La fille au bracelet : Damoclès à la cheville…

Réalisé par Stéphane Demoustier (également auteur, producteur et accessoirement frère de l’actrice éponyme Anaïs…) La fille au bracelet appartient à cette catégorie de film dit « drame juridique », sous-genre très en vogue dans le cinéma français de ces vingt dernières années ; représenté notamment par des longs-métrages aussi différents que le Présumé Coupable de Vincent Garenq, le récent Grâce à Dieu de François Ozon et même le magnifique et trépidant documentaire 10ème Chambre – Instants d’audience de Raymond Depardon. Le drame juridique s’attelle en règle générale à dépeindre le (la ?) cour(s) d’une procédure judiciaire, en prenant souvent le soin de maintenir l’équilibre entre l’accusation et son versant opposé, manière pour l’auteur concerné de placer son film sous le signe d’une vaste délibération amenant le spectateur à se projeter dans les figures représentées à l’écran…

Inauguré par une séquence-générique solaire, sonore mais quasiment muette filmée aux abords d’une plage du littoral atlantique français (ladite scène semble située à mi-chemin entre le polar chabrolien et les dispositifs cliniques et statiques du cinéma de Michael Haneke), La fille au bracelet ne déroge donc pas à la règle du sous-genre dont il est ici question : il s’en tient stricto sensu au déroulement d’un procès concernant un homicide volontaire visiblement perpétré par une adolescente moralement insaisissable (Melissa Guers, au jeu émotionnellement exsangue et – de fait – pas mal inquiétant). Le nouveau long-métrage de Stéphane Demoustier joue en permanence de ses ambiguïtés, remettant régulièrement en question la véracité de ses présomptions. Peu importent la vérité et la réalité des faits : c’est le cheminement et la psychologie des personnages qui intéressent ici le réalisateur, le drame collant au plus près de la procédure et insufflant une bonne dose d’humanité à cette étrange, insondable anti-héroïne…

Nous sortirons donc rarement de la salle d’audience opposant la jeune Lise Bataille (Melissa Guers) à l’avocate générale interprétée par Anaïs Demoustier. Factuel en diable, formellement assez fonctionnel, voire même pratiquement dépourvu de style et d’esthétique, La fille au bracelet intrigue, voire séduit, par son atmosphère dévitalisée en paradoxe, laissant un goût d’âpreté à la fois malaisant et un rien rébarbatif sur la longueur. Tout ceci se laisse suivre sans ennui, bien aidé par l’agressivité passive du personnage de Lise et l’impuissance de ses parents (Chiara Mastroianni et Roschdy Zem, tout à fait crédibles…) ; la morosité dudit drame, logiquement étrangère à toute forme de sex-appeal cinématographique, tient le joli mérite de sortir le spectateur de sa zone de confort tout en maintenant le cap d’un récit procédurier prenant en considération certaines questions sociologiques dans l’air du temps (principalement la sexualité adolescente et ses dérives pernicieuses). On regrettera toutefois la prestation médiocre d’Anaïs Demoustier, dont la voix monocorde et récitatrice plombe le réalisme efficace dudit procès. Un film, en somme, que l’on ne conseille qu’en demi-teinte…

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