Insidious – La dernière clé de l’épouvante contemporaine.

La sortie, le 9 mai dernier en DVD, Blu-ray et coffret quadrilogie du dernier épisode Insidious, baptisé La Dernière Clé, nous a donné envie de porter un regard neuf sur la saga qui a bouleversé les codes de l’épouvante moderne. Vu séparément épisode par épisode, le contraste n’est pas forcément saisissant au-delà de la masse produite en termes de cinéma d’horreur. Seuls, les films ne semblent être que de simples divertissements horrifiques de l’instant T, un moment de frayeur calculé et efficace. En se focalisant réellement sur la série, on peut s’apercevoir que les répercussions sont toutes autres, voire révolutionnaires. 

L’épouvante, vaste mot d’un sous-genre horrifique qui fit hurler les conformistes dans les grandes années du cinéma entre 1950 et 1980. L’épouvante ou le spectacle horrifique pour adultes, voire pour toute la famille. L’épouvante se résume souvent à des maisons hantées et/ou des fantômes. Loin de nous l’idée de railler Casper le gentil fantôme, même s’il en est un descendant direct pour la joie des plus petits. Nous parlons des Innocents de Jack Clayton, The Uninvited réalisé par Lewis Allen en 1944 ou plus proche de nous, Poltergeist de Tobe Hooper ou Amityville de Stuart Rosenberg.

The Uninvited – Lewis Allen (1944)

Depuis 30 ans, l’épouvante génère peu de références dans notre cinéma contemporain. On a vite fait le tour avec les titres notables pré-cités pour finalement tomber dans l’horreur pure. Pourtant, il reste tout à faire, ou plutôt, tout à refaire. Les grands studios américains ont préféré un certain temps de recopier les exemples asiatiques (The Grudge ; Ring ; Dark Water) ou de se recopier eux-mêmes avec une série de remakes inutiles (Prom Night ; Vendredi 13 ; Les Griffes de la Nuit ; Massacre à la tronçonneuse). Force est de reconnaître que le cinéma hollywoodien n’a plus sa force d’antan en étant une usine à rêves, virant parfois au cauchemar. L’usine a été réemployée pour du recyclage essorant des filons juteux, mais à bout de souffle. Que faire ? La réponse ne viendra jamais d’Hollywood, mais depuis les confins sombres de l’indépendance du cinéma américain.

En 2011, James Wan est déjà l’auteur de 4 films, dont Saw (2004), instigateur à tout un nouveau sous-genre, le torture-porn, bien aidé par Hostel d’Eli Roth. James Wan se jette dans l’horreur gore avec un budget minimal pour mieux marquer les esprits via un scénario sensationnel et fichtrement malin. Peut-être trop, car la saga qui va découler de ce petit film, va se faire prendre à son propre jeu en se dévorant de l’intérieur. La production aura les dents longues pour une saga d’une rentabilité diabolique au détriment de la forme et du fond. 

Dead Silence – James Wan (2007)

Loin de Saw dont l’auteur récupérera seulement des dividendes liés aux droits, James Wan se lance le pari en 2007, avec son compère Leigh Whannel, de verser dans l’épouvante pure avec Dead Silence. Loin de l’hémoglobine et des chairs arrachées, les deux hommes se reposent essentiellement sur l’ambiance et les sensations de l’épouvante. Dead Silence est un échec cuisant sortant dans cette mode apocalyptique du Torture-Porn. S’échappant sur le vigilante, Death Sentence qui sera un nouvel échec public, Wan & Whannel sont alors tiraillés par la frustration du travail effectué sur Dead Silence. Le film est un échec formel, aux péripéties bancales, n’allant jamais au bout de son concept. De cette épreuve, Wan et Whannel souhaitent mettre en scène le film le plus terrifiant qui soit. Un challenge opportuniste qui va déboucher sur Insidious, une énième variation autour d’une maison hantée. L’histoire est simple : Josh, son épouse et leurs trois enfants vivent depuis peu dans leur nouvelle maison lorsque l’aîné tombe dans un coma inexpliqué. Étrangement, une succession de phénomènes paranormaux débute peu après. Un médium leur révèle alors que l’âme de leur fils se trouve quelque part entre la vie et la mort, dans la dimension astrale, et que les manifestations sont l’œuvre de forces maléfiques voulant s’emparer de son enveloppe corporelle. Pour le sauver, Josh va devoir lui aussi quitter son corps et s’aventurer dans l’au-delà … Ce n’est pas foncièrement qu’Insidious va apporter un vent frais à la production horrifique, mais plutôt dans sa forme. Une mise en scène astucieuse qui va savoir jouer de la petitesse de son budget pour créer la peur avec son élément principal : le noir. 

Insidious – James Wan (2011)

Insidious est produit par Oren Peli (Paranormal Activity) et Jason Blum pour 1,5 million de dollars. Une petite production indépendante qui créera un filon en or pour des producteurs avides de bonnes affaires. Il est vrai qu’Insidious est un véritable carton lors de sa sortie en 2010  : 54 millions de dollars sur le sol US et près de 100 millions de dollars dans le monde. Le début de la folie productive de Jason Blum via sa société Blumhouse qui va instaurer de nouveaux codes dans la production du genre horrifique. 

