Une Famille à Louer : pour un film corseté

Huit mois à peine après la sortie acclamée par la critique de Marie Heurtin, Jean-Pierre Améris retrouve les écrans des salles de cinéma avec son nouveau long-métrage, Une Famille à Louer. Comédie caustique au premier abord, le nouveau film du réalisateur lyonnais désarçonne par sa noirceur.
Une Famille à Louer part d’une intention comique aguicheuse, spectre du genre, à savoir la confrontation des riches envers les pauvres. My Fair Lady, Le Prince et le Pauvre ou La Vie est un long fleuve tranquille, Jean-Pierre Améris s’inscrit dans cette ligne directrice accompagnée d’un casting fort et charmant. Benoît Poelvoorde est Pierre-André, la quarantaine, un homme timide et plutôt introverti. Riche, mais seul, il s’ennuie profondément et finit par conclure que ce dont il a besoin, c’est d’une famille ! Virginie Efira est Violette, quadragénaire pleine de peps, menacée d’expulsion et a peur de perdre la garde de ses deux enfants. Pierre-André lui propose alors un contrat en tout bien tout honneur pour louer sa famille contre le rachat de ses dettes.

Pitch accrocheur digne d’une comédie grasse hollywoodienne où l’on verrait Melissa McCarthy en Violette, Une Famille à Louer séduit par un casting franco-belge adéquat, répondant aux conditions du financement par une production entre les deux pays francophones. Benoît Poelvoorde s’éclate en riche bègue ne sachant quel sens donner à sa vie. Virginie Efira donne ses formes avantageuses à cette pauvre femme qui est Violette, jolie jeune femme un brin bête et beauf. Le couple star est suivi d’un casting d’enfant charmant, Pauline Serieys et Calixte Broisin-Doutaz étant leur complément parfait. Mais que cloche-t-il dans cette Famille à Louer  ?

Une Famille à Louer loupe le coche par son ambiance pesante. Dessiné comme une comédie haute en couleur, le long-métrage dérive vite vers les portraits malheureux de personnage en dérive, et ce, malgré toute la fortune du monde. Pierre-André est aussi malheureux que Violette, jeune femme ayant assommé un vigile suite à un vol à l’étalage dans un hypermarché. Faisant la une des journaux, la France s’apitoie sur elle par sa condition de pauvre. Mais Violette est heureuse entourée de ses enfants et de sa famille hystérique. Une Famille à Louer n’est point un film sur la condition humaine, Jean-Pierre Améris pointe son histoire sur la famille. Pierre-André se loue une famille, lui qui est passé à côté de la sienne faute à une mère égoïste. Homme seul outre la compagnie de son majordome, le personnage incarné par Benoît Poelvoorde broie perpétuellement du noir, jusqu’à sa rencontre avec Violette. On pense alors au déclic amenant cette Famille à Louer vers un Feel-Good Movie rafraîchissant en ces temps compliqués et un été morne. Mais une nouvelle fois on se trompe.

Une Famille à Louer ne décolle jamais, faute à un scénario ne haussant jamais son ton. Mélodrame constant où le bonheur est cassé par moult rebondissements attendus, jamais l’on ne verra cette fameuse séquence de course où Pierre-André fera plaisir à Violette avec cette robe bleue à pois. Jamais la X-Box One ne sera offerte à Auguste. Jean-Pierre Améris se complaît à cette vision trop adulte, trop terre à terre, d’une histoire morne et sans relief. La perspective du bonheur se retrouve dans les valeurs de l’humain, un parti pris de gauche conservatrice ne donnant jamais l’ampleur à une comédie qui ne demande une simple chose : exploser ! 

Une Famille à Louer nous condense dans notre fauteuil de spectateur en attente du bonheur. Ce fait heureux viendra sans la moindre once de folie. Comédie de l’été, Une Famille à Louer plombe par une mélancolie ambiante ne permettant jamais de prendre un réel plaisir à la projection. Après la réussite de son précédent film, Marie Heurtin, Jean-Pierre Améris déçoit à rester dans des cordes concaves déplaisantes. 

1 Rétrolien / Ping

  1. Profession du Père : Une époque pas si formidable -

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*