Network : Test Blu-ray

Réalisateur : Sidney Lumet / Casting : William Holden, Faye Dunaway, Peter Finch, Robert Duvall, Ned Beatty / Genre : Drame / Compositeur : Elliot Lawrence / Date de sortie : 27 novembre 1976 (sortie US) / Durée : 121 minutes / Pays : États-Unis

Synopsis : Howard Beale, présentateur du journal télévisé de la chaîne UBS, est licencié suite à une très sensible baisse de son audience. Désespéré, il donne rendez-vous à ses téléspectateurs pour leur annoncer son intention de se suicider en direct. Mais il se rétracte à la dernière minute, ce qui n’empêche pas le taux d’écoute de remonter en flèche…

Critique film : Réalisateur majeur et parfois encore un peu trop sous-estimé (ce n’est pas faute d’avoir cumulé plusieurs chefs-d’œuvre dans sa carrière), Sidney Lumet a toujours su se mettre au service des scénarios qu’il devait mettre en scène, travaillant étroitement avec ses collaborateurs pour trouver la meilleure façon possible de raconter son histoire. Network, satire féroce et terrifiante d’un monde en perdition sous l’influence de la télévision (vue par son scénariste et son réalisateur comme un film à l’ambition réaliste) est avant tout un film de scénariste. Paddy Chayefsky, scénariste frondeur connu pour ses coups de gueule, a jeté toute sa verve et tout son sens de l’observation sociale dans ce film sans concession où l’on transforme un présentateur dépressif et au bout du rouleau en gourou du tube cathodique, où une jeune cadre ne peut s’empêcher de comparer sa vie à des feuilletons et où l’on tue pour de l’audimat.

La vision du monde de Chayesky, appuyée par Lumet et un beau quatuor d’acteurs (William Holden, Faye Dunaway, Peter Finch, Robert Duvall), est celle de personnes se raccrochant à ce que dit la télévision, enfermées dans leur salon pour se protéger d’un monde devenu terrifiant. C’est celle d’un monde où les connaissances des nouvelles générations n’est passée que par la télévision. Celle d’un milieu sans pitié capable de transformer le moindre geste politique et social en une farce, en une émission à succès, pervertissant nos cerveaux. Celle d’une émission qui, en criant son envie de liberté de penser, voit les gens hurler la même chose à leurs fenêtres comme des moutons. A cette tragédie terrible, celle du présentateur lessivé Howard Beale à qui l’on doit les monologues les plus lucides de l’histoire du cinéma sur le pouvoir de la télévision (qui n’a quasiment pas changé d’un iota aujourd’hui à ceci près que l’on peut y rajouter internet), le film ajoute aussi une histoire d’amour désabusée entre le vieux cadre usé et lucide et la jeune cadre ambitieuse et dénuée d’émotion, ne vibrant que pour l’audimat.

Parce que Chayefsky et Lumet connaissent bien le milieu de la télévision, ils s’en donnent à cœur joie. Tandis que le scénariste met dans la bouche des acteurs d’implacables répliques, le réalisateur capte tout ça sans en lâcher une miette, mettant en avant la différence entre l’esseulement d’Howard Beale et les immenses bureaux de cadres et d’actionnaires où tout se décide sans pitié. Cette réflexion lucide et acerbe sur la télévision se voit donc avec un effarement certain et confirme toute la puissance du film qui s’est renforcée à travers le temps.

Date de sortie vidéo : 17 avril 2019 chez Carlotta Films

Informations Techniques : MPEG-4 AVC Video – 1080p – 1.85 :1 – Pistes anglaises et françaises en DTS-HD Master Audio – Sous-Titres Français

Test Blu-ray / DVD :

Image : Carlotta reprend le master HD sorti en 2011 aux États-Unis, ‘’matté’’ au format 1.85. La copie est stable et propre avec de beaux contrastes mais ne peut cependant cacher le fait que son scan est un peu daté avec quelques limites dans le niveau de détail. C’est visible certes mais ça ne gâche en rien la qualité de l’ensemble surtout que la copie a la bonne idée de respecter le grain de l’image.

Son : Comme d’habitude, on privilégiera la version originale qui est plus claire et sans usure, respectant parfaitement le mixage d’origine. La version française est quant à elle plus étouffée avec une réverbération pas toujours heureuse.

Bonus Blu-ray / DVD :

Peu de bonus pour agrémenter l’édition mais ils sont sacrément bien choisis et offrent au film une édition parfaitement complète.

– By Sidney Lumet : réalisé par Nancy Buirski en 2015, ce documentaire d’1h50 se constitue d’un entretien au long cours avec un Sidney Lumet alors âgé de 83 ans. Le cinéaste revient avec un plaisir évident sur sa carrière et se montre prolixe sur sa méthode de travail, soulignant l’importance de dégager le thème du film pour en définir le style de mise en scène, parlant de sa façon de diriger les acteurs (‘’sans aucune manipulation’’), de sa passion pour certaines thématiques comme la famille (‘’la source permanente du drame’’), la justice, le poids des parents sur la vie des enfants, la force de l’individualité. Doté de nombreux extraits de ses films, le documentaire a même dégoté des archives de son travail à la télévision mettant déjà en exergue les prédilections du cinéaste pour des thèmes bien précis qu’il travaillera régulièrement tout au long de sa carrière. Pour expliquer son intérêt pour la justice et la moralité, le cinéaste nous conte une anecdote dans laquelle il aurait surpris dans un train le viol d’une jeune femme par des soldats. Ceux-ci lui auraient proposé de participer, Lumet aurait refusé mais n’aurait rien fait d’autre, n’étant pas intervenu, concluant qu’il s’agit là ‘’de la pire chose que j’ai fait de ma vie’’. On peut aisément faire de cette anecdote la source matricielle de toute l’œuvre de Lumet, que l’on a forcément envie de redécouvrir après ce foisonnant documentaire.

– Le livre Fou de rage : la genèse de Network et la vision prophétique du type le plus furieux du cinéma : écrit par Dave Itzkoff en 2014, ce livre de près de 200 pages se montre complet sur tout ce qu’il y a à savoir autour du film. S’attardant amplement sur la carrière et le caractère de Paddy Chayefsky, Dave Itzkoff revient sur la genèse de Network, son tournage et les répercussions que le film a eu dans le milieu. Largement documenté, Itzkoff ayant eu accès à de nombreuses notes de travail de Chayefsky donnant à voir l’évolution du scénario de Network, le livre se montre riche en anecdotes et dévoile tous les coulisses d’une production dans l’ensemble bien maîtrisée. Mettant en exergue la belle collaboration entre Chayefsky et Lumet mais aussi le comportement parfois distant de Faye Dunaway et le bonheur de Peter Finch de trouver là un nouveau rôle à même de le satisfaire, Dave Itzkoff revient également sur le décès brutal de Peter Finch avant la cérémonie des Oscars qui verra Finch être le premier acteur à recevoir la récompense à titre posthume. Itzkoff souligne ensuite le caractère prophétique du scénario, mettant bien en valeur combien Chayefsky avait compris le monde qui l’entourait. Une lecture de taille pour être tout à fait complet sur le film.

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