Les révoltés de l’an 2000 : L’île des damnés

Couronné d’un prix de la critique à Avoriaz en 1977, amputé de plusieurs séquences dans ses versions internationales voire même carrément interdit pendant longtemps dans certains pays et longtemps resté introuvable, Les révoltés de l’an 2000 (titre français ridicule et déphasé au possible, le titre original étant évidemment plus troublant, pouvant être traduit en ‘’Qui peut tuer un enfant ?’’) est ce qu’on appelle un film culte, bénéficiant d’une sacrée aura chez les amateurs de films de genre. On ne peut alors que saluer l’initiative de Carlotta de ressortir en salles le film dans sa version originale anglaise et espagnole restaurée, le 12 août avant une sortie en vidéo le 16 septembre prochain. Un beau programme confirmant le goût récent de l’éditeur pour les films de genre (ils ont également édité Razorback, Cujo, Vampire, vous avez dit vampire ? ou encore Le crocodile de la mort) et qu’on accueille avec beaucoup de plaisir.

Dès son générique d’ouverture, Les révoltés de l’an 2000 annonce la couleur et montre, à grand renfort d’images d’archives, combien les enfants sont les premières victimes des conflits orchestrés par les adultes. Innocents, à la merci des choix des hommes qui font la guerre, les enfants souffrent et meurent à travers le monde au cœur de conflits qu’ils ne comprennent pas. Le générique est certes didactique et évente totalement le pitch du film à venir, mais il affirme fortement la démarche du réalisateur Narciso Ibáñez Serrador. On n’a dès lors plus guère de doutes sur ce qui attend le couple anglais venu passer ses vacances en Espagne. Elle est enceinte et lui veut absolument lui faire découvrir la petite île d’Almanzora qu’il a découverte il y a plusieurs années. Quand ils débarquent sur l’île sous un soleil de plomb, ils ne voient que des enfants dans les rues, celles-ci semblant étrangement vidées de toute présence adulte. Ils ne tarderont pas à découvrir avec horreur que les adorables têtes blondes vues sur le port ont tué sans explication (l’une des grandes forces du film) tous les adultes de l’île et qu’ils sont les prochains sur la liste…

Film d’horreur filmé en plein soleil (avec un sentiment de chaleur accentué par la photographie, n’hésitant pas à flirter avec la surexposition), s’amusant à jeter le trouble sur ses personnages comme sur ses spectateurs, Les révoltés de l’an 2000 offre un spectacle horrifique particulièrement déroutant. Comment croire que ces enfants, aux visages rieurs et souriants, sont capables d’infliger aux adultes de telles tortures ? Cette réalité difficile à accepter pour les personnages et rendue inexplicable par un scénario ambitieux (les enfants ont-ils soudainement pris conscience de n’être que des victimes dans le grand jeu de la cruauté humaine, les forçant à vouloir inverser les rôles de manière si radicale ?) qui dénonce avec force la bêtise et l’impossibilité de communiquer des adultes là où les enfants n’ont visiblement besoin que d’un simple regard pour se mettre d’accord.

Maîtrisant parfaitement ses références (qui vont de Hitchcock à Polanski), Serrador prend certes un peu trop son temps pour emmener ses personnages où il le veut, mais fait preuve d’un indéniable sens de la mise en scène, amenant de la tension dès qu’une charmante tête blonde se trouve dans les parages. Avec une violence rare au cinéma, Les révoltés de l’an 2000 n’hésite pas à montrer l’impensable (des enfants tuer des adultes) et l’innommable (des adultes tuer des enfants) de façon sèche, sans aucune fioriture jusqu’à un final au dénouement parfaitement logique. Difficile d’imaginer aujourd’hui la possibilité de produire un tel film, aussi violent, aussi engagé et aussi dérangeant (d’ailleurs après sa sortie, Serrador ne tournera plus que pour la télévision). La chance de pouvoir le découvrir sur grand écran est à ne surtout pas manquer même si l’expérience est à déconseiller aux jeunes parents et aux femmes enceintes…

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