Le dernier face à face : De la violence en Amérique

Dans les années 60, le western italien a connu une véritable apogée à laquelle trois cinéastes sont associés. Ces trois Sergio (Leone, Corbucci et Sollima) ont contribué aux lettres de noblesse d’un genre qui sent bon le sang, la sueur et la poussière. Amateur de western (ils avaient déjà édité Colorado en Blu-ray en 2013), Wild Side a cette fois-ci décidé de dévoiler au grand jour Le dernier face à face, deuxième opus de la trilogie western de Sergio Sollima. Disponible depuis le 4 juillet dernier dans une superbe édition avec Blu-ray, DVD et livret, Le dernier face à face se dévoile enfin à nous dans sa version longue, dévoilant une sacrée puissance dramatique.

Longtemps, le film est resté mutilé, distribué suivant les pays dans de nombreuses versions. Wild Side a donc effectué un véritable travail de recherche pour nous offrir la version longue (1h46), pourtant loin de rendre compte de la narration dense du film qui durait, dans ses premières versions, près de 2h30. C’est en tout cas suffisant pour profiter de ce western pas comme les autres, partant d’un postulat classique pour inverser la psychologie de ses personnages et de leurs rapports de force.

Professeur d’histoire à la santé fragile, Brett Fletcher part au Texas profiter du soleil. Sa route croise alors celle du bandit Beauregard Bennett, blessé. Pétri de valeurs humanistes, Fletcher décide de soigner le hors-la-loi. En dépit de ce qui les oppose (Fletcher est cultivé, idéaliste et réfléchit beaucoup sur sa nature tandis que Bennett est sauvage, violent et illettré), les deux hommes finissent par nouer une amitié étonnante. Fletcher, conscient de la brutalité de l’Ouest (‘’dans ce pays, difficile de distinguer l’instinct de survie de l’abus de pouvoir’’ dira-t-il), est d’abord réticent à user de la violence mais il s’enivre peu à peu de celle-ci, au point de l’embrasser totalement, allant jusqu’à prendre des femmes de force ou torturer des traîtres. Bennett, de son côté, montrera une nature plus tendre et développera une conception de la justice.

Une inversion psychologique étonnante (et qui devait certainement être plus fouillée dans la version initiale de 2h30) qui fait toute la saveur de ce western brutal et sec, réalisé par un Sergio Sollima maître absolu de son découpage. Le cinéaste n’hésite pas à utiliser un montage composé de cuts étonnants tout en construisant à côté des plans très habiles. Utilisant les codes du genre pour mieux en jouer, le scénario écrit par Sollima et le solide scénariste Sergio Donati se montre passionnant de par sa réflexion sur la violence inhérente à l’Amérique et – aussi – à l’être humain.

Il faut aussi saluer la prestation du duo en tête d’affiche. Gian Maria Volontè et Tomás Milián sont deux acteurs formidables, monstres de charisme, capables de composer des personnages parfaitement ambigus avec un talent rare. C’est cependant Volontè qui fascine le plus dans un rôle écrit avec intelligence. Milián le sentit d’ailleurs car il n’a pas vraiment apprécié le tournage qui a viré à la bataille d’egos au fur et à mesure que le personnage de Volontè prenait de l’importance. Milián renouvellera cependant sa collaboration avec Sollima pour Saludos Hombre, réalisé un an après Le dernier face à face.

Western rare et surprenant, Le dernier face à face est un bonheur à redécouvrir. Wild Side a une fois de plus superbement complété son édition par un livret de 80 pages écrit par Alain Petit, revenant sur l’euro-western, la carrière de Sergio Sollima et la naissance du film avec grand renforts de photos (peut-être même un peu trop). On regrettera alors un simple bonus de 4 minutes sur le DVD portant sur le travail de restauration du film. S’il permet de se donner une idée du travail fourni par Wild Side afin de nous offrir près de 15 minutes inédites du film, il est dommage qu’il ne soit pas plus fouillé. Une broutille tant la redécouverte du film en soi ravira tous les amateurs du genre, posant un regard pertinent sur le western avec une forme de brutalité et d’intelligence qui force l’admiration.

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