Get Out : L’art de l’ambiguïté

Deux nouveaux cinéastes vont offrir un second souffle au genre horrifique à la fin des années 2010. En 2018, Ari Aster va choquer le monde du cinéma avec Hérédité. Ce film va faire davantage que poser les bases sur la manière qu’aura Ari Aster d’apporter un renouveau au cinéma d’épouvante en délivrant un style profondément dérangeant et sensoriel. Un an avant l’arrivée de ce choc, Jordan Peele va faire sensation avec la réalisation de son premier long métrage : le phénomène Get Out en 2017. Cette œuvre va – contrairement à Hérédité – mettre la majorité des spectateurs d’accord sur le potentiel de Jordan Peele. Ces critiques favorables à Get Out vont être dues à son style adressé à un plus grand public que Hérédité qui, quant à lui, va s’orienter par opposition à un public moins large, de par son aspect film d’auteur plus indépendant. Jordan Peele va pour sa part se servir de son engagement sur la place des afro-américains dans la société, afin d’exposer l’identité de son cinéma horrifique, mettant en scène l’horreur du racisme.

Le film va s’ouvrir sur le fond d’un propos traitant de l’inégalité culturelle mise en scène par la dénonciation des agressions subies par les afro-américains. Ce contexte va raisonner pendant toute la durée du film, faisant par exemple écho aux violences policières avec cet agent qui demande les papiers de Chris (Daniel Kaluuya) sans aucune raison fondée. Rose (Allison William), de couleur blanche va donc amener Chris, son petit ami, chez sa famille afin de le présenter. Les doutes sur l’acceptation de sa couleur auprès de la famille de Rose vont inquiéter Chris, résigné par les a priori émis envers sa culture. Il va donc faire connaissance avec les Armitage. Une famille (trop) modèle dissimulant leurs intentions derrière leur enveloppe de famille parfaite.

Ainsi Get Out s’affiche naturellement comme un thriller horrifique. La tension va évoluer en adéquation avec le piège tendu par Rose et sa famille qui va se refermer progressivement. L’arène du film va certes reprendre les codes du cinéma d’horreur par cette maison isolée, mais va être indispensable pour pouvoir illustrer le traquenard dans lequel Chris s’est embarqué. Un piège qui va être alimenté par quelques indices minutieusement disposés de sorte à nous immerger dans l’atmosphère et l’ambiguïté mise en scène avec aisance et efficacité. Jordan Peele va très vite nous faire prendre conscience de sa maîtrise et son sens du détail. Il va par exemple nous donner des informations que l’acteur ne détient pas (ce que l’on appelle par définition l’ironie dramatique – nous savons ce que le personnage ne sait pas – permettant d’intégrer un facteur de tension complémentaire au récit).

De plus, l’utilisation des couleurs ne va pas s’étendre sur un spectre chromatique aussi large que le talent de Jordan Peele, mais bien sur un code couleur binaire : le noir et le blanc. Ces couleurs vont traduire divers aspects subtils comme par exemple lors de la scène ou Chris se rase avec de la mousse blanche pour enlever sa couleur de peau afin d’exposer son origine, ou bien, par la couleur de la voiture blanche, véhicule de l’agresseur de ce personnage afro-américain ou même par le biais de Rose dévoilée après avoir retiré son enveloppe manipulatrice matérialisée par son col roulé blanc, s’abreuvant d’un verre de lait blanc et mangeant des céréales colorés… 

L’originalité du scénario de Get Out va être récompensée par l’Oscar du meilleur scénario original en 2018. Son concept va progressivement se révéler par le biais de son dénouement, révélant la maîtrise d’un récit alimenté par l’utilisation de la sous-lecture des dialogues écrits avec aisance par Jordan Peele lui-même. Cette sous-lecture va appuyer l’ambiguïté, déjà présente de par son étrange atmosphère, mais aussi par ses deux niveaux de lecture étroitement liés. La première est l’ambiguïté autour du racisme tandis que le second niveau de lecture fait référence au sort de Chris. – Attention Spoilers ! – Pour pouvoir parler de ces deux lectures, nous allons devoir prendre l’exemple de certaines interventions ambiguës. Pour exposer ce premier niveau de lecture prenons l’exemple de cet ancien joueur de golf (de couleur blanche), âgé qui converse avec Chris en lui annonçant avec fierté qu’il connaît Tiger Woods légende du golf afro-américain tout en faisant son éloge… Le deuxième niveaux de lecture, va faire allusion au sort de Chris, exposé par cette scène ou Dean (Bradley Whitford) le père de Rose fait visiter la maison à Chris. Il présente la cuisine par cette réplique : « Ma mère adorait sa cuisine alors par respect pour elle, on a gardé son esprit d’autres fois » tout en se concentrant sur la domestique afro-américaine qui est en réalité l’enveloppe charnelle contenant l’esprit de la mère de Dean. Ces deux niveaux de lecture vont également s’illustrer ensemble en faisant des allusions sur le sort de Chris par le racisme. Cela est traduit par La scène ou l’une des convives Lisa, vient palper les muscles de Chris admirative avant de dire « Oh pas mal du tout hein Nelson ? » à son mari « Dit moi, c’est vrai ce qu’on dit ? C’est meilleur ? » en s’adressant à Rose. Cette phrase sous-entend clairement que les afro-américains sont meilleurs pour pouvoir y loger l’esprit de leurs proches, sauf que ça, on ne le sais pas encore. Tout ce que l’on sait, c’est que cette intervention est raciste de par la manière dont Lisa parle de Chris telle une marchandise.

Get Out est un film qui va faire date par sa manière de parler de l’actualité à travers un concept original horrifique, mettant en lumière le très bon jeu de l’acteur principal Daniel Kaluuya après son dernier film majeur Sicario sorti en 2015 et réalisé par Denis Villeneuve. Jordan Peele nous offre un film aux multiples qualités accompagné par cette scène marquante qui illustre l’hypnose de Chris causé par le son de la cuillère de Missy Armitage (Catherine Keener) au contact de la tasse de thé en porcelaine qui deviendra sûrement une scène culte avec le temps, représentant l’une des composantes du succès de Get Out.

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