dans une aventure des plus singulières pour sauver la petite exploitation.

Qu’est-ce qui vous a séduit dans le rôle d’Eve Vernet ?

Catherine Frot : C’est au départ la personnalité de Pierre Pinaud – réalisateur du film – sa volonté à raconter son histoire et le personnage d’Eve Vernet, à qui je trouve un certain panache, femme forte à l’arrogance surannée. Elle me fait penser à une amie de ma grand-mère. En cela le travail sur les costumes a été passionnant, je tenais à avoir des lavallières, des choses un peu anciennes entre la mode homme et femme comme le chapeau, les bottes pour signifier avoir bien les pieds dans la terre, dégager une nature assez puissante.

Vous avez travaillé ces points du personnage avec le réalisateur ?

Catherine Frot : Dans un premier temps avec les costumières, c’était important de trouver la dégaine, l’allure, puis petit à petit on a travaillé le côté chorale du film avec Marine Petiot, Melan Omerta et Fatsah Bouyahmed, les trois autres acteurs du film qui incarnent les bras cassés. Il fallait que le ton du film soit proche des comédies anglaises. La Fine Fleur est une comédie sociale où l’on pleure et l’on rit avec une harmonie des tons.

La beauté du film est cette rencontre entre vous quatre, confrontation entre deux couches sociales opposées.

Catherine Frot : Ils sont faits pour ne pas se rencontrer. C’est improbable qu’il puisse se passer quelque chose entre eux. Et pourtant il y a la notion du travail, de la recherche de la perfection à travers les roses. C’est aussi l’éclosion de la rose la plus exceptionnelle qui soit, image directe de cette relation qui se noue tout d’un coup dans ce groupe qui n’était pas prévu. 

Finalement la passion d’Eve Vernet les contamine et ils sont la solution.

Catherine Frot : Le hasard des choses, le hasard de la vie. C’est une vérité, je n’avais pas réfléchi sous cet angle à la question. Il y a une métaphore entre la perfection de la rose et la perfection des relations humaines.

Car Eve Vernet est une femme profondément seule face à son père disparu depuis une quinzaine d’années.

Catherine Frot : Elle ne s’en sort pas n’ayant toujours pas fait son deuil. Elle est coincée.

Malgré sa passion débordante qui la dévore. Alors est-ce une passion pour les roses ou une passion pour son père ?

Catherine Frot : Elle le dit « Il m’a légué son affaire, mais avec les emmerdes ». Il lui a transmis sa passion, qui est véritable, elle adore son métier et les roses, mais elle est embourbée dans quelque chose. 

Vous faites le choix d’un nouveau personnage passionné, ancré dans l’artisanat, après Les Saveurs du Palais, Marguerite ou encore La tourneuse de Pages. Qu’allez-vous chercher dans ses rôles ? Qu’est qui vous intéresse chez eux ?

Catherine Frot : Je ne sais pas à l’avance. Le plus compliqué dans mon métier est le moment du choix, à savoir si je décide ou pas de faire un film. J’ai pas mal de propositions, mais je cherche toujours à qu’il y ait un sens, qu’il se passe quelque chose, que cela interpelle, que ce soit généreux pour le spectateur. Il faut que quelque chose se construise, l’idée des petits personnages qui deviennent grands, qui s’élèvent, de partir de rien pour une évolution, une possibilité d’avancer. On a besoin de cela dans la vie, c’est important parce que cela arrive réellement.

Mais en même temps, vous osez prendre des risques, composer des rôles opposés, vos trois derniers longs-métrages en sont les bons exemples (Sous les étoiles de Paris ; Des Hommes et La Fine Fleur).