Insidious est un film intéressant à bien des égards. Son intérêt est surtout sur le courant que le film va créer bien malgré lui, mais aussi via l’instauration d’une formule gagnante pour son producteur, Jason Blum.
Jason Blum est un ancien vendeur d’abonnements au câble, puis travaille pour les frères Weinstein chez Miramax. Il est alors chargé des acquisitions pour le studio. En 1998, on lui propose Le Projet Blair Witch dont il ne croit pas au potentiel. Son succès au box-office mondial lui servira de leçon le moment venu. Aujourd’hui producteur en vogue à Hollywood suite au succès des Paranormal Activity d’Oren Peli en collaboration avec la Paramount, il se fait un point d’orgue de ne pas investir plus de 5 millions de dollars sur la production d’un film. Une règle en or lui permettant de décrocher quelques succès, mais beaucoup de cartons au box-office mondial. Via sa société Blumhouse Productions, l’homme produit laissant la distribution mondial aux studios avec qui il collabore étroitement. Ce succès, il le doit grâce à Paranormal Activity, mais aussi, et surtout à Insidious. Un carton qui lui permet de décupler sa mise de départ, mais surtout relance l’épouvante au cœur du cinéma d’horreur américain. 

Jason Blum

Insidious devient rapidement une saga comptant à son actif quatre films, dont La Dernière Clé, récemment sortie en vidéo en France. Le retentissement de la saga a permis tout d’abord à Jason Blum de capitaliser sur cette recette heureuse. L’homme produit à la pelle nombre de copies ou de films appelant Insidious comme référence  : Sinister ; The Mirror ; Ouija ; Projet 666 ; Unfriended ou encore The Darkness.
Ce dernier en est le plus flagrant exemple. Une énième famille typique américaine rapporte involontairement une force surnaturelle de ses vacances, présence maléfique qui se repaît de leurs peurs et secrets. Quand ce n’est pas des peurs enfantines enfouies, c’est des souvenirs de vacances d’un enfant autiste qui sera le déclencheur des murs tremblants et des comportements bizarres des membres de la famille. Une recette gagnante produisant un lot de films à succès ou rentable rapidement, via une mise de départ à chaque coût de moins de 5 millions. Un budget rentabilisé la plupart du temps dès le premier week-end d’exploitation ou via la sortie en DTV et VOD de certaines productions bénéficiant du laxisme du temps. 

The Darkness – Greg McLean (2016)

À Hollywood, il n’y a pas que Jason Blum qui compte. Les studios concurrents ont bien senti le vent tourné. Rapidement, les exécutifs mettent les bouchées doubles pour rivaliser sur le marché. Il est drôle alors de voir la Paramount produire un remake de Poltergeist, Sony engendrer celui de Carrie de Stephen King et la Warner engager James Wan pour Conjuring : Les Dossiers Warren. 

Pendant que Jason Blum brasse les idées de jeunes scénaristes sous-payés ou emploie des réalisateurs de renoms au creux de la vague ( M.Night Shyamalan ; Marcus Nispel ; Phil Joannou), les fameux studios exploitent des filons oubliés ou des marques juteuses. Poltergeist revient de l’antre nostalgique des années 80, tout comme Carrie et James Wan se voit octroyer un budget plus large pour refaire peur avec ces trucs et astuces. Pendant que Poltergeist et Carrie sont de semi-échecs, Conjuring est un carton ouvrant les portes à une nouvelle série de films. Le film génère alors des préquelles ou séquelles comme Annabelle et sa future suite, The Nun et Conjuring 2. James Wan signe ce dernier laissant le soin des films parallèles à ses équipes techniques. Entre un Fast & Furious et Aquaman toujours pour la Warner, c’est aujourd’hui James Wan qui exploite un filon en or, son nom étant devenu une marque assurant le succès de ses propres productions. Il en fit de même avec Insidious après avoir mis en scène le second opus.

Insidious chapitre 2 – James Wan (2013)

Insidious – Chapitre 2 est avant tout la conclusion du précédent opus. Les deux films sont à regarder d’une traite pour s’immerger dans le noir des déboires paranormaux de la famille Lambert soutenue par Élise Rainer. Cette dernière qui va devenir l’héroïne des deux suites, réalisées par Leigh Whannel et Adam Robitel. Sous la plume de Whannel pour le fil rouge, Insidious et ses suites sont devenus des valeurs sûres de l’épouvante moderne pour une nouvelle génération friande de pop-corn et de peurs au cinéma. Le box-office parle en faveur des films en question. James Wan en est, dans le même temps, devenu le maître à penser. Un point d’ancrage dont le nom seul associé à la mise en scène peut assurer le succès d’un film ou non. Le succès de Conjuring serait à relativiser sans le soutien de James Wan au générique du film. 

Insidious La Dernière Clé – Adam Robitel (2017)

Insidious, petit film indépendant produit pour 1,5 million de dollars, aura déclenché une vague d’épouvante sur le cinéma américain bien malgré lui. Assurant la pérennité de BlumHouse Productions, tout en produisant un effet domino grâce à son succès, la série Insidious a surtout permis la résurgence d’un genre oublié : l’épouvante. L’apanage de producteurs avides d’argents faciles et de spectateurs d’une peur crée avec des bouts de ficelles. Insidious a révolutionné le genre et son approche minimaliste pour un effet garanti de peur et de cauchemars. Via un système de financement infaillible et l’assurance de jeunes talents à l’écriture et à la mise en scène, le noir au cinéma n’a jamais été aussi terrifiant.

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  2. Conjuring, les Dossiers Warren : Avoir la trouille, c'est encore possible ! -
  3. Sinister 2 : Mes fils ma bataille ! -

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