Scanners : It’s going to blow your head off

Décidément, l’été cinéma, bien que chiche en gros poids lourds américains (on a eu Greenland et on attend désormais Tenet et Les Nouveaux Mutants) est riche en ressorties, les distributeurs ayant décidé d’envoyer du lourd pour faire revenir les cinéphiles en salles. On remarquera que David Cronenberg aura été doublement présent cet été, d’abord à travers une ressortie de Crash opérée par Carlotta et puis par une ressortie, dans une très belle copie et ce dès le 19 août, de Scanners, sortie effectuée par Capricci en partenariat avec Les Bookmakers.

La (re)découverte de Scanners est d’autant plus intéressante aujourd’hui qu’on peut la replacer dans son contexte au sein de la carrière de Cronenberg. Réalisé en 1981, le film marque un tournant pour le réalisateur en étant son premier budget confortable après une décennie de films expérimentaux et de séries B (dont les excellents Rage, Frissons et Chromosome 3 qui aura le droit à une ressortie chez Capricci également au printemps prochain), explorant déjà en long, en large et en travers les obsessions du cinéaste. Scanners, avec son pitch semblant emprunté aux comics (que Cronenberg ne porte pourtant pas dans son cœur) entend cependant attirer à lui un plus large public.

Le film repose en effet sur l’existence d’êtres humains doués de télépathie, capables avec leurs pouvoirs de contrôler les autres humains. Produits d’une expérimentation pharmaceutique (parce qu’un médecin peu regardant a injecté un nouveau produit à des femmes enceintes, idée inspirée au cinéaste d’après un scandale survenu au Canada à la fin des années 40), ces êtres appelés Scanners sont très puissants. L’un d’entre eux, Darryl Revok a décidé de regrouper les siens dans le but de prendre le pouvoir sur les humains et de détruire ConSec, la firme à l’origine de son existence. Cameron Vale, Scanner ignorant alors tout de l’étendue de ses pouvoirs est contacté par le docteur Ruth. Il semblerait que Vale soit le seul capable d’arrêter Revok…

On semble effectivement presque lire le pitch d’un X-Men devant l’intrigue de Scanners mais David Cronenberg va évidemment bien au-delà que du simple plaisir pulp. Son film s’inscrit dans la logique de ses précédentes réalisations et reste très ancré dans les années 70 : paranoïa omniprésente, firme toute-puissante cachant ses cadavres dans le placard, photographie froide, décors désolés et transformations du corps sont au programme. Fasciné depuis toujours par la question du corps et de la gémellité (qui sera au cœur du troublant Faux-Semblants), Cronenberg poursuit son exploration des mêmes thématiques et semble fasciné par les possibilités d’évolution du corps humain. Sans céder à la tentation d’en faire trop dans le cyberpunk que popularisera plus tard William Gibson, Scanners s’en tient à sa trame froide d’espionnage (au rythme parfois inégal) sans pour autant abandonner ses audaces : un Scanner se servira de l’art comme un exutoire à ses pensées (et l’on peut imaginer que le personnage peut être vu comme une sorte de double du cinéaste) et les pouvoirs des Scanners servent à pénétrer dans la tête des autres (jusqu’à en faire exploser une, image emblématique du film qui enthousiasma Burroughs lorsqu’il le vit), mais également à explorer les moindres recoins d’un réseau informatique.

C’est cependant lors de son dénouement que Scanners se révèlera le plus marquant, annonçant l’ambition du film lorsque Vale et Revok (excellent Michael Ironside), pourtant unis par les mêmes pouvoirs, s’affrontent dans une séquence où les visages se déforment et où les liens se révèlent. Sans avoir le souci du manichéisme (Revok est méchant mais l’on comprend ses raisons tandis que Vale apparaît longtemps comme une marionnette du docteur Ruth) et sans avoir peur de laisser sa fin en suspens (qui peut être interprétée de plusieurs façons), Scanners apparaît non seulement comme le juste prolongement des thématiques travaillées par le cinéaste depuis toujours mais également comme le signe d’une évolution qui conduira Cronenberg jusqu’à la fascinante radicalité de Videodrome deux ans plus tard…

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