The Crown – Saison 1 : Dans les coulisses de la monarchie anglaise

Alors que la saison 2 de The Crown, super-production de Netflix, a débarqué sur la plate-forme le 8 décembre dernier, la première saison de la série s’offrait également le luxe d’une sortie en Blu-ray et DVD le 6 décembre dernier chez Sony Pictures. Un mois de décembre royal donc qui nous a donné l’occasion de revenir sur la première saison de cette série élégante et raffinée.

A première vue pourtant, pas de quoi s’emballer à la lecture du pitch. N’étant pas particulièrement friands de la monarchie anglaise, la perspective de se lancer dans une série retraçant l’ensemble du règne de la reine Elizabeth II ne nous faisait pas particulièrement rêver. La présence de Peter Morgan (scénariste du Dernier roi d’Ecosse et de The Queen, tiens tiens) en tant que showrunner et scénariste de tous les épisodes de la saison était cependant un sacré bon point et grand bien nous en a fait de nous lancer dans le visionnage de ces dix premiers épisodes qui nous ont rapidement conquis.

Ambitieux, Peter Morgan souhaite retracer tout le règne d’Elizabeth II au fil de sa série avec, à chaque fois, près d’une décennie pour couvrir une saison. Cette première saison s’intéresse donc au mariage d’Elizabeth avec Philip Mountbatten, à son accession au trône suite au décès prématuré de son père George VI, à ses premières années de règne et à sa découverte du protocole terriblement rigide de la monarchie anglaise.

Refusée par la BBC, produite avec un budget imposant (environ 13 millions de dollars par épisode, plus que Game of Thrones ou Westworld !), The Crown nous plonge dans les coulisses de la monarchie anglaise, ses rouages, ses protocoles et surtout les sacrifices qu’elle requiert. Car Elizabeth, en endossant le lourd poids de la couronne, va devoir mettre de côté tout ce qui fait d’elle une épouse, une mère, une sœur. Tout le monde dans son entourage, sa grand-mère, sa mère et même son oncle Edouard VIII, n’auront de cesse de lui répéter qu’une reine ne doit pas montrer ses sentiments, qu’elle doit rester neutre, impartiale quitte à passer pour quelqu’un de froid. Quitte à froisser l’ego de son mari ou de se brouiller avec sa sœur qui rêve de se marier avec l’homme qu’elle aime – un divorcé – chose impensable pour l’époque. Difficile aux premiers abords de s’attacher à cette reine essentiellement passive, un peu froide, magistralement interprétée par Claire Foy (d’ailleurs récompensée d’un Golden Globe pour le rôle). L’essentiel de son rôle consiste à ne rien faire, justement parce que c’est son devoir même si cela lui en coûte.

Si Elizabeth II s’apprécie au fil des épisodes alors qu’elle apprend avec difficulté ce que cela signifie d’être une monarque, The Crown doit une grande partie de sa réussite et de son impact émotionnel à ses personnages secondaires. Des personnages aussi importants que notre chère Elizabeth et qui viennent étoffer un récit très dense, maniant l’ellipse à tour de bras (il se passe parfois plusieurs semaines au sein d’un seul épisode) et sachant offrir de beaux moments à ses seconds rôles qui occupent parfois la majorité d’un épisode. Si Philip Mountbatten (Matt Smith, que l’on a plaisir à retrouver après Doctor Who), Margaret du Royaume-Uni (Vanessa Kirby, découverte dans le Queen and Country de John Boorman) et même Edouard VIII (très beau personnage romantique et cynique) bénéficient de scènes très touchantes, les meilleurs épisodes de la saison (en particulier le neuvième) tournent autour de Winston Churchill. Celui-ci, en plein deuxième mandat de Premier Ministre quand Elizabeth II accède au trône, est un homme vieillissant, plus bougon que jamais mais toujours déterminé. Interprété par le génial John Lithgow (qui volait la vedette à Michael C. Hall dans la saison 4 de Dexter), Churchill y est montré avec toutes ses nuances et apporte une réelle émotion à cette série écrite avec subtilité.

Loin d’être complaisante avec la monarchie anglaise qu’elle présente comme très froide et très guindée, The Crown n’en met pas moins en avant le sens du sacrifice qu’il faut avoir pour régner sur l’Angleterre – et même régner tout court d’ailleurs. Particulièrement soignée, aussi bien dans son écriture que dans sa réalisation qui transpire la classe, The Crown sait s’attarder sur ses personnages et leurs doutes pour mieux nous attacher à eux en dépit de leurs défauts avérés (froideur, égoïsme, cynisme, opportunisme). Le monde que décrit Peter Morgan, malgré ses apparences fastueuses de soap de luxe, crée une véritable fascination. Cette première saison, à la qualité montant crescendo, finit donc par totalement nous embarquer et laisse espérer une saison 2 de cette qualité en dépit de l’absence – inévitable – du personnage de Churchill qui pourrait bien nous manquer.

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