Army of the Dead : Ghosts of Las Vegas 2021

Il y a maintenant 17 ans que nous assistions à la naissance d’un réalisateur américain qui allait faire couler beaucoup d’encre. Très tôt, Zack Snyder est devenu, en l’espace de quelques films, une cible de choix parmi les critiques les plus endiablées. Accusé rapidement d’être un faiseur d’images plutôt qu’un véritable réalisateur, en lui reprochant surtout de privilégier une « iconisation » outrancière et la « stylisation » technique au profit d’un fond véritablement recherché (300, Sucker Punch), il possède pourtant une fanbase bien présente. Zack Snyder est de ces réalisateurs qui ne laissent pas de place à la demi-mesure : soit on l’adore, soit on le déteste. Digne héritier d’une époque où Michael Bay faisait légion dans le cinéma d’action, il a élevé ce type de production vers des sentiers que nous avons toujours eu plaisir à arpenter. Que ce soit avec des films légers type Sucker Punch que pour des projets bien plus ambitieux comme Watchmen ou Man of Steel, nous avons toujours trouvé quelque chose à défendre dans le cinéma de Snyder. Et cette fascination pour son travail est née dès son premier film, le surprenant remake du chef d’œuvre de Romero, L’Armée des Morts. Snyder ressuscitait le film de zombies pour le faire définitivement entrer dans une ère nouvelle, celle de la pop culture. D’abord réservé à une élite, le film de zombie social tel que Romero l’avait créé a laissé place au zombie fun, caustique, pulp tout simplement. L’avènement et le succès de séries comme The Walking Dead et la pléiade de films qui ont suivi ont définitivement popularisé cette figure emblématique du cinéma de genre, parfois jusqu’au dégoût. Après être revenu d’entre les morts avec sa version de Justice League, Snyder frappe une seconde fois en l’espace de quelques semaines avec la sortie d’Army of the Dead sur Netflix. 17 ans après L’Armée des Morts, Snyder retrouve ses premières armes pour un second acte zombiesque tant attendu. Le résultat est-il à la hauteur des espérances ?

Un virus extrêmement mortel a entièrement décimé l’ensemble des habitants de Las Vegas, les transformant en zombies voraces et affamés. Las Vegas est devenu une immense zone de quarantaine dans laquelle le gouvernement américain contient l’épidémie. Une destruction nucléaire de la ville est prévue afin d’enrayer une bonne fois pour toute la menace. Ne disposant plus que de quelques jours, un groupe de mercenaires est engagé par un milliardaire afin de pénétrer la zone de quarantaine et d’y cambrioler le contenu d’un immense coffre-fort lui appartenant.

Une fois n’est pas coutume, les premières critiques sont tombées et ont, pour la plupart, assassiné Army of the Dead. On lui reproche un manque d’ambition, un scénario aussi intelligent qu’une mule bourrée au calva, une réalisation désastreuse et une absence de caractérisation que soit au niveau des personnages comme pour l’inspiration visuelle…en gros, le b.a.-ba des accusations qui pleuvent habituellement sur une œuvre de Snyder. Vous l’aurez sûrement compris, nous ne sommes pas de cet avis. Quel plaisir totalement régressif que cet Army of the Dead ! Snyder nous propose une immense partie de shoot ’em up de 2h30 où les influences carpenteriennes de l’auteur viennent s’ajouter à des excès gores et craspecs qui flirtent goulûment avec le splatter movie. Un véritable tour de montagnes russes dans lequel Snyder expie ses démons et se permet même de faire le deuil de la perte de sa fille à travers les épreuves qu’il impute à son héros principal. En effet, il sera question de tourments paternels, de sacrifice, de pardon et d’amour au milieu de ce chaos infernal qui va puiser ses références dans New York 1997, Ghosts of Mars ou même encore Mad Max. Toujours dans l’idée d’utiliser le zombie comme une entité pop, Snyder, qui signe le scénario du film, propose un rodéo d’organes, une pluie de sang et de tripes dans le but d’expier toutes les rancœurs qui l’habitent depuis le suicide de son enfant. Army of the Dead est un défouloir salvateur pour son réalisateur qui décide également de s’adjoindre le poste de directeur de la photographie.

Et là-dessus, Army of the Dead pèche un peu parfois. Loin des budgets confortables qu’il était habitué à avoir ces dernières années (en dépit du fait que le film ait coûté 90 millions de dollars, ce n’est pas un petit budget non plus), on le sent beaucoup moins enclin à abuser des fameux ralentis et autres cadres stylistiques qui ont fait sa renommé. Pour autant, malgré la fadeur de quelques séquences, Army of the Dead permet une lisibilité qui ne frôle jamais l’overdose. Cet « assagissement » derrière la caméra ramène Snyder à ses premières armes, comme s’il essayait de rebooter ses acquis. Un espèce de retour à la case départ qui fait, tout de même, du bien par où il passe. Army of the Dead est un solide divertissement qui vient également prouver les talents d’acteur de Dave Bautista. L’ex-catcheur ne cesse d’étonner par ses choix cinématographiques et sa dévotion solide à chaque fois. Il fait partie de ces stars modernes du cinéma d’action qu’on a envie de suivre avec intérêt, un nouveau Schwarzenegger qui est capable de faire rire autant que de donner des bourre-pifs ou d’émouvoir. A la tête d’une palette de jeu ultra complète, il est le personnage le plus développé du film, et à juste titre. Tous les autres personnages ne sont que des fonctions, ce qui intéresse Snyder c’est la catharsis que lui permet le rôle de Bautista, rien d’autre. Et le film fonctionne à merveille en l’état. On ne demandait pas à Army of the Dead d’être intelligent et profond, Snyder avait bien pris soin de s’éloigner de la patte de Romero pour L’Armée des Morts, il n’y avait pas de raison qu’il en soit différemment ici. Qu’attendaient vraiment les personnes déçues ? De plus, il y a belle lurette que nous n’avons pas eu des zombies aussi effrayants. Les zombies-mutants foutent vraiment les jetons, on sent une réelle menace, les enjeux sont palpables. Crétins, bourrins et excessifs, certes, mais palpables.

Army of the Dead est un vrai moment fun et caustique pour lequel on pardonne aisément la crétinerie et l’indigence soulevées par tant de spectateurs tellement il fait du bien par où il passe. Zack Snyder s’octroie un bonbon régressif dans lequel il expie son deuil dans un amas d’hémoglobine qui nous ramène tout droit vers les meilleures bobines bis qu’on prenait plaisir à louer au vidéo-club. Le film demeurera probablement anecdotique au milieu de sa filmographie, mais il aura eu le mérite de nous divertir le temps de sa durée offrant la meilleure des excuses : celle de se réunir entre potes avec des bières et des pizzas pour un vendredi soir sans prise de tête. Army of the Dead est un moment de divertissement bas du front de haute volée, une série B qualitative bourrée de défauts sur lesquels on passe outre dès l’introduction. Jamais l’expression « poser son cerveau » n’aura été autant de circonstance.

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