Luca : Un souvenir passionné de l’Italie.

Expresso, Pasta al dente et Mangia bene, ridi spesso, ama molto (bien manger, rire souvent, aimer beaucoup) sont les maîtres mots du dernier film de la maison Disney/Pixar. Ces derniers s’efforcent depuis quelques films à toucher de nouveaux horizons, un nouveau public par les différentes cultures et paysages de notre monde en dehors des Etats-Unis. De Coco au Mexique en passant par la Polynésie avec Vaiana: La légende du bout du monde et dernièrement par l’Asie du Sud Est avec Raya et le dernier dragon, Disney – avec le soutien de Pixar – s’échappe sur les côtes solaires de l’Italie avec leur dernier né, Luca. Le 24ème long métrage des deux studios, réalisé par Enrico Casarosa (dont c’est le premier long-métrage en tant que réalisateur mais qui a travaillé sur L’âge de Glace 1, Ratatouille ou encore Là-haut en tant que storyboarder.) et co-scénarisé par Jesse Andrews et Mike Jones (Soul), ne bénéficie malheureusement pas d’une sortie dans les salles françaises, disponible depuis le 18 juin dernier sur la plateforme Disney + (à l’image de Raya et le dernier dragon).

Le film se déroule dans une jolie petite ville côtière de la Riviera italienne à la fin des années 60 où un jeune garçon, Luca, vit un été inoubliable, ponctué de délicieux gelato, de savoureuses pasta et de longues balades en Vespa. Il partage ses aventures avec son intrépide nouveau meilleur ami, Alberto et de Giulia. Ensemble ils convoitent la Porto Rosso Cup et son gain dans le but de s’offrir une Vespa. Mais ce bonheur est menacé par un secret bien gardé : tous deux sont en réalité des monstres marins venus d’un autre monde, situé juste au-dessous de la surface de l’eau.

Véritable régal pour les yeux, Lucas est une pépite victime d’une sortie qui n’est pas à la hauteur de ses qualités. On ne pourra pas, encore une fois, admirer le travail délicat des designer sur un écran géant rendant les décors digne des plus belles cartes postales. Des cailloux aux mouvements des vagues en passant par l’architecture des immeubles, rien n’est laissé au hasard. L’animation est de nouveau sublime de la part des équipes de Pixar nous procurant cette envie folle d’aller tremper nos pieds dans l’eau transparente, de manger de bonne penne pesto et de savourer une glace. Cette ville fictive rappelle la région des Cinque Terre avec ses paysages à la faune luxuriante et à la localité de Montérosso. Une véritable carte postale qui, dans ses temps troubles, fait rêver. Un parfum d’été dans une campagne pittoresque au maisons colorées agissant comme une bouffée d’air frais. Le soin apporté aux couleurs et à la précision des dessins sont une réelle volonté de nous faire partager un bout de l’histoire du réalisateur.

Luca livre un récit célébrant l’amitié. Une ode à l’enfance de Enrico Casarosa à Gênes, « capitale » de la magnifique Ligurie auprès de son meilleur ami portant le même nom que son homologue fictif, Alberto. Ainsi, le personnage de Luca est inspirée d’Enrico tout comme son ami, une rencontre estivale qui changea le réalisateur à tout jamais. Sans celle-ci, Il n’aurait sans doute jamais poursuivi ses rêves loin de ce village aux milles souvenirs heureux, un court épisode marqué par cette amitié profonde qui transperce notre écran.
Une fraternité réelle ayant subit les affres d’un village conservateur apeuré par les étrangers. La sincérité de cette camaraderie instantanée et fugace fait alors le sel d’un film touchant symbolisé par la représentation de ses créatures des mers s’imposant comme une ingénieuse idée.
Luca se révèle être ainsi une belle leçon de tolérance sur le fait d’accepter les « différences » de chacun, la volonté d’être libre, de croire en soi sous le prisme de l’enfance et de l’insouciance. Bien que l’histoire présentée soit simpliste, le long-métrage renferme des thèmes chers au réalisateur tirés de sa propre vie, ses ambitions de jeunesse symbolisées sous le mantra « Silencio, Bruno! », dont la signification dépend de tout à chacun, mais dont on peut l’apparenter à la fameuse et éternelle devise Hakuna Matata de Timon & Pumba dans Le Roi Lion.

Luca est une proposition solaire vouée à devenir culte. Le film en a tous les atouts pour conquérir le cœur des petits et des grands. Surtout que l’on décèle une inspiration forte au maître Miyazaki et notamment de l’un de ses chefs-d’œuvre, Porco Rosso. Parce que l’évidence de la ville où se déroule l’intrigue : Porto Rosso en Italie. Mais aussi et surtout par la représentation des aliments. Miyazaki père accorde une minutie certaine dans la schématisation des aliments au sein de ses films. Les détails y sont saisissants donnant perpétuellement l’eau à la bouche. Enrico Casarosa retranscrit à merveille cette sensibilité intime du partage d’un repas au sein de Luca. Hommage ou coïncidence, je penche pour la première hypothèse tant Luca est une œuvre libre essayant toujours de créer quelque chose de beau tel un moment solaire de partage, d’amitié et d’amour comme ressenti avec Call Me By Your Name de Luca Guadagnino (tiens nouvelle coïncidence ?).

Luca est le film d’animation à voir absolument cet été (ou l’hiver – enfin tout le temps), adulte ou non. Le film d’Enrico Casarosa est touchant développant un univers fantastique dépaysant mélangeant réalité et mythologie Italienne avec tact. Le réalisateur se dévoile via cette histoire importante – sous forme de conte solaire – un moment fort de sa vie d’enfant vers l’âge adulte. Doux et coloré, Luca est le symbole de l’évasion et de la prise de conscience, toujours dans la continuité de l’esprit Dolce Vita, le film s’achève avec la chanson Città vuota de Mina.

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