WandaVision : Ma sorcière tourmentée

Si nous ne sommes pas les derniers à critiquer les recettes préconçues de Marvel et la tendance du MCU à uniformiser tous ses films, force est de constater qu’en 2020, ne pas avoir de nouvelles de la galaxie Marvel nous avait manqué. L’univers s’étendant désormais jusqu’aux séries (qui seront toutes disponibles sur Disney+ bien évidemment), nous étions curieux de ce que WandaVision, première série Marvel à débarquer sur la plate-forme (son premier épisode était disponible le 15 janvier dernier) allait pouvoir donner. Les premières images étaient remplies de mystère et semblaient promettre une série s’éloignant des canons habituels du MCU.

En effet, WandaVision est construit sur le même principe que des sitcoms américaines. Dans une banlieue américaine proprette, Wanda et Vision vivent leur amour en toute simplicité. Le ton est léger, les références nombreuses (I Love Lucy, Ma sorcière bien-aimée ou encore Malcolm) mais quelque chose cloche… Vision ayant été tué par Thanos dans Infinity War, que peut-il bien faire ici avec Wanda ? Et quelles sont ces perturbations venant dérégler ce monde un peu trop parfait ?

Difficile d’en dire plus sur la série sans en déflorer la teneur même si les amateurs de comics ne mettront guère de temps à deviner ce qui se trame. Développée sur neuf épisodes, chapeautée par Jac Shaeffer et réalisée par Matt Shakman avec un budget d’environs 225 millions de dollars pour sa totalité, WandaVision est désormais la série qui a été le plus visionnée dans le monde, chaque semaine se déroulant entre les épisodes étant l’occasion pour de nombreux fans d’échafauder de nombreuses théories. Le pari est donc réussi pour Marvel qui peut compter sur l’amour du public et la force de son univers pour faire un carton quoiqu’il arrive.

Mais alors que vaut vraiment la série ? Dans sa globalité, bien que ses débuts soient singuliers et fort sympathiques, véritables hommages aux sitcoms américaines de façon méta, on comprend bien que WandaVision ne pourra rester longtemps sur ce mode, formellement passionnant mais un peu vide narrativement. Quand ce vide sera comblé, offrant une réflexion assez intéressante sur le pouvoir de la fiction et du divertissement, WandaVision sera retombée dans les codes classiques d’une production Marvel avec sa réalisation générique, ses fonds verts parfois trop voyants et ses facilités scénaristiques, brossant souvent le fan dans le sens du poil. L’écart entre la singularité de sa forme initiale et son dénouement final est ainsi un peu grossier et alourdi par un creux en milieu de saison, mais ne doit cependant pas nous empêcher de saluer l’une des grandes réussites de la série : celle de donner enfin à Wanda la profondeur émotionnelle qu’elle mérite.

La prochaine phase de Marvel s’annonçant épique en jonglant entre les univers, un personnage tel que Wanda ne peut y avoir qu’un rôle important à jouer. Figurante de luxe chez les Avengers jusqu’ici, le personnage (et donc Elizabeth Olsen, son interprète pourtant formidable) n’avait jamais eu l’occasion de briller. La série vient donc réparer cette erreur puisqu’elle s’intéresse essentiellement à ce personnage brisé, peut-être l’un de ceux qui a le plus souffert au sein du MCU. Quand elle prend le temps de s’attarder réellement sur le personnage (essentiellement dans les deux derniers épisodes), WandaVision déploie une ampleur émotionnelle trop rare chez Marvel. Wanda y est montrée comme une héroïne tourmentée, profondément endeuillée, refusant de faire face à son chagrin sans réaliser les conséquences de ses actes. Le rôle n’est pas si évident et Elizabeth Olsen parvient à y injecter de belles nuances, ménageant chagrin, bonheur et colère au sein d’un personnage complexe, dépassée par ses pouvoirs tout en aspirant à la simplicité.

L’occasion également pour Paul Bettany de briller en donnant chair à Vision et à ses sentiments. La sobriété avec laquelle une scène entre les deux personnages est traitée dans le huitième épisode est ainsi exemplaire et donne un aperçu du potentiel émotionnel du MCU quand il ne se prend pas les pieds dans le tapis avec ses gros sabots. WandaVision ménage ainsi le chaud et le froid, se montrant toujours plaisante, mais pas forcément à l’aise avec tout son potentiel. Reste qu’elle s’avère meilleure quand elle se concentre sur son atout principal : Wanda dans son intimité et dans sa psyché, embrassant enfin toute la profondeur d’un personnage à qui il était grand temps d’offrir son moment. C’est chose faite, la série ayant donc atteint son objectif, se concluant dans un épisode aussi spectaculaire qu’émouvant et promettant – comme toujours avec Marvel – de belles choses pour la suite.

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  1. Édito – Semaine 10 -

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