Jupiter’s Legacy – saison 1 : Super-héros fatigués

Puisque la mode est aux super-héros à n’en plus finir et que Netflix a signé un deal assez juteux avec l’auteur de comics Mark Millar (à qui l’on doit Kick-Ass et The Secret Service, ayant inspiré Kingsman), il était tout naturel que la plate-forme au N rouge, décidée à concurrencer Amazon Prime Video qui cartonne avec The Boys et Invincible, exploite elle aussi le filon. C’est ainsi que Jupiter’s Legacy a été créée, autant par opportunisme que par envie de proposer au public une adaptation de ce comic-book ambitieux (édité chez nous par Panini), réflexion passionnante sur le mythe des super-héros aux accents shakespeariens.

Sur le papier, c’est d’ailleurs très alléchant. Suite au krach de 1929 et au suicide de leur père chef d’entreprise, Sheldon et Walter Sampson sont au bord de la faillite. Sheldon, qui a vu son père sauter d’un immeuble, est hanté par des visions qui le poussent à réunir auprès de lui une équipe et à monter une expédition vers une île n’existant sur aucune carte. Sur place, nul gorille géant comme on aurait pu s’y attendre vu les similitudes du pitch avec King Kong mais nos six aventuriers repartent de l’île avec des supers-pouvoirs et une extraordinaire longévité. Depuis, Sheldon a fondé l’Union et établi un Code très strict devant être respecté par tous les super-héros : les pouvoirs ne doivent pas servir l’ambition personnelle, doivent être mis au service d’un monde meilleur et on ne doit surtout pas les utiliser pour tuer, même des super-vilains. Vénérée mais vieillissante, cette première génération de super-héros voit aujourd’hui son héritage bouleversé et remis en question alors que des événements tragiques poussent la nouvelle génération (dont les enfants de Sheldon, Brandon et Chloe) à s’interroger sur l’utilité du Code que beaucoup jugent dépassé. Sheldon, sa femme Grace et Walter devront donc affronter les menaces actuelles venant d’un ennemi du passé tout en tâchant de maintenir l’ordre au sein de l’Union, Sheldon se retrouvant presque seul à défendre son Code…

Il y avait là de quoi faire une excellente série, terreau de réflexions mythologiques passionnantes sur les responsabilités des super-héros, sur l’héritage qu’ils doivent transmettre et sur le poids qu’ils doivent porter sur leurs épaules à cause de leurs pouvoirs. Voir des super-héros qui doutent et qui s’interrogent sur leur pertinence à notre époque, c’est toujours fascinant. Et d’ailleurs en filigrane, la série creuse toutes ces thématiques, directement héritée du comic-book de Mark Millar et Frank Quitely. Simplement elle les creuse en arrière-plan, préférant largement s’arrêter sur des trahisons narratives parfois aberrantes tout en atténuant la noirceur du comic-book. Pour ses huit premiers épisodes, la série préfère donc la jouer tranquillement, en prenant son temps pour instaurer son univers, quitte à ce que cette saison fasse gentiment office de pilote largement étiré pour une seconde saison s’annonçant tout de suite plus alléchante.

Alternant entre les scènes du passé et celles du présent, Jupiter’s Legacy peine à passionner dans le présent, le récit attendant que les scènes du passé s’imbriquent pour avancer. La construction est maladroite et surtout l’écriture terriblement balourde avec des dialogues lourds de sens répétés à tour de séquences pour que le spectateur comprenne bien les thématiques agitant la série. Si l’on ajoute à ça une caractérisation des personnages proches du ridicule (les enfants Sheldon ne sont que des clichés sur pattes, la palme revenant à l’insupportable Chloe, presque une parodie de la fille qui se la joue cool et détachée mais qui est meurtrie par la vie), des acteurs presque tous incapables de donner un semblant d’épaisseur aux personnages les plus intéressants (on a beaucoup de sympathie pour Josh Duhamel et Leslie Bibb mais ils n’ont pas les épaules pour nuancer leurs personnages, seul le solide Ben Daniels y parvenant) et des effets spéciaux parfois encore cheaps, plus proches d’une production CW qu’autre chose, Jupiter’s Legacy aligne les fautes de goût et déçoit.

Et pourtant parce que le matériau de base est solide, la série parvient à capter notre attention. Certes pas en permanence, on se prend souvent à soupirer d’ennui devant la paresse scénaristique de l’ensemble mais quand elle n’est pas occupée à en faire des caisses dans le drame proche du soap, Jupiter’s Legacy a pour elle une vraie richesse thématique qui mérite d’être explorée et qui justifie que l’on s’y attarde tant le récit déconstruit toute une mythologie datant de l’âge d’or des comics. Dommage donc que face à ce terreau fertile et à cette première saison en forme de longue introduction, Netflix ait décidé d’annuler la série sans lui donner un peu plus de chances…

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