Catherine Frot : Oui, je ne sais pas trop quoi dire. Je pense que cela vient du théâtre, j’adore l’idée d’aller chercher des choses qui sont différentes. Le moment est particulier, car sur les trois films cités qui sortent en l’espace d’un mois, ce n’était pas prévu. Les sorties auraient dû être bien plus espacées. Sous les étoiles de Paris a été tourné il y a presque trois ans. Il devait sortir au tout début du confinement pour être repoussé quatre fois, quatre vies qu’il n’a pas pu avoir. Il n’a pas trouvé sa place, c’est un conte idéal pour Noël, mais il n’a pas trouvé sa place en sortant au mois de mai.
Mais finalement quand vous me dites que les trois rôles sont différents, le sont-ils vraiment ? Ce n’est pas parce que d’un côté je vais jouer un rôle de misère totalement démuni issu d’un conte, après je vais jouer une femme simple qui prend le devoir de mémoire de la guerre d’Algérie à travers des lettres pour comprendre qui est son frère, c’est un trajet humble et modeste de quelqu’un qui va chercher la profondeur des choses. Après là, je fais cette dame dont tout s’écroule sous ses pieds se retrouvant face à des choix… Sont-ils tous différents ? Je ne sais pas. Ils sont tous en train de rechercher quelque chose finalement. Mon personnage pour Sous les étoiles de Paris est au bout physiquement, le suivant est plus dans la normalité dans Des Hommes de Lucas Belvaux et cette dernière qui a un certain panache, figure des années 1960 avec une lavallière, un petit chapeau et ses manières. Elle fume la pipe…

Et cela est surprenant dans le film ! 

Catherine Frot : Oui on l’a mis deux/trois fois dans le film. C’est la mienne figurez-vous, je l’ai proposé pensant que cela donnerait quelque chose de bien au personnage pour les séquences précises. Cela apportait du jeu. Puis je préfère fumer la pipe que la cigarette maintenant. 

Melan Omerta est la révélation du film. Il incarne un personnage tragique à la recherche de ses parents et votre relation qui se noue est poignante. Vous devenez son soutien, presque une seconde mère qui va l’accompagner vers une vie un peu plus parfumée.

Catherine Frot : C’est joliment tourné, c’est exactement ça. L’histoire est vraiment touchante. La Fine Fleur est un film avec plusieurs strates que l’on peut analyser, plusieurs sujets, mais ce moment précis est vraiment émouvant.

Parce qu’on l’attend, on guette cette séquence pivot du film. Fred pourra au fond toujours compter sur Eve Vernet.

Catherine Frot : Ce qui est fort, dans la vie quand on est tout jeune, surtout quand la vie est difficile notamment pour lui, on a besoin de quelqu’un qui vous pousse, qui vous donne tout d’un coup la lumière, la confiance en vous. Et c’est ce qui se passe, elle lui dit « Toi tu as un don, viens sentir ses parfums, tu as un don, mais c’est fantastique ». Elle ne va pas le lâcher alors que lui n’y croit pas un seul instant. 

Et c’est aussi le cas pour les deux autres compagnons de Fred en insertion, elle va leur donner la force de prendre confiance en eux. Eve Vernet est seule au départ puis devient la solution à un groupe en galère.

Catherine Frot : Elle est un peu rébarbative au début. Elle a envie de les virer, elle n’a pas envie de collaborer avec ces nazes. Parce qu’ils vont eux aussi lui apporter un nouveau souffle. Une amitié très forte va se nouer.

Une question bien plus légère, avez-vous la main verte ? Je vous pose la question, car vous faites preuve d’une précision exemplaire dans la chirurgie des mouvements dans l’une des scènes clés du film.

Catherine Frot : Non (rire). On ne dirait pas dans le film ?! J’ai appris en travaillant à force de répétitions. La dame qui nous a accueillis dans sa roseraie pour le film m’a appris pendant plusieurs heures d’affilée sur trois/quatre jours. Pierre Pinaud souhaitait vraiment ressentir la passion, le travail, montrer à l’écran les gestes appliqués par mon personnage avec les outils et les accessoires filmés avec minutie, c’était important que je le fasse pour le film. Mais je serais incapable de le refaire maintenant. (rire) Ah non je ne saurais pas le refaire. Comme pour Les Saveurs du Palais, j’ai appris à cuisiner des plats formidables, mais je ne saurais pas les refaire pour autant. L’illusion est mon métier, il faut que je fasse semblant de… Nous sommes d’accord  ? Pour que tout le monde y croie !

Entretien réalisé le samedi 26 juin à La Baule. 
Remerciements à Marion Seguis et Jérôme de l’Agence Déjà pour la possibilité de cette rencontre.

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