Little Zombies : De la dynamite filmique

Quel drôle d’objet que voilà. Certes, on ne devrait pas être tant surpris que ça de la part d’un cinéma japonais jamais avare de propositions insolites, mais l’originalité de la démarche de ce premier long métrage mérite tout de même d’être saluée à sa juste mesure, et ce en dépit de son rythme pouvant paraître éreintant de par ses choix narratifs totalement assumés. De quoi s’agit-il donc au juste ? De l’histoire de quatre orphelins se rencontrant lors de l’enterrement de leurs parents respectifs, mais qui au lieu de pleurer, vont décider de monter un groupe de rock ensemble. Nul besoin d’aller plus loin que ce simple descriptif, tant le film s’échinera tout du long à contrer les attentes pour proposer quelque chose sans cesse surprenant, tant du point de vue stylistique que de l’écriture même de ses protagonistes.

Il faut avouer que ce sujet même est à la base de la première surprise, car si l’on ne sait pas à quoi s’attendre, il semble difficile d’accepter l’idée que les quatre jeunes personnages que nous suivrons sur deux heures semblent incapables de prime abord d’exprimer la moindre émotion. C’est le sujet même du film, son moteur, et le metteur en scène et scénariste assumera jusqu’au bout cette volonté d’absence totale d’effusions lacrymales. Si les enfants qu’il met en scène ne pleurent pas, ce ne sera pas non plus le cas des spectateurs, et il s’agira plutôt à la place de créer un monde à l’écran qui ressemble à première vue au nôtre, mais qui soit colorié à l’image de l’état d’esprit de ses protagonistes. Pop, le film l’est d’un bout à l’autre, mais sans chercher à être feel good ou à reproduire des clichés de la chronique adolescente que l’on imaginerait de la part d’un certain cinéma nippon.

La deuxième grosse surprise vient de la mise en scène, qui loin de se contenter de sa photographie lumineuse travaillée dans les moindres détails, va se caler sur le principe des vieux jeux vidéos de notre enfance, la structure étant établie en fonction de différents niveaux, et chaque évènement survenant étant retranscrit en tant qu’hommage aux effets de style de ces mêmes jeux vidéos. La musique évoque également celle des Super Marios Bros et consorts. Loin de n’être qu’un vain exercice de style, ce choix de réalisation épouse parfaitement les états d’âme de ses personnages, ou plutôt l’absence d’états d’âmes traditionnels, ceux-ci cheminant à leur façon sur un parcours initiatique non traditionnel.

Peu d’exemples viennent à l’esprit, on pourrait même dire que jusqu’à présent, un seul cinéaste avait fait du principe du jeu vidéo live autre chose qu’un simple concept, pour l’emmener vers des rives avant-gardistes, il s’agissait de Edgar Wright avec son désormais culte Scott Pilgrim. Bien sûr, au-delà de leur principe de base, les deux œuvres sont bien différentes dans leurs tonalités, mais il pourrait être fascinant de les mettre en parallèle, celles-ci partageant au moins cette envie de narration par l’image en fonction de codes à priori inadaptés au septième Art.

Il est difficile dans un premier temps d’avoir un avis définitif sur le résultat, tant le film peut tout autant fasciner qu’irriter, ou tout du moins laisser quelque peu épuisé d’avoir du s’accrocher pour ne pas perdre pied dans ce flot quasiment ininterrompu d’idées visuelles, de dérapages plus ou moins contrôlés, bref dans ce gros bazar ayant visiblement décidé de ne jamais appuyer sur le frein à main. Alors on se demande dans un premier temps comment l’on va pouvoir tenir les deux heures de projection, puis on se prend au jeu, avant de décrocher un temps, puis de se replonger dans cet univers ayant au moins comme qualité indiscutable de ne se référer à rien de connu. On prend ce qu’il y a à prendre, on s’accroche aux branches en étant conscient que tout cela est peut-être un peu vain, mais ne peut être balayé aussi vite qu’il a été vu, tant les expériences de ce type sont devenues une espèce rare à protéger. Pas sûr que cela prenne auprès du plus grand nombre, mais avoir l’opportunité de découvrir ce genre de cinéma, quand bien même le film, un temps prévu en salles, n’est finalement disponible que sur OCS le 23 juin 2021 est une chance à ne pas laisser passer, pour peu que l’on soit prévenu que l’effet risque d’être tout autant grisant que déstabilisant, épuisant, et tout autre qualificatif en ant !

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