Les Bonnes Manières : Les contes de la pleine lune après l’accouchement.

Samedi 22h30 au festival de Gérardmer, après une journée aux salles tellement remplies que nous n’avons pas pu assister à la projection de Ghostland, on désespérait de voir un film présenté en Compétition à la hauteur de nos attentes. Jusqu’à présent, si Tragedy Girls est digne d’intérêt, ni Le secret des Marrowbone ni Revenge n’ont vraiment retenu notre attention. Alors que nous écumions les salles en recherche d’un film à se mettre sous la dent, Les Bonnes Manières est venu à point nommé.

Difficile de parler du film sans totalement le déflorer. Il faut dire que cette réalisation brésilienne est audacieuse, oscillant habilement entre les genres sans jamais en choisir un plus que l’autre, préférant garder un équilibre constant étonnamment maîtrisé. Les Bonnes Manières nous fait suivre Clara, une infirmière de la banlieue de São Paulo qui est engagée par le riche et mystérieuse Ana, enceinte, pour s’occuper d’elle et du bébé qui va naître. Entre les deux femmes, toutes deux solitaires, naît une relation solide prenant rapidement des tournures étranges quand la future mère traverse des crises de somnambulisme lorsque la pleine lune point le bout de son nez…

Évidemment les amateurs du genre sauront plus ou moins à quoi s’attendre quand la pleine lune rentre en jeu, mais ces attentes seront vite déjouées par un film habile, sachant très bien où il va. Divisé en deux parties distinctes, prenant son temps, Les Bonnes Manières mérite toute notre attention. Car la langueur qu’il déploie n’est en aucun cas le résultat de fautes d’inattention de la part des réalisateurs. Au contraire, chaque scène est pensée en amont et réalisée pour nous mener exactement là où le récit doit être mené. Un tour de force de la part d’un film de genre qui bouscule beaucoup de clichés pour verser dans ce qui apparaît vite comme un conte. Impression renforcée par l’irréalisme des superbes décors extérieurs, par la présence de chansons venant souligner les sentiments des personnages (comme dans un Disney au final) et par la poésie qui se dégage des relations établies dans le récit.

Certes, nous sommes dans un film de genre ne manquant jamais de le souligner ouvertement de temps en temps, offrant des scènes à la violence particulièrement effrayante et des effets spéciaux de qualité, concernant notamment le bébé d’Ana, joliment gâté par un design ultra-réaliste nous arrachant quelques frissons. Violent quand il le faut, mais également très tendre, très mélancolique, très attachant, Les Bonnes Manières ratisse large avec le bonheur de ne jamais tomber dans un trop plein de références, trouvant sans cesse le ton juste, conjuguant l’art de l’équilibre, l’amour du genre et le savoir-faire indéniable de deux cinéastes qui savent très bien quoi offrir à leur spectateur. Du grand art, hautement bouleversant et follement ambitieux, que l’on verrait bien repartir du festival avec un prix dans la poche…

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