Fievel et le Nouveau Monde : « Envoie-les moi, les déshérités, que la tempête m’apporte. »

Chaque mois, Rimini continue de nous surprendre avec ses sorties vidéo, toujours aussi éclectiques. C’est avec bonheur que nous avons accueilli la nouvelle de la sortie d’une édition en Combo Blu-ray + DVD de Fievel et le Nouveau Monde, film ayant bercé de nombreuses enfances et désormais disponible depuis le 17 mars dernier. C’est donc avec une joie non dissimulée que Fievel et le Nouveau Monde s’offre à nous en haute définition, l’occasion de (re)voir cette aventure avec un nouveau regard et constater que le film n’a rien perdu de sa force.

En Russie en 1895, la vie des souris est de plus en plus difficile. Après une énième attaque de chats et de cosaques réduisant en flammes leur domicile, la famille Souriskewitz décide d’émigrer aux Etats-Unis, alors terre remplie de promesses. Sur le bateau qui les amène à New York, Fievel, jeune souris curieuse et téméraire, est séparé de ses parents. Errant dans la ville à leur recherche, il devra affronter la dure réalité de sa situation et découvrir qu’ici aussi, les chats sont présents et qu’il lui faudra redoubler de courage pour survivre…

Vu avec des yeux d’enfants, Fievel et le Nouveau Monde est une aventure touchante et palpitante, riche en émotions avec des personnages hauts en couleur. Mais à redécouvrir le film aujourd’hui avec des yeux d’adulte, il est frappant de constater l’intelligence du scénario que Don Bluth réalise. Avec force de détails, le film parle brillamment de l’immigration en Amérique et de ses difficultés sans jamais en occulter la violence : exploitation d’enfants, élections truquées (avec une référence à Tammany Hall et ses pratiques peu scrupuleuses), différences de classes sociales, manipulation des jeunes naïfs débarquant, gangs et chantage par la violence…

En 1h20, Fievel et le Nouveau Monde couvre à peu près toutes les grandes problématiques de l’immigration de l’époque sous le couvert d’un habile divertissement capable de réjouir les plus jeunes. Il ne s’agit cependant pas de prendre les enfants pour des abrutis : le film n’a pas peur de montrer directement la noirceur des bas-fonds de la ville ou encore la violence et la solitude qu’ils peuvent abriter. Même si les péripéties les plus sombres de Fievel s’achèvent rapidement, la mise en scène de Bluth ne manque jamais de se montrer audacieuse et d’oser créer un sentiment de malaise lors de certaines séquences. Cela est bien entendu contrebalancé par Fievel qui, avec sa naïveté et sa curiosité (qui le font ressembler au Pinocchio de Disney) pose toujours sur ce qu’il découvre un regard neuf et sans jugement. C’est lui qui impose sa tonalité au film, avançant sans cesse et explorant de nouveaux lieux à la recherche de sa famille dont il n’est finalement jamais très loin.

L’histoire du film, on le sait, n’est pas le fruit d’un hasard : séduit par Brisby et le secret de NIMH, Steven Spielberg a approché Don Bluth pour réaliser cet hommage à son grand-père maternel, émigrant juif venu de Russie. Spielberg, Bluth, Kathleen Kennedy et les deux scénaristes ayant tous eu des grands-parents juifs partis de Russie pour aller en Amérique, le film en est fortement influencé jusque dans sa tonalité. Si Spielberg voulait concurrencer Disney, alors en difficulté, la collaboration avec Don Bluth ne sera pas de tout repos. Le scénario original passera en effet par de nombreux remaniements, qui serviront très certainement à gommer une noirceur encore présente dans le produit fini mais qui, connaissant le travail de Bluth, aurait pu avoir plus de place si l’ombre du producteur Spielberg n’avait pas été présente.

De fait, si elle présente quelques concessions, l’association entre Spielberg et Bluth portera ses fruits, le film rapportant 47 millions de dollars lors de son exploitation, un franc succès et une première pour un film d’animation non-produit par Disney. Succès largement mérité tant Fievel et le Nouveau Monde se revoit aujourd’hui avec toujours autant de bonheur, le film ayant su se reposer sur un savoureux équilibre narratif, ménageant son public le plus jeune sans jamais oublier de se parer d’un riche contexte que seuls les plus grands pourront comprendre. Une chose suffisamment rare pour être soulignée et qui permet au film de définitivement jouer dans la cour des grands.

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